Neuf mois après l’écroulement de l’empire Rawat, évalué dans le rapport nTan Corporate Advisory Pte Ltd à Rs 33,6 milliards, la Banque de Maurice, institution qui avait tout déclenché avec la révocation de la Banking Licence de Bramer, sera propulsée au premier plan. Ainsi, le Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi, compte passer à l’offensive pour réclamer du gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, une copie du rapport des Forensic Auditors singapouriens sur la fraude du BAI Mega Ponzi Scheme de Rs 25 milliards.La demande pourrait être transmise dès aujourd’hui.  Entre-temps, le chapitre IV du rapport préliminaire, soumis à la Banque de Maurice depuis la fin de l’année dernière, est axé sur les transactions frauduleuses opérées au nom de la Bramer Property Fund, une des trois entités phares du groupe dirigé par le Chairman Emeritus de BAI, Dawood Rawat. Le fonds de roulement de la fraude est de Rs 5,4 milliards, soit dix fois moins quand les Rs 50 milliards de BA Insurance mais avec le même business model of questionable accounting practices and transactions et le clan Dawood Rawat s’appropriant de manière illicite la moitié des placements des clients, soit Rs 2,8 milliards.
Des recoupements d’informations effectués auprès des sources concordantes indiquent que la direction générale du Central CID s’apprête à approcher officiellement la Banque de Maurice en vue d’obtenir une copie du rapport préliminaire de 82 pages des Findings du rapport du nTan Corporate Advisory Pte Ltd en ce début d’année pour confirmer le calendrier de convocations pour interrogatoire Under Warning des Top Guns de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, dont Swadeck Muhammad Taher et Asraf Muhmmad Esmael, sans oublier l’ancien Managing Partner de KPMG (Mtius), Jean-Claude Liong.
Dans les milieux autorisés aux Casernes centrales, on affirme que cette prochaine démarche auprès de la Banque de Maurice est des plus légitimes dans la conjoncture d’autant plus que le mandat officiel des Forensic Auditors de Singapour est de « establish the facts behind the complex financial transactions carried out by BAI Co (Mtius) Ltd and its related parties, affiliates, shareholders and directors, within Bramer Banking Corporation Ltd (In Receivership) and other financial institutions ». De ce fait, les conclusions des analyses des Independent Forensic Auditors ont une importance cruciale à ce stade de l’enquête criminelle du Central CID sur différents volets de la fraude massive au sein du conglomérat BAI.
Actuellement, le doute subsiste quant à un éventuel feu vert de la Banque de Maurice à la demande du Central CID pour qu’une copie du rapport soit remise aux enquêteurs. La principale ligne de défense à la Bank of Mauritius Tower est que « le rapport n’est qu’un working document et la version finale des conclusions de nTan Corporate Advisory Pte Ltd fin devra être disponible vers la fin de ce mois », sauf contretemps. Toutefois, à la réception du document officiel, la Banque Centrale, de par ses engagements pris formellement, ne pourra pas échapper à la publication d’une redacted version, préservant la confidentialité de certaines transactions aux termes des dispositions de la Bank of Mauritius Act et de la Banking Act.
« Related party transactions »
En parallèle, le chapitre IV du rapport préliminaire du tandem Nicky Tan Ng Kuang/Michael Martin décortique le système de fraude et de détournements de fonds mis en place à la Bramer Property Fund Ltd du groupe BAI. Des Rs 5,4 milliards collectés du public au cours de la période 2007 à 2014, la bande à Dawood Ajum Rawat, par le biais de related party transactions, a empoché de manière illégale la somme de Rs 2,8 milliards. Un premier constat effarant et accablant est alors que les livres de comptes maquillés de cette entité de BAI affichaient des profits de Rs 193 millions sur les opérations pour la période couvrant 2007 à 2014, les consultants singapouriens, démasquant le camouflage des bilans financiers, soutiennent que ces profits de Rs 193 millions sont en réalité des pertes de Rs 1,3 milliard.
La Bramer Property Fund du groupe BAI était spécialisée dans la levée de fonds sur le marché par le truchement d’émissions de Preference Shares offrant des « High Yield Profits » aux investisseurs, dans la fourchette de 7,3 % à 20,62 % annuellement. De ce fait, au cours de ces huit ans d’opération, la Bramer Property Fund a collecté Rs 5, 4 milliards, représentant des placements de Mauriciens leurrés par les conditions attrayantes.
De ces Rs 5,4 milliards, puisées de la poche des clients de Bramer Property Fund, Rs 2,8 milliards ont été au bénéfice de la galaxie Dawood Rawat sous forme de Party Related Investments, Rs 1,2 milliard pour le paiement des dividendes aux investisseurs, Rs 1,8 milliard de Redeemable Shares arrivait à maturité, comme dans le Half-Baked Deal et Rs 900 millions pour les frais administratifs et autres commissions. Ainsi, dans un premier commentaire sur la performance financière, le rapport nTan souligne que « Bramer Property Fund Ltd was not generating sufficient cash return to meet its financial commitments to investors ».
Plus loin, les consultants de Singapour avancent que « the vicious cycle of raising funds to pay off existing investors and diverting funds to related companies would have continued until it grew to such a scale that Bramer Property Fund would collapse under the weight of its liabilities ». Entre-temps, pour ne pas saper la confiance des investisseurs existants et pour rassurer les potentiels, la Bramer Property Fund Ltd a eu recours à une série de « questionable accounting practices », comme l’astuce des Fair Value Adjustments pour maquiller les comptes.
« Questionable accounting practices »
De 2007 à 2014, la Bramer Property Fund Ltd avait essuyé des « comprehensive losses » de Rs 193 millions. Mais cette situation fut renversée avec des Fair Value Adjustments de Rs 538 millions et des Unrealisable Income and Dividend de Rs 600 millions sur les Party Related Investments de Rs 2,8 milliards. « This was used to camouflage the comprehensive losses », dénonce le rapport, qui maintient que la réalité des comptes de cette entité du groupe BAI est des pertes de Rs 1,3 milliard et non des profits affichés de Rs 193 millions. Dans cette même perspective, la Net Asset Value Attributable to Shareholders (le grand public) aura été de Rs 74 millions et non le montant falsifié de Rs 3,7 milliards.
Tout un volet du chapitre dédié à la Bramer Property Fund Ltd concerne le financement de la clinique Apollo-Bramwell, initialement connue comme la Bramer Medical Centre Ltd. Au 31 décembre 2010, la Bramer Property Fund Ltd avait fait l’acquisition de 1 248 285 actions ordinaires pour un montant de Rs 400 millions de cette dernière société. Presque sur le champ, avec l’application de la formule magique de Fair Value Gains, ces investissements ont été évalués à Rs 465 millions.
Window dressing
La conclusion du rapport de nTan Corporate Advisory Pte Ltd sur la gestion d’Apollo-Bramwell, présenté comme le « Jewel in the Crown » du clan Dawood Ajum Rawat, est implacable. À cette même date, la clinique Apollo-Bramwell était accablée d’Intra-Company Debts, soit de BA Insurance et de BA Investment, pour un montant de Rs 1,5 milliard, poussant les Singapouriens à affirmer que « Apollo-Bramwell was balance sheet insolvent as at 31 December 2012 ».
Un autre investissement de Bramer Property Fund Ltd dans un trou sans fond (et également sans fonds) est également dénoncé avec force dans le rapport préliminaire soumis à la Banque de Maurice. Ces détournements de fonds remettent en première ligne le Chairman Emeritus de la BAI. En mars 2010, la Bramer Property Fund Ltd avait fait l’acquisition de Bonds au sein de Seaton Investment, société sous le contrôle direct de Dawood Ajum Rawat, pour un montant de Rs 450 millions. Ces fonds ont été utilisés pour le financement de la privatisation de BA Investment Co (Mtius) Ltd, notamment avec le delisting de cette société sur le marché officiel de la Stock Exchange of Mauritius.
Cette opération de delisting s’est déroulée en deux étapes. La première comprenait le transfert de titres de BAI Co (Mauritius) Ltd d’une valeur de Rs 45 millions de British American Holdings Ltd à la société Seaton Investment et de titres d’une valeur de Rs 21 millions de Dawood Rawat à la même Seaton. Subséquemment pour compléter cette « opération obscure sur la Bourse de Maurice », Seaton Investment de Dawood Rawat faisait une offre de rachat aux actionnaires minoritaires à Rs 20 l’action contre Rs 9.30 pour la première étape, soit une prime de 57 % sur le cours moyen de ce titre au cours des six mois se terminant le 13 mai 2010.
Cet exercice financé par des fonds détournés de Bramer Property Fund Ltd avait un seul objectif : « In so doing and privatising BAI Co (Mtius) Ltd and removing the same from the obligations of public listed companies, it allowed Dawood Rawat directly or jointly with Ehsan Mohamud Taher to carry out the window dressing and round tripping. » Comme quoi dans le BAI Mega-Ponzi Scheme de Rs 25 milliards, tout tourne autour de la période 2009/2010, et surtout la transaction frauduleuse de Rs 3,6 milliards à un quart d’heure de la fermeture des banques le 31 décembre 2009 avec la Banque des Mascareignes emportée dans le tourbillon de la BAI.
Et à nTan Corporate Advisory Pte Ltd d’ajouter son grain de sel dans ce scandale financier en soulignant qu’au 31 décembre 2014, Seaton Investment avait une ardoise de Rs 236 millions, représentant des intérêts conséquents. « It was highly doubtful that these investments would be recovered. Seaton Investment was not generating any significant income and KLAD (Ultimate Holding de Dawood Rawat) did not pay an interest coupon. KLAD was clearly in financial difficulties with losses of 1,5 million US dollars as at 31 December 2013 and KLAD did not have any cash or securities », s’appesantissent les Forensic Auditors, contractés par la Banque de Maurice, n’hésitant pas à dresser un parallèle avec les Rs 2,8 milliards de Bramer Property Fund Ltd dans les Group Related Transactions avec la contribution des clients de cette société de la BAI…