L’administrateur nommé par le groupe BAI, Sattar Hajee Abdoula, Senior Partner de Grant Thornton, joue son va-tout aujourd’hui. En effet, la grand-messe des créanciers de l’empire Rawat en faillite, qui a démarré ce matin à l’auditorium de l’Église chrétienne à Trianon et qui prendra fin demain, décidera ce qu’il adviendra de la mission de l’administration des 38 sociétés dans le cadre du programme de redressement. Avec le principal agenda portant sur la confirmation ou non du Senior Partner de Grant Thornton en tant qu’administrateur, les représentants des créanciers, dont trois banques, par ordre de l’importance des créances la Barclays Bank, la State Bank of Mauritius et la Banque des Mascareignes, ont commencé à voter ce matin.
En Cour suprême ce matin se joue une autre partie cruciale dans l’écroulement du conglomérat BAI avec l’Assets Recovery Unit de l’Office du Director of Public Prosecutions (DPP) revenant à la charge avec de nouveaux Restraining (gel) et Disclosure Orders sur les propriétés du groupe BAI, dont le complexe commercial Phoenix Les Halles et le QG de la Bramer dans la Cybercité d’Ébène. Toujours devant les instances judiciaires compétentes, Me Yousuf Mohamed, Senior Counsel, a plaidé pour la révocation du mandat d’arrêt international émis par le tribunal de Port-Louis à l’encontre du Chairman Emeritus de la BAI et membre du club très select des décorés de la Légion d’honneur de la République française.
Peu avant le début des Watershed creditors meetings des sociétés du groupe BAI, Sattar Hajee Abdoula a souligné que l’étape du jour s’inscrit dans les procédures établies. « La loi prévoit que des directeurs des sociétés en difficultés peuvent avoir recours à un administrateur. Les créanciers doivent ratifier ce choix en décidant s’ils croient que leurs intérêts sont préservés ou non par ce même administrateur », a-t-il déclaré en substance au Mauricien.
L’administrateur de la BAI, qui est rentré de mission de l’étranger hier, a soutenu que « mes responsabilités imposent que I must investigate fully all possibilities and problems. J’ai fait le déplacement en Europe en vue de trouver des solutions ». « Oui, j’ai rencontré Dawood Rawat en ma capacité d’administrateur mais je préfère ne pas faire de commentaires », a-t-il ajouté à d’autres questions du Mauricien.
Du côté de l’hôtel du gouvernement, on considère ces réunions en série des créanciers du groupe BAI comme extrêmement cruciales pour la suite des événements dans la BAI Mega-scam saga. « Les créanciers décideront s’il faut maintenir ou non Sattar Hajee Abdoula en tant qu’administrateur. À partir de cette décision, nous allons engager des discussions sur la répartition des Assets de la BAI pour assurer la protection des intérêts des Policy Holders avec la création de la National Insurance Company », indique-t-on dans ces mêmes milieux.
Position des banques suivie avec intérêt
Pour pouvoir continuer à assumer la responsabilité d’administrateur de la BAI, Sattar Hajee Abdoula doit parvenir à s’appuyer sur 50 % du nombre de compagnies, soit 19 sur les 38 répertoriées et au moins 75 % de la valeur totale des créances. C’est ce qu’indiquent des sources autorisées, qui ajoutent que tout résultat inférieur devrait voir l’administrateur jeter l’éponge et un remplaçant être nommé.
Dans cette perspective, le positionnement des banques, qui constituent les créances les plus importantes, est suivi avec un intérêt particulier. Dans leur rapport sur les Assets and Liabilities du groupe BAI, les Conservators de PwC André Bonieux et Mushtaq Oosman attirent l’attention sur l’importance de la Barclays en soulignant que « the investment property has been pledged to Barclays Bank Mauritius Limited for a loan. The outstanding loan amounts to Rs 430 million ».
À 11 heures ce matin, les créanciers de sept des 38 compagnies du groupe Rawat ont déjà été appelés à se prononcer par bulletins de vote et dans certains cas, le vote n’a pu être pris en raison d’un manque de quorum. D’importantes mesures de sécurité ont été prises pour l’exercice du jour avec l’accès extrêmement contrôlé au centre de l’Église chrétienne. Seuls les détenteurs de proxy sont autorisés à l’intérieur. Une équipe de Conservators de PwC, menée par André Bonieux, se trouvait sur les lieux depuis très tôt ce matin pour suivre les différentes étapes de ces réunions.
« Done deal »
Le test du jour devra se dérouler en cours avec les créanciers d’Iframac/Courts se prononçant sur le choix de Sattar Hajee Abdoula en tant qu’administrateur. Le dernier bilan financier d’Iframac/Courts établi au 31 décembre dernier indiquent que les créances de ces compagnies se montent à quelque Rs 2,3 milliards, dont Rs 1,8 milliard pour Courts avec Rs 408 millions de découverts bancaires, Rs 681 millions d’Intercompany creditors et Rs 219 millions de Finance Lease.
Du côté d’Iframac, les Current liabilities de quelque Rs 500 millions comprennent Rs 265 millions de Short term loans et Rs 137 millions de découverts bancaires sans oublier le Floor plan financing de la défunte Bramer Banking Corporation Limited de Rs 264,7 millions ou encore des Preference shares de Rs 421,9 millions.
Les créanciers d’Apollo Bramwell devront également peser lourd dans la balance. À la fin de décembre de l’année dernière, les Total borrowings se montaient à Rs 560 millions, dont Rs 300 millions sous forme de prêts auprès des institutions bancaires. Le rapport de PwC note que « amounts due to related parties is mainly comprised of a payable to BA Investment amounting to Rs 200 million ».
À l’hôtel du gouvernement, l’accent est mis sur l’importance de deux sociétés du groupe BAI, la Seaton Investment Co Ltd et la BA Investment Co Ltd, sous le contrôle majoritaire de l’Ultimate holding, KLAD Investment Corporation Ltd, installée aux Bahamas et avec pour actionnaires Kerima, Laina, Adeela et Dawood Rawat. Avec le contrôle de ces deux compagnies susmentionnées, vu leur poids dans les opérations de l’empire Rawat, les autorités soutiennent que l’administrateur Sattar Hajee Abdoula pourrait être mis hors d’état de nuire. Mais l’issue du vote des créanciers attend confirmation lors du décompte final de demain après-midi.
En parallèle à ce vote de créanciers aux termes des dispositions de l’Insolvency Act, il est question que Swadeck Taher, président de Bramer Services Group, et Sattar Hajee Abdoula soient porteurs de propositions pour un règlement de la BAI Mega-scam saga, avec des accusations de blanchiment de fonds pour un montant de Rs 6 milliards logées contre le Chairman Emeritus de la BAI. Dans le camp de celui-ci, l’on tentait de faire croire dans la matinée que « c’est un done deal ».
La principale proposition du package proposé est que Dawood Rawat n’a aucune objection que les avoirs du groupe BAI soient réalisés en vue de recouvrer des fonds pour assurer le remboursement des 24 000 clients du Super Cash Back Gold à la condition expresse que ses avoirs et ses comptes bancaires de même que ceux de ses trois filles et de ses deux gendres, Bryan Burns et Claudio Fiestritzer, ne soient pas touchés par le gel et les saisies conservatoires.
« Crime odieux »
En clair, avec cette proposition, Dawood Rawat envisage de négocier un sauf-conduit pour lui et ses proches dans le scandale financier qui a mis au moins 24 000 familles sur la paille avec le Super Cash Back Gold sans oublier les milliers d’emplois dans les différentes sociétés du groupe encore en suspens avec une énorme incertitude sur les salaires et gages du personnel de la fin de ce mois.
Tout en ne confirmant pas officiellement les détails de ce soi-disant Deal Rawat, des sources autorisées à l’hôtel du gouvernement sont catégoriques. « Ce que propose Dawood Rawat n’est qu’une capitulation pure et simple. Mais de notre côté, ce sera du No retreat no surrender devant ce crime odieux commis envers des Mauriciens qui avaient cru placer leur capital confiance dans le groupe BAI. Aujourd’hui, toute l’île Maurice se rend compte de ce qui n’est autre qu’un daylight robbery de la population comme l’a dit le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, à l’Assemblée nationale la semaine dernière. Les enquêtes initiées suivront leurs cours et the culprits will be taken to task according to the Law of the Land and whoever they are and wherever they are », affirme-t-on.
Une indication de cette ligne de conduite se traduit dans les démarches en vue d’obtenir un second Restraining and Disclosure Order contre Dawood Rawat, des membres de sa famille et la société BA Investment. À cet effet, la requête en vue d’un Judge’s Order a été déposée hier après-midi en Cour suprême par des représentants de l’Assets Recovery Office. Les parties concernées devront être entendues ce matin avant que la décision officielle ne soit communiquée.
Ce nouveau Restraining Order réclame des saisies conservatoires contre une série de propriétés foncières, de terrains et d’immeubles à Maurice et à l’étranger. Avec cet éventuel gel des avoirs, le complexe de Phoenix Les Halles, qui abrite le concessionnaire de Mercedes-Benz, Peugeot et Mitsubishi d’Iframac et le QG de Bramer à Ébène Cybercity où se trouve la représentation du Fonds monétaire international à Maurice seront concernés, sans compter le mandat d’arrêt international émis contre Dawood Rawat (voir débats devant le tribunal de Port-Louis sur la révocation plus loin).