Dans une interview accordée au Mauricien cette semaine en marge de la fête nationale française, ce 14 juillet, l’ambassadeur de France, Emmanuel Cohet, est convaincu que Français et Mauriciens peuvent travailler ensemble pour des projets en Afrique. Il estime également que la coopération entre la Réunion et Maurice est importante vu qu’elle contribue au développement de cette zone de l’océan Indien. Il a également été question de la Coupe du Monde alors même que la France affrontera demain la Croatie en finale. Emmanuel Cohet est en poste à Maurice depuis octobre de l’année dernière.

Monsieur l’ambassadeur, nous nous rencontrons au lendemain de la victoire de l’équipe de France en demi-finale de la Coupe du Monde de football. Quels sont vos premiers commentaires?

Comme tous les amateurs de foot, j’ai suivi en détail cette demi-finale. Cela a été une très belle rencontre. Nous sommes fiers de nos Bleus, de l’équipe de France. On a bon espoir pour la suite.

Quel pronostic pour la grande finale de dimanche?
Je ne suis pas assez expert pour faire des pronostics. On espère que la France pourra, comme l’a dit le président Emmanuel Macron, ramener la Coupe à Paris.

Nous avons eu l’occasion dans un passé récent de rencontrer Pascal Boniface, directeur d’IRIS, qui était l’invité de l’ambassade de France. Ce dernier pense que le football a une dimension politique et diplomatique. Partagez-vous cet avis?

Le football, comme les autres disciplines sportives, peut rapprocher les peuples, et les nations peuvent communier autour d’un idéal sportif, d’un dépassement de soi, de la compétition du jeu. Cela a une vertu importante de rapprochement entre les nations, entre les peuples. C’est un autre moyen de dialoguer entre les peuples et les nations à côté des canaux politiques et diplomatiques, économiques et culturels. La diplomatie sportive a toute sa place. Elle est très importante pour nous Français. Vous retrouvez cela dans les grands événements comme les compétitions internationales, en particulier pour la Coupe du monde de football ou les Jeux Olympiques. La diplomatie sportive a un rôle de dialogue et de connaissance de l’autre.

Le football a également une dimension politique puisque nous avons constaté que contrairement à M. Macron, Mme May de la Grande Bretagne a refusé de se rendre en Russie pour soutenir l’équipe d’Angleterre, cela pour des raisons politiques…

Oui. On sait que dans le passé, la participation ou non à ces manifestations permettait de transmettre un message politique. On connaît la résonance que certains événements sportifs ont pu prendre dans un contexte historique et politique donné. Évidemment cela peut avoir une dimension politique.

Dans le cadre des relations bilatérales entre la France et les autres pays, la dimension sportive est-elle prise en considération?

Oui, cette dimension est prise en compte. Nous essayons, lorsque c’est possible, d’apporter notre soutien à des rencontres entre des équipes françaises ou mauriciennes ou dans la région. Récemment j’ai assisté à une réunion sportive organisée autour du football pour les jeunes de la Réunion, de Maurice, de la France métropolitaine, de l’Inde et de Madagascar. Il y avait une équipe de jeunes footballeurs français venant de Marseille. Je les ai soutenus. On soutient également toutes les compétitions qui peuvent avoir lieu entre les écoles à programmes français et celles à programmes mauriciens. Au niveau de l’ambassade de France on essaie de faire la promotion des grands rendez-vous sportifs qui intéressent la France et dans lesquels Maurice se présente. Bientôt il y aura les Jeux des îles de l’Océan Indien. C’est un grand événement ; nous sommes heureux que les équipes françaises participent. On se mobilisera pour lui donner beaucoup de résonance.

Est-ce que l’aide française est quelquefois sollicitée pour soutenir les jeunes professionnels dans différentes disciplines sportives?

Pour cette rencontre qui a eu lieu récemment dans le nord du pays, on a eu des moniteurs français qui ont pu travailler avec leurs collègues mauriciens. On peut avoir des sollicitations à ce niveau-là. On peut également être sollicité pour des demandes d’expertise ou sur des coopérations avec des partenaires mauriciens. La diplomatie sportive est très importante dans les relations entre pays.

Vous êtes à Maurice depuis septembre dernier dont moins d’une année. Cela vous suffit-il pour saisir l’ampleur des relations et de la coopération entre Maurice et la France. Comment s’organise la continuité de l’action de l’Ambassade ?

Je suis très heureux d’être à Maurice. En tant qu’ambassadeur de France, nous nous plaçons dans le cadre de la continuité des actions entamées par nos prédécesseurs et en fonction des orientations politiques données par le Président de la République. Sur un certain nombre d’actions nous continuons l’œuvre entreprise et puis on peut avec toute l’équipe de l’ambassade et nos partenaires mauriciens proposer des projets et de nouvelles orientations ou des compléments ou des ajustements.

Comment est-ce que vous auriez qualifié les relations entre la France et Maurice?

Nos relations sont excellentes. Nous avons des relations de confiance, de dialogue, de partenariat et d’échanges entre nous. Elles portent sur tous les sujets. On a vraiment un dialogue et une coopération avec tous nos collègues mauriciens, entre la République de Maurice et la République française et puis nous avons des partenaires dans le monde académique et universitaire, et la société civile, les ONG. Il y a les échanges entre les citoyens des deux pays via le tourisme et la communauté française vivant à Maurice. Il y a une communauté mauricienne présente en France. Tous ces échanges entre les citoyens des deux pays sont très importants.

Vous avez également été partie prenante dans la célébration du 50e anniversaire de l’indépendance de Maurice?
Nous avons voulu en tant que France participer à la célébration du cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République de Maurice. Le secrétaire d’État auprès du ministre d’Europe et des Affaires étrangères, Jean Baptiste Lemoine est venu en visite officielle à Maurice du 11 au 13 mars. Nous avions une série de visites de haut niveau. Deux membres du conseil constitutionnel sont venus participer à un colloque sur la Constitution de Maurice à l’Université de Maurice. Nous avions eu la visite de deux parlementaires français. On a eu vraiment des échanges de haut niveau. Ensuite nous avons eu une semaine française autour du 15 au 20 mai et nous avons eu une série d’événements qui a été très bien couverte par la presse comme par exemple l’exposition Regards Croisés au Café du Vieux Conseil et puis d’autres activités culturelles. Nous avions présenté à tous les Mauriciens et Mauriciennes et à nos partenaires, par la culture, la force de notre amitié, la force de notre relation bilatérale avec une valeur importante qu’est la francophonie. Nous avons la langue française en partage entre Maurice et la France. À cette occasion nous avons également salué la très belle contribution des écrivains et écrivaines mauriciens à la francophonie.

Nous avions déjà reçu la visite du président Francois Mitterrand, du président Jacques Chirac entre autres, peut-on envisager une visite de M. Macron à Maurice?

C’est difficile à ce stade de donner des indications mais c’est un projet sur lequel je dois travailler avec les autorités françaises et mauriciennes.

Quels sont les axes de coopération sur lesquels vous insistez le plus?

Nous avons une relation entre Maurice et la France qui est très diversifiée. Il y a beaucoup de choses qui se font entre nos deux pays. Une des axes importants est de pouvoir monter des coopérations avec Maurice sur des enjeux fondamentaux tels que la lutte contre le changement climatique. Nous travaillons beaucoup avec Maurice sur le développement des énergies renouvelables, l’économie circulaire mais aussi le numérique, l’entreprenariat, l’innovation qui sont des thématiques clefs. Il y a également la science océanique. Il s’agit de voir comment on peut dans le cadre de l’économie bleue apporter une contribution au développement de ce secteur et voir comment on peut travailler ensemble. Il y a également toute la coopération qu’on peut avoir, au plan régional, entre Maurice et la Réunion sur toutes ces thématiques. La lutte contre le changement climatique est un élément important, un enjeu global sur lequel nous travaillons avec le gouvernement mauricien. La France était très honorée que le Premier ministre mauricien Pravind Jugnauth ait pu se rendre à Paris pour le sommet One planet en décembre 2017 et nous poursuivons le dialogue avec les autorités mauriciennes sur ces thématiques du développement durable. Il y a également l’angle économique avec des entreprises mauriciennes qui coopèrent avec des entreprises françaises et réunionnaises sur ces thématiques de développement durable que ce soit au niveau du conseil ou de l’expertise ou bien de projets industriels. J’étais la semaine dernière à Rodrigues où j’ai, avec ma collègue de l’Union européenne, inauguré une installation de dessalinisation de l’eau avec des panneaux solaires à zéro émission. C’est un projet porté par une entreprise privée française en coopération avec les autorités publiques de Rodrigues et de Maurice avec le soutien de la France et l’Union européenne. Ce sont des projets qui intéressent le secteur privé. Le dernier élément à prendre en compte est tout ce qu’on peut faire sur le plan de la formation. La coopération sur ces thématiques du développement durable intègre beaucoup d’éléments comme le développement de l’agriculture raisonnée. Il s’agit également de développer notre coopération au niveau de l’éducation universitaire. Maurice a un rôle de plateforme et nous voulons participer par un renforcement de partenariat entre les établissements d’enseignement supérieur français et les établissements supérieurs mauriciens à consolider et densifier notre coopération dans ce domaine-là.

Il y a beaucoup d’antennes universitaires françaises qui opèrent en ce moment à Maurice. Est-ce une bonne chose?

Il y a des partenariats avec l’Université de Maurice, il y a l’université des Mascareignes avec laquelle on travaille. On a différentes coopérations en matière de formation professionnelle. On a également une présence dans le cadre des smart cities, on a une présence de l’enseignement supérieur français qui est importante et remarquable – que nous voulons intensifier et densifier.

Vous rentrez de Rodrigues, et la France a une attention spéciale pour cette île dans le cadre de la coopération franco-mauricienne?

Tout à fait, Rodrigues est un territoire avec lequel nous avons des partenariats. Il y a eu cette unité de dessalinisation. Il y a également dans le domaine de l’enseignement agricole un programme en cours entre Rodrigues et la Réunion. Il y a la technopole de la Réunion qui va travailler sur la création d’un incubateur à Rodrigues et puis on a des échanges sur d’autres thématiques. L’AFD sera partenaire pour le projet d’une nouvelle piste d’atterrissage à l’aéroport de Plaine Corail.

Parmi les secteurs émergents à Maurice il y a également l’Intelligence artificielle, la fintech entre autres. Est-ce que ces domaines vous interpellent?

Ce sont des thématiques qui sont très importantes et très structurantes pour l’avenir et sur lesquels Maurice a investi. Nous voulons être un partenaire de Maurice dans ces domaines-là. Ce sont des thèmes très importants pour la modernisation de l’économie et des structures productives de l’île. Nous voulons être un partenaire que ce soit dans le secteur de l’intelligence artificielle, les fintech et globalement tout ce qui est lié à l’innovation. La France est un pays très engagé dans l’innovation et dans le développement justement de ces nouveaux secteurs. Le président Macron a lancé un grand plan dans le domaine de l’intelligence artificielle et nous voulons coopérer avec nos partenaires sur ces thématiques et compte tenu du rôle de Maurice comme plateforme vers l’Asie, l’Afrique et l’Europe, il y a certainement des possibilités importantes de coopération entre nos deux pays. On les a bien en vue et on travaille avec nos partenaires mauriciens sur ces questions pour voir comment on peut identifier des projets.

Le concept de partenariat prend de plus en plus le dessus sur la politique d’aide au développement. Est-ce le cas dans les relations entre Maurice et la France ? Comment cela se traduit dans le concret ?

La France et Maurice ont les mêmes approches sur un certain nombre de sujets. On vient de parler des nouveaux secteurs de développement économique, et la notion de partenariat consiste à voir ensemble avec les partenaires institutionnels, du gouvernement ou des partenaires économiques, les représentants des entreprises et des entreprises elles-mêmes comment sur la notion de partenariat tout le monde peut travailler ensemble. On travaille, par exemple, avec la Mauritius Research and Innovation Council et des grands acteurs économiques mauriciens comme Business Mauritius ou MCCI pour voir comment créer des projets qui peuvent avoir une capacité d’entraînement qui débouche sur les programmes qu’on peut lancer. La notion de projet dans un partenariat est très importante. Au-delà des projets on peut avoir un dialogue entre différentes entités sur des thématiques nouvelles.

Les autorités mauriciennes ont-elles sollicité l’aide de la France pour l’aider à passer d’un pays à revenu moyen au statut de pays à revenu élevé ?
Nous sommes un partenaire de Maurice et donc dans ce contexte-là on accompagne du mieux que nous pouvons cette démarche de Maurice d’avoir une approche qualitative et d’avancer vers l’objectif défini par le gouvernement mauricien pour 2030.

La France est également très présente en matière d’investissement à Maurice….

Tout à fait nous sommes le premier investisseur étranger à Maurice. La présence économique française est significative et nous souhaitons la consolider et la développer avec les acteurs économiques mauriciens. Nous avons au moins 200 entreprises françaises qui opèrent sur le territoire. Il s’agit aussi de voir comment Français et Mauriciens peuvent travailler ensemble pour des projets communs en Afrique continentale. Je pense qu’il y a des potentialités réelles. C’est un domaine très porteur. La relation qu’on peut avoir entre Maurice et la France pour regarder ensemble des projets de coopération en Afrique est intéressante. C’est un aspect auquel les investisseurs français à Maurice sont sensibles. Il y a eu des partenariats réussis entre entreprises françaises et mauriciennes pour travailler ensemble en Afrique. Je suis convaincu qu’il y en aura d’autres dans le futur.

Vous pensez donc que la stratégie africaine de Maurice va dans le bon sens…
Je pense que c’est une stratégie très importante tournée vers l’avenir. Le continent africain est tourné vers l’avenir, il est en pleine évolution, en pleine croissance. On peut trouver entre Mauriciens et français des possibilités intéressantes de coopération et de partenariat avec des partenaires africains sur place.

La compagnie française Orange est partenaire stratégique de Mauritius Telecom. Quel regard jetez-vous sur ce partenariat?

Le partenariat entre Orange et Mauritius Telecom est très important. Il est tourné vers l’avenir. Il y a beaucoup d’échanges technologiques entre les deux identités. Ce qui est important est de voir entre les deux partenaires comment on peut avoir des nouveaux chantiers importants comme par exemple aller ensemble vers l’Afrique. Ce qui sera intéressant pour le groupe.

Est-ce que ce genre de partenariat stratégique peut être développé dans d’autres secteurs?
Bien sûr. On peut avoir des partenariats dans plusieurs domaines. On a eu des partenariats entre acteurs réunionnais et mauriciens qui marchent très bien dans le domaine de l’agriculture en direction de l’Afrique. C’est un domaine où on peut avoir des partenariats. On peut également avoir des partenariats sur toute la thématique concernant l’environnement.

La France s’intéresse-t-il à des secteurs comme l’eau par exemple?

Tout ce qui est lié à des sujets comme l’infrastructure peut intéresser nos entreprises.

Quid des relations entre Maurice et l’île de la Réunion ?

Les relations entre l’île de la Réunion et Maurice sont marquées par la proximité géographique. Il y a également la troisième île des Mascareignes, Rodrigues. Ce qui est important est que cette relation, elle s’assoit sur les échanges entre responsables politiques. Le ministre du Tourisme, Anil Gayan était encore cette semaine à l’île de la Réunion. Le président du conseil régional était à Maurice. Le préfet de la Réunion est venu. Le commandant des forces françaises était là aussi. On a beaucoup d’échanges entre les deux îles. Cet échange se fait également par des Réunionnais et des Mauriciens. La coopération qu’on peut développer et consolider entre la Réunion et Maurice est importante parce qu’elle contribue également au développement de cette zone de l’océan Indien. Les deux îles en travaillant avec Madagascar, les Seychelles et les Comores peuvent contribuer au développement et à la stabilité de la région.

Comment voyez-vous l’avenir des relations entre Maurice et la France?

L’avenir des relations entre Maurice et la France est très prometteur. Nous avons une vraie relation de confiance, de dialogue et de proximité entre les deux pays. Nous avons en partage la francophonie. Nous sommes deux partenaires et ensemble Français et Mauriciens, nous pouvons regarder vers des projets de coopération au bénéfice de nos deux pays.