Les villages de nos jours ne sont plus des endroits coupés du développement. Certains, à l’instar de Centre de Flacq et Goodlands, n’ont rien à envier aux grandes villes avec leurs shopping malls et leurs foires modernes. Mais le Sud est toutefois resté derrière les autres régions. À l’exemple de Mahébourg, village-phare de cette partie de Maurice, qui se bat encore pour de meilleures infrastructures. Avec l’arrivée des élections villageoises, les citoyens veulent saisir l’opportunité de faire entendre leur voix.
Le lundi, c’est jour de foire à Mahébourg. Le jour où le village s’anime le plus. Car Mahébourg est réputé pour sa foire et les Mauriciens se déplacent des quatre coins de l’île pour venir faire leurs achats ici. Toutefois, cette célèbre foire est aménagée depuis quelque temps au stade Harry Latour. Auparavant, elle se tenait en plein air à Pointe-Canon. À ce jour, Mahébourg n’a pas eu la chance de bénéficier d’une infrastructure moderne, à l’instar de son voisin, Rose-Belle.
En dépit du développement, Mahébourg a conservé son cachet folklorique avec ses pirogues et ses pêcheurs. Ici, la prochaine tenue des élections villageoises ne semble pas bousculer les habitudes. Chacun vaque à ses occupations. C’est le cas de Veeren, restaurateur de Blue Bay, plus occupé à s’approvisionner en poisson pour satisfaire ses clients qu’à penser aux élections. « Les villageoises c’est de l’argent jeté. Ça n’apporte rien au village. Qui plus est, vous élisez une équipe et au bout de quelques mois, il ne reste que deux personnes. Dès qu’on commence à discuter de la présidence, il y a des dissensions. »
Dans le centre de Mahébourg cependant, l’ambiance est tout autre. Depuis l’annonce des élections, les réunions s’enchaînent, les banderoles sont attachées et le téléphone sonne sans arrêt. C’est sur son lieu de travail que George Ah-Yan, figure incontournable de Mahébourg, mobilise ses troupes. Habitué de tels événements, il confie avoir rencontré quelques difficultés pour finaliser sa liste de candidats. La nouvelle loi des administrations régionales, exigeant un minimum de trois femmes parmi les candidats, a rendu la tâche quelque peu compliquée. « C’est une bonne chose, mais il faudra du temps avant que les femmes acceptent de se jeter dans la politique. »
Le court délai de la campagne apporte également son lot d’inconvénients. Pour organiser un meeting par exemple, il faut chercher l’autorisation au moins huit jours à l’avance. « C’est trop brusque, la campagne ne va même pas durer deux semaines. » Lundi, la Mahebourg Citizen Welfare Organisation (MCWO) a tenu son premier rassemblement pour les présentes villageoises. « La dernière fois, j’avais été élu en tête de liste avec 49,5 %, mais aucun de mes colistiers n’avait pu passer. Cette fois, nous voulons faire comprendre aux gens qu’il faut voter pour l’équipe. Autrement, nous serons en minorité au conseil et ne pourrons mettre en oeuvre nos projets. »
Lorsqu’on parle du développement de Mahébourg, George Ah-Yan s’anime. « 75 % de l’Histoire de Maurice s’est passée ici, mais à ce jour, nous sommes toujours des laissés pour compte. Même les vestiges historiques tombent en ruine. » Quittant son restaurant, il nous emmène voir l’état déplorable de la route principale du village. « Regardez, elle a été bouchée à la va-vite à divers endroits. Cela fait au moins vingt ans que cette rue n’a pas été asphaltée, alors que les rues de certains villages du Nord sont asphaltées chaque cinq ans. Mahébourg est un village touristique, nous avons une foire nationale qui attire 15 000 à 20 000 personnes chaque semaine. Nous contribuons également au développement économique, mais où est notre part du gâteau. »
C’est pour toutes ces raisons, explique George Ah-Yan, que la Mahebourg Citizen Welfare Organisation s’est jetée dans la campagne. « Nous sommes avant tout des forces vives du village. Nous avons choisi de participer à la campagne pour mettre les autorités devant leurs responsabilités. En étant conseillers du village, nous pourrons demander des comptes au District Council. La National Development Unit dispose d’un budget de quelque Rs 1 milliard dédié au développement des villages. Où est la part de Mahébourg ? »
George Ah-Yan estime également injuste le fait que l’argent recueilli en termes de patentes et de taxes auprès des commerces de Mahébourg, notamment les restaurants, les hôtels et les magasins, ne reviennent pas au village. Selon lui, cette somme s’élève à Rs 6 millions. « On aurait dû utiliser cet argent pour le développement de Mahébourg et non l’investir ailleurs. »
Notre interlocuteur aborde ensuite une autre préoccupation majeure du village : la drogue. « Il y a 520 personnes sous méthadone à Mahébourg actuellement. Il est temps de trouver un moyen efficace pour combattre ce fléau et protéger nos jeunes. C’est pour cela que dans notre programme, nous demandons à ce que le stade Harry Latour soit accessible aux jeunes de la localité. De même, les jeunes devraient pouvoir profiter de l’amphithéâtre de Pointe-Canon pour des activités. Il faut leur donner des loisirs sains afin qu’ils ne tombent dans le piège de la drogue. »
Avec une telle situation, Mahébourg connaît également un problème d’insécurité. Selon George Ah-Yan, chaque jour on enregistre 2 à 3 cas de vol dans le village. Mais le paradoxe, dit-il, c’est que sur certains shifts, il n’y a que six à sept policiers de service pour une population d’environ 24 000 personnes. « Si on compte les villages dans la périphérie, cela fait à peu près 50 000 habitants. »