Actuellement à Maurice afin de parrainer la 3e édition du Festival du Rire, Elie Semoun a rencontré la presse hier après-midi à l’hôtel Anahita. N’ayant rien perdu de sa verve — poignée de mains chaleureuse, malgré la fatigue du voyage —, l’artiste est resté zen. L’humoriste n’est pas à sa première visite chez nous, la dernière remontant à 2000 au Club Med. « Je suis venu avec mes plantes (horticulture). L’autre plante à qui je dois cette invitation est Miselaine. » Le ton est donné…
Abordant d’emblée son spectacle Tranches de vies, habilement mis en scène par Muriel Robin avec son enchaînement de sketchs, Elie Semoun confie avoir mis un an à le préparer. « J’aime créer mes personnages dont Kevina, l’adolescente, et une autre que j’appelle dame pipi, car elle va toujours aux toilettes. Il y a des sujets qui peuvent aussi paraître choquants dont mes sketchs sur les handicapés, mais cela a fonctionné. Je veux changer un peu du Stand-Up. J’aime parler aux gens et ma vraie culture d’humoriste est de créer des personnages. J’aime aussi parler du temps qui passe. » L’humoriste se livre ainsi aux journalistes présents sans langue de bois avec cette petite étincelle de mélancolie brillant par moments dans ses yeux d’artiste.
Le rire étant son dada, Elie Semoun en a fait son métier. Toutefois, à l’âge de 11 ans l’humour lui a été une porte de secours après avoir perdu sa mère. « Chaque artiste a ses forces et ses failles. Jamel aussi a vécu des drames, il y a eu son handicap. Moi, pour compenser du décès de ma mère, j’ai voulu être le petit rigolo. On ne fait pas rire avec le bonheur. » Dans l’humour, il y a aussi ce petit côté noir explique l’artiste, mais que lui arrive à dérider à sa manière. Évoquant la gloire, il dira humblement que pour y accéder, il faut un peu de talent et beaucoup d’humour. « Il faut surtout être choisi par les gens. J’ai fait un film Les vacances de Ducobu qui a cartonné. »
Un public génial
Invité à réagir sur la morosité qui gagne le secteur du spectacle en France et sur les effets de la crise, Elie Semoun dira qu’il y a une baisse de fréquentation dans les salles. « Cette crise a fait peur à plein de gens. Nous, on est là pour les faire rire. Certains humoristes jouent dans de petits théâtres, il y a même une humoriste qui a joué dans un bar à strip-tease avec le pole dancing. C’est la grande mode de faire rire en France. » Sur le plan politique, il trouve que le vote de François Hollande « n’est pas bon pour son porte-monnaie. En votant Hollande, je me suis tiré une balle dans le pied. Je vais payer beaucoup d’impôts. Avec Sarkozy, il y avait une certaine tension, mais mon coeur est de gauche, que voulez-vous ! »
Évoquant une des peurs qui le caractérise, Elie Semoun dira sans complexe : « Le trou de mémoire sur scène. Mon régisseur, Dominique, qui est présent avec nous, peut en témoigner. » Et ce qui l’éclate le plus ? « Recevoir une vague de rire, c’est fantastique. Mais à Maurice, je sens que j’aurais le trac, car je ne sais pas bien ce qui vous fait rire, si vous êtes plus sensible au Stand-Up — mais Gad m’a dit que vous êtes un public génial. »
Et ce qui le ferait le plus plaisir de la part de ces fans ?Ce serait de lui dire qu’on a surtout vu les personnages qu’il incarne, comme cette petite adolescente délurée de 15 ans. « Qu’on me dise : “Je ne t’ai pas vu sur scène, mais Kevina” ou l’un de mes personnages, c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. Je pense être resté un adolescent de l’intérieur. »
Pour Elie Semoun, les vrais metteurs en scène, c’est le public. « J’avais très peur de mon sketch sur les handicapés, mais ces derniers m’ont encouragé. Quand je suis sur scène, j’ai envie que les gens se souviennent de mon spectacle. Je ne me sens pas juste un comédien. J’ai la trouille quand je suis seul sur scène, c’est plus sympa d’être deux. »
« Je n’ai pas encore trouvé l’amour »
À la question de savoir qui de l’humour british ou français est le plus apprécié, Elie lancera : « Pas mal du tout cette question. Il m’est arrivé d’être à un festival du rire anglo-saxon, c’était très rigolo et pas toujours évident de comprendre la langue. C’est surtout d’entrer dans le personnage d’un humoriste anglais, le plus compliqué. L’humour français est plus centré sur un personnage. Avec Muriel Robin, sur Tranches de vies, on a été très maniaques sur les textes, il y a eu cette obsession pour les mots. Mais quand on veut décrire la folie qui accapare un personnage, c’est très compliqué, il faut que le scénario soit mieux construit. Un sketch, il faut énormément le retravailler. C’est une mécanique de précision qui demande beaucoup de rythme. »
Quand on lui demande à quand un humoriste-transformiste, Elie Semoun confie que cela ne lui convient pas. « Ce qu’il y a de plus beau, c’est de pouvoir faire évoluer à travers une seule personne trois à quatre personnages. Il y a beaucoup plus de sobriété, alors qu’un humoriste-transformiste, cela ferait plus vulgaire. Il faut que le public se concentre sur la performance de l’artiste. Prenons le cas de Valérie Lemercier, elle n’a qu’un foulard et parvient à restituer ses personnages, sans qu’il y ait systématiquement ce changement de costumes, c’est cela la magie du spectacle. »
En matière d’’humour, son père spirituel n’est autre que Dieudonné, confie l’artiste. « On a inventé une certaine forme d’humour. On se foutait des accents, des attitudes. Moi, j’aime bien les compétitions amicales, cela reste dans le domaine du gentil, aucun humoriste ne se vole le public. » Un des grands projets d’Elie Semoun est d’adapter au théâtre le livre des lettres Inconnu à cette adresse et puis je travaille sur un film. Et si l’humour fait rire, Elie Semoun reconnaît que la forme d’humour qui pourrait déranger est le racisme. Celui qui sait si bien faire s’esclaffer une salle et des milliers de gens avoue qu’au final ce qui lui manque le plus pour être heureux « c’est l’amour. Je ne l’ai pas encore trouvé ».