Avec le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, confirmant l’éventuelle présentation du budget 2013 pour le vendredi 9 novembre et donnant le coup d’envoi des consultations prébudgétaires avec les syndicalistes, mercredi dernier, les véritables enjeux de la croissance économique remontent à la surface. À ce niveau, deux secteurs critiques, l’électricité et l’eau, se signalent à l’attention des autorités en matière d’investissements pour soutenir les efforts de développement, d’autant plus que vers la fin de cette année, l’important chantier du nouveau terminal du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport (SSRIA) sera livré à l’Airport Terminal Operation Ltd (ATOL).
Le mois de septembre s’annonce également crucial dans la détermination du taux de croissance de l’économie pour cette année. Que ce soit la Banque de Maurice, Statistics Mauritius et MCB Focus, tous rendront publiques leurs dernières prévisions, entre 3,3% et 3%, sur la base de la performance des principaux secteurs au cours des neuf premiers mois. Déjà, les données ne sont guère brillantes. Après le sucre, le tourisme passe à la trappe de la révision à la baisse de croissance malgré les bravados promotionnels de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). La progression dans les exportations manufacturières n’a été que nominale pour les sept premiers mois de l’année.
Avec l’échéance du 2 octobre pour la publication des recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB) en faveur des fonctionnaires et des employés des corps para-étatiques, la surenchère syndicale autour du budget 2013, surtout de la compensation salariale, devra se faire de plus en plus bruyante. La partie de bras de fer avec le patronat, réuni autour du Joint Economic Council (JEC) et de la Mauritius Employers Federation (MEF), s’annonce serrée avec une conjoncture économique marquée par de graves incertitudes et des perspectives sur le front de la Zone Euro pour les mois à venir.
À l’hôtel du gouvernement de même qu’au sein de la communauté des opérateurs économiques, le dossier de la capacité de fourniture d’énergie électrique pour répondre à la demande pour les prochaines années demeure au centre des préoccupations. Des sources bien renseignées avancent que pas plus tard que vendredi dernier, le Premier ministre adjoint et ministre des Utilités publiques, le Dr Rashid Beebeejaun, a piloté un Information Paper sur l’état de la situation dans les centrales thermiques du Central Electricity Board et le potentiel des Independent Power Producers (IPP).
Face aux appréhensions exprimées quant à la faible marge de sécurité dont dispose le CEB dans le cadre du programme de maintenance ou en cas de panne d’équipements, les autorités se veulent rassurantes. Il est un fait indéniable que depuis l’année dernière, le CEB marche sur la corde raide par rapport à la Safety Margin, qui devra connaître de nouvelles exacerbations jusqu’à l’entrée sur le réseau de nouvelles capacités installées. Néanmoins, les avis sont partagés quant aux risques de tripping off même si le système de transmission nécessite un overhauling.
« Nous ne prévoyons pas de problème pour la fin de cette année en matière de demande en énergie électrique. Même pour 2013. Mais, il nous faudra faire très attention pour 2014 si les investissements prévus dans le secteur énergétique ne se matérialisent pas à temps », font comprendre à Week-End des sources well conversant en matière de planification de génération d’énergie électrique.
La question centrale de l’Information Paper du Deputy Prime Minister et ministre des Utilités publiques au Conseil des ministres de vendredi porte sur le timing et les intentions des promoteurs de CT Power visant à faire installer une centrale à charbon de 110 MW dans la région de Pointe-aux-Caves, après le dernier ruling de l’Environment Appeal Tribunal. Avec la CT Power Saga de ces cinq dernières années, le CEB a été forcé à investir dans six turbines d’une capacité de 15 MW chacune à la centrale thermique de Fort Victoria pour satisfaire la demande.
Le programme d’investissements énergétiques du CEB est tributaire de la réalisation du projet de CT Power. En parallèle, le gouvernement a déjà enclenché des procédures pour le choix d’un Transaction Advisor avec la mise en opération d’une centrale à charbon de 2 x 50 MW. Le mandat de ces consultants sera de préparer des documents d’appels d’offres pour le compte du CEB en vue de la construction, du commissioning et du lancement de cette centrale thermique.
À ce jour, le ministère des Finances, qui pilote cet aspect des investissements dans le secteur de l’énergie, doit traiter pas moins de 41 soumissions portant sur le choix du Transaction Adviser. Les autorités doivent relever le défi de la logistique pour l’analyse de ces cotations en vue de faire le choix final du consultant. Les spécialistes avancent qu’il faudra compter au moins un délai minimal de neuf mois pour conclure un Power Purchase Power Agreement avec le soumissionnaire choisi.
Ainsi, un scénario de transition, sous la forme d’investissements du CEB dans deux nouvelles turbines de 15 MW chacune à la centrale thermique de Saint-Louis, est envisagé. Cette démarche vise principalement à réduire tout risque par rapport à l’évolution de la demande au cours des trois prochaines années.
Toutefois, l’équation immédiate pour le CEB tourne autour de cette dépendance accrue sur l’huile lourde (HFO) pour générer de l’énergie électrique. La hausse du cours mondial du pétrole se reflète de plus en plus sur le coût de production et la trésorerie du CEB pour l’exercice financier en cours (voir texte sur la State Trading Corporation plus loin). Les centrales thermiques du CEB génèrent 45% de la consommation locale, dont 38% à base d’huile lourde.
De leur côté, les cinq Independent Power Producers (IPPs) fournissent 55% de la demande en énergie, dont 17% en moyenne à partir de la bagasse et 38% du charbon importé principalement d’Afrique du Sud. À ce chapitre, le CEB bénéficie d’un ballon d’oxygène avec des économies de l’ordre de Rs 200 millions annuellement sur l’achat d’énergie produite par la Centrale Thermique de Belle-Vue (CTBV) avec la fin de la période de l’amortissement des investissements massifs pour la mise à exécution de cette centrale à bagasse et au charbon à la fin du siècle dernier.
Le spectre d’une révision à la hausse des tarifs d’électricité au plus tôt au début de l’année prochaine est brandi de manière subtile, compte tenu des paramètres d’opération avec un recours accru de l’huile lourde. La demande par le CEB de cette révision des tarifs, dont le timing attend d’être déterminé, pourrait varier dans la fourchette de 20 à 30% suite aux effets combinés de la volatilité du cours mondial du pétrole, dont le baril était à 117 dollars en fin de semaine, et une surconsommation de cette matière première.
Par ailleurs, avec l’approche de l’été et en attendant les premières grandes pluies pour refaire le plein des réservoirs, la Central Water Authority (CWA) prépare des Contingency Plans pour éviter d’être prise au même piège que celui qu’avait connu le pays avec la dernière sécheresse. Le mot d’ordre émis lors de la dernière réunion d’évaluation des stocks d’eau est la vigilance, même si la CWA se dit en mesure d’assurer l’approvisionnement du pays en eau potable jusqu’à l’arrivée des pluies d’été.
« La consigne à la CWA est d’effectuer un Monitoring systématique du niveau d’eau dans les réservoirs en vue de prendre des mesures d’urgence si le besoin se fait sentir. Avec l’approche de la période sèche, nous allons accentuer la campagne de sensibilisation auprès de la population sur la nécessité d’économiser l’eau », soutient-on officiellement.
Pour les prochains mois, la véritable préoccupation dans le secteur des Utilités publiques sera axée sur la réforme du secteur eau sur la base des recommandations des consultants de Singapour. Le Water Sector Strategic Plan soumis au gouvernement sur le thème « De l’eau pour tous, de l’eau pour des générations » a été entériné par le gouvernement. L’une des premières recommandations concerne la fusion des trois pourvoyeurs de services, la Central Water Authority, la Wastewater Management Authority et l’Irrigation Authority en une nouvelle Water Authority.
Compte tenu de l’aspect délicat et complexe de ce Merger, avec le transfert du personnel de ces institutions sous un seul organisme, le gouvernement a institué un comité de haut niveau sous la présidence du Deputy Prime Minister et ministre des Utilités publiques et comprenant le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, le vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique, Anil Bachoo, les ministres des Terres, de l’Agro-Industrie et de l’Environnement, Abu Kasenally, Satish Faugoo et Deva Virahsawmy, pour la mise en application du plan stratégique.
L’une des principales missions de cette instance ministérielle sera d’engager des consultations avec les différents syndicats d’employés de ces trois organismes en vue d’arriver à une « intégration en douceur » des membres du personnel concerné. Les premiers contacts devront être établis dans les prochains jours en vue d’étudier les modalités de transfert.
L’autre recommandation majeure des Singapouriens concerne « the implementation of the non-revenue water project » dans le système des hauts de la Mare-aux-Vacoas. « Dans l’immédiat, le volet de la révision des tarifs pour les services offerts par la nouvelle Water Authority, notamment la facture d’eau potable et des eaux usées, n’est pas à l’ordre du jour. La CWA doit s’attaquer au vaste chantier de la réduction du taux de perdition de 45 à 50% sur le réseau national avec une optimisation de son potentiel de revenus », indique-t-on de sources autorisées, en guise d’assurance aux abonnés de la CWA dans un contexte de majoration de prix…