Pendant deux semaines les Mauriciens ont eu droit à des élucubrations politiques à n’en plus finir avec pour toile de fond—ou un prétexte— la réforme électorale. Pour le coup les scandales et les cadavres ont été mis au frais, le temps d’un flirt entre deux leaders qui ont essayé de s’accorder sur le partage du pouvoir dans une éventuelle IIème République. Mais comme le « chemistry » n’a pas fonctionné entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, les deux protagonistes ont baissé le rideau sur une pièce de théâtre qui a « très emmerdé » les spectateurs. Ces acteurs disent-ils « nous prennent pour des imbéciles! »  Lassés par les sempiternels discours dénués de sincérité, Remake, cassures, trahisons et guerre de pouvoir, les Mauriciens observent les gimmicks des leaders des principaux partis, mais ne sont pas dupes!  
Ses sentiments sont confus, mitigés… Le Mauricien ne sait plus s’il doit rire  ou s’indigner quand il assiste aux interminables épisodes à rebondissement de la comédie dramatique à laquelle se livrent deux principaux leaders politique en ce moment. Habitué à ces situations burlesques dans le paysage politique, le Mauricien a quand même le choix d’appliquer à son tour une politique, celle de « dilo lor bred sonz. » En clair, il peut, s’il le veut, devenir imperméable, s’en ficher des gimmicks, tractations, accords, désaccords et autres rendez-vous en catimini qui ont occupé le Premier ministre, Ramgoolam et le leader de l’opposition et du MMM, Paul Bérenger. Situation qui a  tenu les Jugnauth en haleine. « Mais le problème, note Béatrice, employée dans le secteur privé, est qu’actuellement on ne peut échapper à la politique. Il n’y a que ça aux nouvelles. Même que l’autre jour, ma fille de 8 ans m’a demandé ce que signifie ‘cassure’. Qu’on veuille la suivre ou pas, la politique est omniprésente dans les médias. »
Faranaz, employée dans une école maternelle, raconte qu’elle a retenu un épisode de cette actualité, notamment les visites de Paul Bérenger à la Clarisse House. « On aurait dit qu’il y a passé beaucoup de temps. Dans la presse c’était genre: Bérenger va à la Clarisse House, Bérenger quitte la résidence de Navin Ramgoolam, Bérenger pose aux côtés du Premier ministre à la Clarisse House… Vous voyez où je veux en venir? Tou sa letan la Bérenger ti avek MSM, zordi li trouve ki bizin sanzman, bizin sanz bato, li pe get along avek PTr! » dit Faranaz. Si jeudi dernier, Bérenger, pourrait-on croire, est tombé de haut en (re)découvrant « le manque de sérieux » de ce « bougre » là, Faranaz elle, comme de nombreux Mauriciens, sans doute, a ri… Il y a quelques jours encore, le « bougre », en l’occurrence Navin Ramgoolam avait concédé qu’il y avait un « chemistry » entre lui et le leader historique du MMM. Que ce « chemistry » soit réel  ou factice, Roshan, enseignant dans une école primaire  gouvernementale n’en a cure! Pourquoi? « Il faudrait quand même qu’ils arrêtent! Ils nous prennent pour des imbéciles! » lance Roshan, qui ces derniers jours discutent longuement sur la politique locale avec ses collègues. Car dans toute cette histoire où chacun y va avec ses analyses, les Mauriciens, du moins, une bonne partie du peuple est « très emmerdé » envers les politiques! « Ils nous prennent pour des gens simples d’esprit! » déplore Béatrice.Les dirigeants du pays et autres aspirants dirigeants sont-ils au courant du mood du peuple? Eux qui régulièrement balancent: « le peuple a envie de savoir », « le population veut la vérité »… dans leurs interventions en donnant l’impression qu’ils sont au plus près du pouls des Mauriciens, savent-ils que ceux-ci en ont plus qu’assez de leur sempiternel retournement de veste? Et de leur manie de faire avaler des couleuvres à la population, spectatrice, bien malgré elle d’une mauvaise pièce de théâtre.
Pas tous des suiveurs admirables
Mais il y a bien des Mauriciens qui se prêtent au jeu d’avaleurs consentants de couleuvres. Béatrice, prévient! Elle n’en fait pas partie. Son éducation, ses valeurs et sa capacité de discernement la dictent dans son analyse du contexte politique qui prévaut actuellement. Elle explique: »Il y a une partie de la population qui participera aux manoeuvres des politiciens dont l’intention est de manipuler la masse en leur faveur. Cette frange de la population est celle-là même qui obtiendra de l’emploi dans la fonction publique par backing, après chaque élection! » De son côté, Faranaz observe « qu’avec le temps la population est de moins en moins dupe.  » Même s’il y aura toujours des suiveurs admirables, prêts à gonfler la foule des meetings contre une virée en mer ou un briani take-away,  les Mauriciens de manière générale ne sont pas passés à côté des changements de ton, de tactiques flagrants et de ces acrobaties politiques trop fréquentes pour ne pas vouloir d’un « vre sanzman » dans le paysage politique. L’enchaînement des récents scandales: le restaurant du Pandit Sungkur, l’EIILM University, le DY.Patil Medical College, le Ring Road, le trafic des cadavres impliquant le SSR Medical College… avait fait bondir l’opposition, menée par le leader du MMM. Pendant ces deux dernières semaines ces scandales ont été mis au frais, en mode « cooling off » le temps d’un flirt entre le MMM et le parti au pouvoir. Et si les Mauves et les Rouges avaient conclu jeudi dernier, Bérenger se serait-il souvenu qu’il y a encore quelques temps il voulait « sap pei » des griffes de Navin Ramgoolam? Roshan est sûr d’une chose: « jeudi dernier relève d’une stratégie convenue entre les deux parties. Il n’y a pas eu de mésentente entre le MMM et le PTr. D’une part le MMM veut sauver sa peau auprès des militants en colère et d’autre part, Navin Ramgoolam ne laissera pas tomber l’opportunité de devenir Président de la République, une position qui a échappé à son père. Bérenger sait que sans cet accord, ses chances pour devenir Premier ministre sont peu probables. Les deux partis veulent absolument partager le pouvoir! »
« Quelque chose ne tourne pas rond »
A hier, le leader de l’opposition maintenait sa décision de clore définitivement les consultations sur la réforme électorale et la deuxième République avec Navin Ramgoolam. Jeudi, dernier, le Premier ministre annonçait qu’il n’y aurait pas de réforme avant les prochaines législatives. Le peuple aurait-il eu tort d’être « énervé » et « très emmerdé » en prenant connaissance de ces deux états d’esprits? Non, car le véritable dindon de la farce dans cet imbroglio est le Mauricien. Il aurait la mémoire courte s’il a oublié que le Premier ministre l’a invité à soumettre ses propositions sur le White Paper sur la réforme électorale avant le 5 mai prochain! Ceux qui ont adhéré à son explication sur les raisons du renvoi du Parlement, pris le temps de faire un travail de réflexion et de rédaction, ont bien dû se sentir dupés! « Au final, observe Faranaz, ces gens-là ne nous donnent pas de choix. Ils ont leur but respectif et s’arrangent pour nous mettre au pied du mur et pensent pouvoir nous faire croire ce qu’ils veulent. Nimport ki pou arive nou ti dimoun ki pou kontiyn pey tax, zot ki pou kontiyn ena magouy… Réforme ou pas, ce n’est pas notre vie qui va changer. J’ai lu que le taux de chômage auprès des jeunes diplômés ne cesse d’augmenter. Pendant ce temps, ceux au pouvoir avec ou sans réforme, vont continuer à mener un train de vie qui est loin de la réalité du peuple! » 
L’ambiance de ces derniers temps laissait flotter un parfum d’élections générales. Mais l’idée d’aller voter plus tôt que prévu, était problématique pour Béatrice et Faranaz. « L’attitude des grands partis et leur langage qui change du jour au lendemain ont fini par semer la confusion dans mon esprit. J’avoue que je me sens perdue. Il n’y a aucune philosophie dans l’approche politique des leaders. Conclusion, dans le contexte politique actuel, je ne sais pas pour qui voter! Personne ne m’inspire confiance. Que ce soit Ramgoolam ou Bérenger, ils agissent dans une opacité qui fait que nous sentons qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond », explique Béatrice. Et Faranaz de confier: « Je suis du genre à bien réfléchir avant de voter pour les candidats d’un parti. Mais si je devais voter demain, je ne crois pas que je voterai block! » De son côté, Roshan laisse comprendre qu’il est prêt à se rendre aux urnes. Mais l’enseignant dit rêve d’une troisième force. « Une vraie force, souligne-t-il,  pas le MSM. Le clan des Jugnauth a perdu leur crédibilité et le parti s’est affaibli. Pravind Jugnauth manque de charisme et de poigne. Le père doit toujours voler au secours du fils! J’ai des doutes quant à l’arrivée d’un autre parti capable d’évincer le MMM et le PTr de l’échiquier politique. Les dégager ne sera pas une mince affaire! »