DR KHALIL ELAHEE

Le countdown s’est accéléré car les élections générales sont dans moins d’un mois. Les tractations s’activent, les alliances se précisent, les adversaires d’hier deviennent des partenaires, les transfuges se multiplient, ceux qui hier déclaraient faire la politique autrement se précipitent pour rattraper les derniers wagons des locomotives traditionnelles. Il est probable que des arrangements, formels ou secrets, entre ces derniers se fassent à la veille du scrutin, sinon qu’une coalition se forme après les élections. Il ne faut pas s’attendre à des débats de programmes dans le peu de temps qui reste. Tous ont presque les mêmes orientations, à commencer en matière économique. Ils sont aussi tous pour les aînés, la jeunesse, la Femme, la paix, le progrès, le développement, l’Inde, les Chagos, la Palestine, la nature, les animaux, les enfants. Nul ne se proclame pour la corruption, le favoritisme, le communalisme, le désordre, la violence, la pollution, la médiocrité, le gaspillage, la misère, la drogue, les augmentations de prix. Le reste n’est souvent qu’une question de personnes.

Nous avons une démocratie mais les électeurs n’ont pas vraiment de choix. Sauf, espérons-le, dans les femmes et les hommes qu’ils préféreront, surtout s’ils ont le courage de refuser de voter bloc. Les deux ou trois leaders qui aspirent au poste de Premier ministre feront attention au choix de leurs candidats s’ils savent que les électeurs seront exigeants. Le seront-ils ? Nous avons toujours les élus que nous méritons…

Le vote musulman est plus que jamais incertain. Il y a aussi une possibilité d’abstention majeure. Ce qui fera la différence sera la qualité personnelle de chacun des candidats proposés par chaque bloc. Si les leaders se trompent, ils le payeront cher particulièrement en cas d’alliance et/ou de coalition. La valeur d’un candidat repose sur son intégrité, sa compétence, sa proximité et son humilité dans le service d’autrui. La popularité n’est que trop éphémère. Dans l’éventualité que le vote musulman soit éparpillé, il revient à la communauté de ne pas se diviser. La divergence en matière de choix politique, inévitable peut-être, ne doit pas mener à des disputes, des gens qui ne se parlent pas, le dénigrement d’autrui, la calomnie, la rancune, voire, la haine. Cela s’applique, évidemment, aussi au niveau du vivre-ensemble mauricien. La violence ne saura être tolérée. Il faudra se méfier des provocations et garder le calme en toute circonstance. Il faudra se méfier des rumeurs qui circuleront sur les réseaux sociaux, notamment lorsqu’elles sont incendiaires.

Une différence au plan des idées, de l’adhésion à tel ou tel leader, ou à aucun parti, ne doit pas donner lieu à des procès d’intention. Il ne faut jamais devenir le juge de la foi et de la religion d’autrui tout simplement parce qu’il n’est pas de notre avis politiquement. Que nos intelligences qui divergent ne permettent pas la division de nos cœurs. Comme au moment de la prière où nous nous mettions en ligne pour prosterner ensemble devant Dieu, ne laissons-pas le diable nous diviser. L’unité en islam est fondée sur l’unicité de Dieu et l’exemple prophétique, non sur des considérations mondaines comme notre soutien, ou non, à un homme ou un parti politique ici-bas. La diversité est humaine et sujette à une évolution dans le temps.

Préparons-nous pour l’après 7 novembre 2019 où, in sha Allah, nous devrons alors, ensemble, coopérer pour le bien et combattre les maux de notre société avec des élus qui méritent d’être appelés ‘honorables’. Notre espoir est en Dieu et notre devoir est de confier une responsabilité à une personne que si celle-ci ou celui-ci en est digne. Si nous avons un doute, il faudra mieux s’abstenir. Et rappelons-nous cette parole du dernier Messager (paix soit sur lui) :

« « Aime celui que tu aimes avec modération car il se peut que tu le détestes un jour ;

déteste celui que tu détestes avec modération car il se peut que tu l’aimes un jour. »