Emmanuel Wongibe, journaliste originaire du Cameroun, avec son collègue, Gifti Nadi, a animé cette semaine à La Plantation Hotel à Balaclava un atelier de formation de trois jours sur le thème « Atelier journalistique sur le changement climatique : Programme de développement de capacité des médias ». Dans l’entretien qui suit, il nous explique la pertinence de la formation des journalistes visant à mieux comprendre les enjeux du changement climatique.
Qui est Emmanuel Wongibe ?
Je suis journaliste de formation, je suis camerounais, mais à aucun moment je me dis que je suis un journaliste camerounais. Je suis un journaliste tout court. Parce que mon ambition, c’est d’être capable de faire ce travail que j’ai appris n’importe où dans le monde, à New York, à Paris, en Allemagne… Il faut que je sois reconnu comme un journaliste compétent.
Dans quel contexte êtes-vous à Maurice ?
Je suis ici en tant que consultant au service d’un projet de renforcement de capacité des médias du Programme d’adaptation en Afrique (PAA) intitulé « Atelier journalistique sur le changement climatique : Programme de développement de capacité des médias ». C’est un programme géré conjointement par le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et le Japon, qui en est le financier.
Le PAA a été créé dans le contexte du Cadre conjoint Japon-PNUD pour le développement d’un partenariat en faveur de l’adaptation au changement climatique en Afrique, un partenariat fondé en mai 2008 lors de la quatrième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD). Cet atelier vise d’une part à aider les journalistes africains à améliorer leurs connaissances de la science du changement climatique (CC) et d’autre part à travailler ensemble avec ces journalistes pour améliorer les techniques de reportage.
Le CC est bel et bien un sujet journalistique comme tous les autres, mais il a ses spécificités qu’il faut bien prendre compte pour mieux faire son travail de journaliste.
En quoi le CC est-il différent des autres sujets journalistiques ?
Le CC est une modification des paramètres (température, précipitation et montée des eaux de la mer…) du climat, qui s’effectue sur la Terre dans son intégralité. Il est un sujet nouveau, pas seulement pour les journalistes, mais aussi pour la plupart des professionnels, des scientifiques… Chacun doit pouvoir se demander « qu’est-ce que ce nouveau sujet exige de ma part ? »
En tant que journaliste, le sujet du CC est très important pour nous tous. Nous, les journalistes, nous aimons dire que notre devoir envers la société est de protéger ses intérêts. Et si tel est le cas, nous devons alors faire beaucoup d’attention quand l’humanité est menacée. Parce que le CC a des effets qui sont négatifs… Le CC peut faire reculer des pays parce que ce phénomène a un impact négatif sur leur développement. Le CC a des conséquences sur notre santé, notre agriculture, nos infrastructures, nos forêts… Il  peut détruire tous nos effets de développement. C’est la raison pour laquelle il doit être au centre du travail du journaliste.
À cause de cela, nous les journalistes, nous devons nous mettre au même niveau de connaissance et de compétence que les autres spécialistes. En Afrique en particulier, notre couverture du CC n’est pas comparable à ce que nous faisons pour les autres sujets comme la politique, l’économie, le sport. C’est un sujet bel et bien négligé alors que ses effets se font déjà sentir dans notre quotidien.