Le match de la honte ! Ou plutôt une double confrontation indigne de notre sélection nationale de football, qui avait dans le passé pris pour habitude de dominer les Comoriens. Ces derniers ont cette fois pris leur revanche et peuvent se targuer d’avoir réalisé un véritable tour de force en dominant les protégés de Joe Tshupula dans tous les compartiments du jeu.
C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. L’élimination au premier tour préliminaire de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2019 face aux Comores mardi dernier au stade Anjalay constitue un échec cuisant. Incapables de produire du jeu, se faisant balader par la bande à Amir Abdou, les protégés de Joe Tshupula quittent la compétition par la petite porte. L’on est d’ailleurs même en droit de se demander si certains joueurs étaient conscients de l’enjeu. Car si remontada il n’y a pas eu, la désillusion était, elle, bien au rendez-vous.
Chapeau bas donc au Comores, qui n’ont pas volé cette qualification. Après avoir fait la différence lors du match aller sur le score de 2 buts à 0, les coéquipiers d’Ali Ahamada ont poursuivi sur leur lancée à l’extérieur en arrachant le nul. Une rencontre qu’ils ont dominée de bout en bout. « Nous sommes très contents. Nous récoltons les fruits d’un travail de longue haleine. Le groupe est désormais bonifié et nous allons continuer notre petit bonhomme de chemin en travaillant très dur et en restant humbles », a déclaré un Amir Abou très fair-play, dont les joueurs ont donné une leçon de football aux Mauriciens.
Pourtant dès le coup d’envoi, tout laisser présager que le Club M avait à coeur de faire rapidement la différence. Idéalement lancé par Andy Sophie trois minutes seulement après le coup de sifflet de l’arbitre, le leader technique de l’équipe, Kevin Bru, vendangea une opportunité d’ouvrir la marque, mettant à profit le gardien Ali Ahamada d’une frappe molle du gauche. Un gros manque de réalisme qui allait se payer cash à la 14e minute de jeu avec l’ouverture du score de Mohamed El Fardou. Le Comorien profita d’une mésentente entre le défenseur Walter St Martin et le portier Kevin Jean-Louis pour marquer de la tête. 0-1. Il fallait maintenant que le Club M remonte quatre buts pour espérer se qualifier. To add insult to injury, les deux joueurs fautifs du Club M évoluent ensemble du côté du Pamplemousses SC et, de ce fait, se connaissent mieux que quiconque.
En constante régression
Mais en haut niveau, il faut avant tout être efficace. Les verts en ont d’ailleurs profité pour avoir la mainmise sur cette partie. Les locaux allaient réagir à la fin de la première période sur un corner de Kevin Perticots, bien exploité par Bru, qui catapulta une frappe détournée de la tête par St-Martin. 1-1 (45 + 2).
À la sortie des vestiaires, les locaux ont vraiment eu du mal à exister, notamment face à la puissance athlétique des Comoriens, qui imposaient un défi physique impressionnant de même qu’une intelligence du jeu. Les hommes d’Amir Abdou donnaient l’impression de ne pas forcer leurs talents et ont tenu bon.
Kevin Bru et le jeune Jérémy Villeneuve (no 15) auront tenté leur chance en fin de match, mais rien n’y fait. Malgré tout, Villeneuve, joueur d’Ivry en France, a été la lumière dans ce marasme, lui qui est très agréable à voir évoluer de par sa technique et sa clairvoyance de jeu.
Autre fait du match : Andy Patate, entré en cours de jeu, a été expulsé à la 80e minute. C’est la deuxième fois en deux confrontations qu’un joueur mauricien récolte le rouge contre les Comores. Inadmissible. Joe Tshupula, dépité, a pour sa part indiqué qu’il y avait la possibilité de gagner.
« Sur ce match retour, il y avait de la place pour gagner. Nous prenons un but sur une demi-occasion mais nous avons surtout pêché dans la finition. Je tire des enseignements positifs et il faut surtout apprendre de ces défaites. Les Comores étaient trop forts et je tiens à préciser que c’est la meilleure équipe que nous ayons affrontée depuis que je suis en poste. Nous devons garder les pieds sur terre et surtout garder le cap car une prochaine échéance nous attend, à savoir le ChAN. Nous n’avons pas le temps de nous apitoyer sur notre sort. Il faut continuer à aller de l’avant », a-t-il fait ressortir.
Force est de constater toutefois que l’équipe n’est pas en train d’aller dans la même direction. Bien au contraire. Perdre contre les Comores (sans manquer de respect à cette équipe) n’est pas une progression mais une énorme régression. Ou en est la formation?? Quelle est la philosophie de jeu?? Comment Amir Abdou arrive-t-il à tirer le meilleur de ses joueurs, sachant qu’ils sont tous des expatriés et qu’ils n’évoluent ensemble qu’en sélection?? Comment se fait-il que les Comores ont progressé dans le jeu alors que nous peinons à enchaîner deux ou trois passes?? Ce alors que des millions sont injectés dans le sport roi à Maurice…
Une différence de qualité s’est fait ressentir à tous les niveaux. Comme le dit si bien l’entraîneur, « nous sommes les principaux acteurs ». Le trailer palpitant d’avant match ne correspondait en rien à la médiocrité du scénario de cette rencontre. Un échec retentissant, une prestation des plus décevantes. À deux ans d’ouvrir le rideau sur les Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) sur nos terres, le problème reste entier.