Dix semaines après l’écroulement de l’empire de Dawood Rawat sous le poids d’un Ponzi Scheme de l’ordre de Rs 23 milliards, un premier enjeu délicat se profile pour les emplois, soit au moins 347 travailleurs, de la firme Iframac, dont le chiffre d’affaires est de Rs 2,6 milliards. Depuis hier, la pression est en effet montée d’un cran après avoir appris que Iframac a été transformée en coquille dévidée, trois enseignes de franchise internationale – Mercedes-Benz de la firme allemande Daimler, Mitsubishi au Japon et Peugeot en France –, ne faisant pas partie du “transfer deal” devant être bientôt conclu. Toutefois, après la réunion d’hier entre le Special Administrator Mushtaq Oosman et les chefs de départements chez Iframac, les appréhensions étaient encore plus perceptibles chez les employés, même si, du côté de l’hôtel du gouvernement, on tentait d’atténuer la situation en affirmant que rien n’a encore été décidé en ce qui concerne la représentation de ces marques de voitures. Devant ce nouveau développement, les employés d’Iframac se sont mis en mode mobilisation en faisant appel à la General Workers Federation (GWF), qui a pris l’initiative de lancer une campagne avec pour mot d’ordre « ranne kash kokin BAI ».
Dans un premier temps, l’annonce des Special Administrators Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet aux « potential bidders that both Mitsubishi and Daimler have decided to independently find a distributor to operate their car dealerships » a semé un léger doute parmi les membres du personnel du concessionnaire. Mais depuis hier c’est véritablement la panique, avec la confirmation du Special Administrator aux chefs de départment.
« Nous sommes déçus. On nous a laissés comprendre que les voitures restantes serviront à payer nos salaires de juin… du moins si on arrive à les vendre. La réaction a été immédiate : nous sommes toujours sous le choc, certains ne peuvent digérer une telle pression. Moral “down” net. Nous avons l’impression que c’est notre dernier mois à Iframac », déclare un employé comptant 28 ans d’expérience. Ce chef de famille, père d’un adolescent de 16 ans, est le seul gagne-pain chez lui. Dès lors, il en appelle au soutien de la population tout en souhaitant que « les lois du travail changent, car le travail est trop précaire » à Maurice. « Nous broyons du noir. Tout est négatif. Nou na pa pe kapav tini stress. Ena pe sap lor kal. Ena pe koze suisid. Se enn situasyon invivab. Mazinn ou : 38 ans servis ek ou perdi tou du jour au lendemain », lâche-t-il. S’accrochant à un semblant d’espoir, il dit néanmoins garder foi dans le gouvernement pour gérer cette crise, où tous se retrouvent finalement victimes.
Mardi soir, Rebecca Bablee, présidente de l’Iframac Employees Welfare Association (IEWA), nouvellement créée en collaboration avec Ashok Subron de la General Workers Federation, a mis en branle une campagne de mobilisation des employés du groupe. « Nous sommes dans un état de déception innommable. C’est un coup de poignard et nous en sommes les victimes. Toutefois, nous ne comptons pas baisser les bras et nous ferons respecter nos droits dans cette démocratie. Nous lutterons pour que nous soyons compensés par rapport à notre ancienneté », affirme-t-elle.
Herold Samrandeem, 50 ans, comptant 25 ans de service en tant que Maintenance Officer chez Iframac, est lui aussi complètement abattu depuis 13 h hier. Presque en larmes, il dit ne pas savoir ce qu’il adviendra de lui ni de ses trois enfants, âgés de 7 mois, 11 ans et 18 ans. « J’ai des dettes. Comment vais-je faire pour les honorer ? » se lamente-t-il. Il ajoute : « Sa fer 25 ans mo travay isi, tout inn fini. Bann marques inn ale, Iframac inn fini. Franchement, mo nepli kone. Hier, monn soule mwa pou kapav dormi. »  
En début d’après-midi s’est déroulée, dans les locaux d’Iframac à Pailles, une première réunion de mobilisation des employés. Le négociateur de la GWF, Ashok Subron, qui s’apprêtait à établir un premier constat des lieux, a exprimé le souhait de « voir tous les employés d’Iframac faire preuve de solidarité et d’unité en cette période extrêmement difficile ». Face à cette menace de plus en plus sérieuse qui pèse sur les emplois au sein de cette entité du défunt groupe BAI, il rappelle aux autorités leur promesse au sujet de la préservation des emplois dans les différentes compagnies, que ce soit Iframac, Apollo-Bramwell ou Courts.
« De prime abord, il n’est pas question de laisser le champ libre aux Special Administrators de la BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities avec des licenciements quasi-sauvages et sans aucun respect des dispositions des lois du travail, comme nous l’avons témoigné avec la GRNW Boat Yard Ltd. La décision du Conseil des ministres stipulant qu’il ne doit pas y avoir de licenciements est toujours de rigueur et doit être respectée », a-t-il poursuivi dans une déclaration au Mauricien avant le début de la réunion des employés d’Iframac. Par ailleurs, le négociateur de la GWF devait lancer l’idée d‘une campagne avec, pour mot d’ordre, « ranne kash kokin BAI ». Et de faire comprendre : « Nou pe dir tou bann parti politik kine gagn kash avec Rawat et egalma bann lezotte dan mem ka, ki zotte bizin ranne kash kokin ki zotte ine gagne. »
Du côté de l’hôtel du gouvernement, on tente d’atténuer la portée de la confirmation du Special Administrator au sujet de la représentation des marques de renom international Mercedes-Benz, Mitsubishi et Peugeot à Maurice. « Rien n’est encore joué pour la représentation de ces marques de prestige », fait-on comprendre tout en soulignant que la principale revendication des Allemands de Daimler dans la conjoncture est que Iframac de Dawood Rawat et Brian Burns, son gendre, ont des dettes de Rs 180 millions, somme qui n’a pas été remboursée depuis des mois déjà. Il n’empêche que des groupes locaux, dont un ancien du clan Rawat, actuellement en liberté sous caution, en collaboration avec un homme de loi, multiplient les contacts en Europe avec Mercedes-Benz et Peugeot pour arracher ces franchises dans les prochains mois. La question, toujours sans réponse jusqu’ici, est de savoir si le gouvernement est en mesure ou non de jeter son poids pour sauvegarder ces marques de renommée internationale sous la gestion de la défunte Iframac pour préserver ces emplois ? La réponse devrait intervenir vers la mi-juillet. Un suspense qui risque de peser de plus en plus lourd pour les employés…