La mise en liquidation totale de ce qui reste de l’empire Dawood Rawat, surévalué à plus de Rs 30 milliards à la fin de l’année dernière, entame son ultime étape. Après l’épisode de la Bramer Banking Corporation Ltd reprise par la National Commercial Bank Ltd et la BAI Co (Mtius) Ltd sous le contrôle de la National Insurance Ltd, ce qui fut jadis un des joyaux de la couronne Rawat, en l’occurrence la Bramer Asset Management Ltd, est sous la menace directe d’une mise sous administration judiciaire. Dans les jours à venir, la Financial Services Commission (FSC), agissant sur les conclusions d’un dernier des lieux financiers de ce fonds de gestion d’investissements en situation de quasi-banqueroute, devra se prononcer sur la meilleure formule pour l’adjudication des derniers Assets encore solvables. Sur des placements de Rs 4,2 milliards effectuées par 3 741 clients au 31 mars dernier à la Bramer Asset Management, Rs 3,1 milliards sont considérées comme Missing, soit 78 sous sur chaque roupie investie. La Bramer Property Fund, qui a surgi à la Une de l’actualité au cours de la semaine écoulée, avec le Done Deal à Rs 105 millions au profit de l’ancien Chief Executive Officer de la State Investment Corporation, Iqbal Mallam-Hasham, a été transformée en principal conduit de cette fraude massive au détriment des investisseurs et autres porteurs aux abois aujourd’hui. Sur le plan des enquêtes, notamment au Central CID, la liste des VVIPs convoquées pour interrogatoire Under Warning devra s’allonger avec l’inclusion des noms de tous les membres du Board de Bramer Asset Management, dont Muhammad Rawat et Sulliman Moolan, sans oublier les Chief Executive Officers d’Iframac et de Court, respectivement Claudio Fiestritzer et Brian Burns.
Au cours de ces derniers quarante jours, les différentes évaluations des avoirs du conglomérat de BAI entreprises, que ce soit par les Joint Administrators nommés par la FSC, André Bonieux et Mushtaq Oosman, de PwC ou par l’administrateur nommé par la BAI, Sattar Hajee Abdoula, ont permis de dégager un constat unanime. « We are concerned that assets of Bramer Assets Management Ltd were recorded at values did not reflect market reality. Investors were mislead in the true value of their investments and of their returns », déclarent André Bonieux et Mushtaq Oosman dans un rapport qui sera versé incessamment dans le dossier à charge du Central CID, mené par l’assistant commissaire de police, Heman Jangi.
De son côté, l’administrateur, choisi par la BAI en vue de se protéger sous l’Insolvency Act partage sensiblement cette analyse sur la gestion financière des avoirs de ce groupe. « This (BMF) was by far the biggest trading company under administration. Its financial position was reviewed based on the available information. The ability of the company to service its debts/dividends under the terms agreed with its investors is seriously questioned and, in the opinion of the Administrator, should have been questioned in the recent past », s’appesantit de manière édifiante Sattar Hajee Abdoula dans un rapport exigé sous les dispositions de l’Insolvency Act.
Toutefois, les analyses des Joint Administrators sont encore plus Damning car, chiffres à l’appui, elles démontrent sur chaque roupie placée par des clients au sein de la Bramer Asset Management, entre 72 et 78 sous étaient dilapidés par le système Rawat sur-le-champ. La Bramer Asset Management, qui détient une CIS Manager Licence de la FSC, gère les activités de Bramer Property Fund, de Hennessy Investment Trust, d’Emerging Africa Bond Fund et d’ALEEF Ltd. Au 31 mars dernier, la Bramer Asset Management s’occupe également des fonds de Rs 2,5 milliards contribuées par 2 202  Mauriciens dans le Discretionary Portfolio Management (DPM) à être investies dans le Bramer Property Fund. Ce fonds bénéficie également d’injection directe pour un montant de Rs 1,6 milliard.
Les Joint Administrators de PwC relèvent un premier fait troublant dans la gestion de ces fonds, car les fonds injectés par le truchement du Discretionary Portfolio Management se montaient à Rs 2,5 milliards alors que les investissements engagés représentaient dans les livres de Bramer Asset Management Ltd Rs 2,7 milliards. « We have queried management about this discrepancy but have not received an adequate explanation to date », regrettent Mushtaq Oosman et André Bonieux.
De ces Rs 2,7 milliards, une somme de Rs 2,3 milliards avait été placée dans la Bramer Property Fund avec aucune trace d’un montant de Rs 403 millions. « The difference could not be satisfactorily traced, or reconciled, to a balance sheet or to a list of assets held on behalf of clients by Bramer Asset Management Ltd (BAM). We have only been presented with a Discretionary Portfolio Management balance sheet under the name of BAM (with assets totallingn Rs 2,7 billion) but these balances do not appear in the audited accounts of BAM », poursuivent les Joint Administrators de PwC.
Mais le plus grave demeure que sur des Assets de Rs 4,2 milliards, principalement sous le Bramer Property Fund, le dernier exercice d’évaluation indique que des avoirs, dont de propriétés immobilières comme la Bramer House à Ebène CyberCity, d’une valeur de Rs 3,1 milliards, ont été « eaten by rats » pour reprendre une expression si chère dans les rapports des auditeurs. A cela, il faudra ajouter un trou de Rs 310 millions sous le Hennessy Investment Trust and le Discretionary Portfolio Management.
Les services des experts
Dans cette perspective, la conclusion logique qui s’impose est que « the directors and investment committee members (of Bramer Asset Management) have not acted in the best interest of the investors ». D’où la décision de la FSC de soumettre des copies du « full report with a detailed analysis, of PwC findings » au Central CID pour un Indictment des membres du Board, dont Muhammad Rawat et Sulliman Moolan, alors que la Chief Executive Officer de Bramer Property Fund et Executive Director de BAM, Jaya Allock, a déjà été interrogée et inculpée provisoirement dans le cas du Done Deal de Rs 105 millions reproché à Iqbal Mallam-Hasham.
Le cas de l’ancien CEO de la SIC, qui a été remis en liberté sous caution devant la Bail and Remand Court, hier (voir texte plus loin) est considéré comme un Eye-Opener dans le mécanisme utilisé pour défalquer des avoirs du Bramer Property Fund avec des fonds transférés subséquemment vers des comptes Offshore du Chairman Emeritus de BAI, Dawood Rawat. Les limiers du Central CID, qui ont procédé à la perquisition du QG de Bramer Property Fund en fin de semaine avec la saisie de documents, s’évertueront d’établir un Pattern similaire de vente des avoirs de ce fonds avec des emprunts consentis par la défunte Bramer Banking Corporation Limited dans des « deals aller-retour » à la Mallam-Hasham.
Un des premiers cas, qui pourrait remonter à la surface, ne devrait être nul autre que le « château maudit » de Roches-Noires et acheté par l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, avec un prêt de Rs 40 millions de la Bramer Bank et la BAI se présentant comme garante lors de l’étape initiale de la transaction. Des sources bien informées avancent que les archives installées à la Bramer House recèlent d’autres dossiers avec des similitudes facilitant la dilapidation des fonds des clients de la Bramer Assets Management Ltd.
Des premiers éléments de réponse pourraient être obtenus dans les jours à venir avec les séances de Questioning Under Warning des directeurs de Bramer Assets Management et les CEOs d’Iframac et de Courts, en l’occurrence les conjoints d’Aleena Rawat, connue jusqu’à tout récemment comme la Seven-Million Dollar Woman, et Laina Rawat. Les Related Companies, dont celles d’Iframac et de Courts, ont bénéficié d’injection de fonds en provenance du Discretionary Portfolio Management jusqu’à hauteur de Rs 302 millions au 31 mars dernier avec seule une somme de Rs 32,4 millions, soit 11%, jugée récupérable, laissant un trou de Rs 270,1 millions.
A ce stade, devant ce que la Banque de Maurice qualifie de « complex financial transactions » engagées au sein du groupe BAI, les Joint Administrators de PwC préconisent l’option d’une Forensic Investigation de l’ensemble du business de Bramer Asset Management. Comme on le sait, depuis le 23 avril dernier, la Banque Centrale a contracté les services des experts de nTan Corporate Advisory Pte Ltd de Singapour pour une enquête approfondie sur tous les deals du groupe BAI.
Les consultants de ce bureau d’experts-conseils en comptabilité, en l’occurrence Nicky Tan Ng Kuang et Michael Martin, ne sont nullement des néophytes dans ce domaine, car ils ont enquêté de l’écroulement de la banque Barings en 1995 et la fraude de Rs 820 millions à la Mauritius Commercial Bank découverte en févier 2003. Nicky Tan, qui était à Maurice en fin de semaine, est reparti hier pour revenir à la tête d’une Full-Fledged Team pour poursuivre cette enquête déjà entamée en collaboration avec les inspecteurs de la Banque de Maurice.
Le seul élément Unknown est de savoir si les conclusions du rapport nTan Corprate Advisory seront-elles rendues public ou si elles seront gardé dans un tiroir sous le sceau du secret du Banking Act…