Elle accuse le coup en silence. Sa voix laisse transparaître sa détresse. Elle cherche à oublier ce déluge de larmes. Elle veut évacuer ce trop plein qui lui tombe dessus à chaque fois. Canaliser pour ne pas se sentir submergée. Le sol se dérobe sous ses pieds ; comme si elle allait s’évanouir. Tomber en pamoison…

Il ne comprend pas, ou se refuse à accepter cette évidence. Beaucoup reste à faire pour la rendre vraiment heureuse. Une balade en métro-léger est loin de répondre à ses attentes. Elle a besoin d’une personne qui sache prendre les décisions au moment voulu pour contenir ses débordements. Une personne parée à se retrousser les manches et à faire face aux aléas qui surviennent dans une relation à deux. Peut-elle encore compter sur lui ?

Elle l’aime bien mais ne l’aime pas. Ne l’aime plus. Comment le lui dire sans lui faire mal ?

Sa résolution cette année est de se mettre à un sport de combat. Elle chausse des gants de boxe et s’acharne sur le sac de sable dans le gymnase. Elle se sent comme une gamine qui aurait échoué une fois de plus à un examen de passage. Une recalée de l’amour à qui on aurait enlevé la possibilité de vivre la vie dont elle rêve. A croire que le bonheur n’existe pas.

Tout cela n’est que passager, se raisonne-t-elle. Après la tempête ; le beau temps. Elle se motive, se donne du courage pour ne pas s’enliser dans la déprime car grande est sa déception. Elle s’en veut d’avoir raté le coche… de n’avoir toujours pas pu s’extraire de sa pauvreté émotionnelle. Une guigne qui la poursuit depuis des lustres. Elle se dit que le bonheur auquel elle aspire n’est pas pour elle.

Elle a échoué face a ses ambitions, mais avait pourtant tout donné. Ce n’était pas assez. Sa rage est aussi forte que  son désarroi. Pourquoi ce genre de déception n’arrive qu’à elle… Elle tape. Encore plus fort dans le sac de sable stoïque. Son rêve est brisé. Broyé dans un système injuste qui reproduit les inégalités dès l’école. La société est ainsi faite. Ainsi vont les choses. Ce n’est cependant  pas une finalité…

Elle a du mal à accepter la situation. Comment avoir confiance maintenant ? Elle est blessée au fond de son estime. Elle trouve encore la force de se reprendre en main. Ne se laisse pas abattre, se dit que cette histoire n’en vaut pas le coup. Mais ce goût d’amertume sur ses lèvres n’est pas prêt de disparaître de si tôt.

Elle aurait voulu s’engager dans une relation stable où elle se sentirait enfin épanouie et à sa place. Tout ceci est compliqué. Les jeunes coqs qui viennent faire le beau l’amuse mais si seulement ils savaient. Ils  ne seront jamais rien de cet amour interdit. Cette relation qui a bouleversé sa vie et qui occupe ses pensées. Elle se persuade : « Notre amour est impossible mais je sais au fond, qu’elle aussi m’aime autant que je l’aime. Mais avons-nous seulement cette liberté ici bas entre adultes consentantes ?» 

La canne à sucre et les préjugées… et surtout une intolérance mesquine contribuent à composer la nature imparfaite de notre société. Combien de temps allons-nous renier  cet état de choses ?