L’enquête sur la fraude massive, ayant débouché sur l’écroulement de l’empire Rawat avec un préjudice de Rs 25 milliards, chiffre avancé par la Banque de Maurice, s’apprête à prendre un autre tournant. Une Top Team de Kroll Associates de Londres est attendue à Maurice demain pour entamer un Asset Tracing Exercise des avoirs du groupe BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities sous Special Administration depuis avril 2015. En principe, cette première étape pourrait être complétée dans un délai de six semaines à moins que des compléments d’enquête ne viennent s’y greffer. Par contre, avec l’échéance du 30 juin se précisant pour le remboursement de la prochaine tranche de 20% des Policy Holders du Super Cash Back Gold et de Bramer Assets Management, le suspense est toujours de mise. A ce stade, même après la présentation du budget, aucune indication n’est disponible au sujet de la formule de remboursement envisagée et travaillée par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth. D’autre part, l’invité surprise « at that late hour » a été le patron du groupe Défi Media, Eshan Muhammad Kodarbux, un des défenseurs de première heure du Chairman Emeritus de BAI, Dawood Ajum Rawat. Il a été entendu Under Warning une première fois, mardi, sur des transferts de fonds à son compte, soit Rs 175 millions, avec un nouveau rendez-vous convenu au QG du Central CID pour des compléments d’enquête.
Les recoupements d’informations effectués par Week-End auprès de sources concordantes confirment qu’après des semaines d’échanges de correspondance, la société Kroll Associates de Londres, spécialisée dans des Financial Investigations sur des fraudes d’envergure, a constitué une Top Team d’enquêteurs financiers pour exécuter le mandat de BAI Asset Tracing Exercise pour le compte des autorités, notamment la National Property Fund Ltd, la Financial Services Commission et le ministère des Finances. L’équipe composée de David Lawler, Managing Director du Financial Investigations Department, basé à Londres, Poonam Doorga, Director au bureau de Londres, et Daniel Turner, Associate Managing Director de Kroll’s Financial Investigations Department du bureau de Dubaï, est attendu à Maurice demain.
Jusqu’au 23 courant, ces trois spécialistes en Financial Investigations éplucheront tous les documents officiels sur les Dealings exécutés au sein du groupe BAI pour la période s’échelonnant entre 2009 et 2015 en vue de comprendre et d’établir le mécanisme de transferts frauduleux de fonds contribués par les Policy Holders de BAI vers d’autres entités du groupe. Le Master Document sur ce plus grand scandale financier n’est autre que le rapport des Forensic Auditors de Singapour, nTan Corporate Advisory Pte Ltd et ceux qui sont présentés comme des Underlying Documents de cette enquête commanditée par la Banque de Maurice.
Une des conditions imposées par le Lead Investigator de Kroll Associates est que les documents doivent être placés dans un Highly Secured Place et que l’accès au lieu de travail des enquêteurs étrangers devra être encore plus sécurisé. Après avoir parcouru ces documents, dont des Board Resolutions et des Minutes of Proceedings du groupe BAI, Kroll Assiociates disposera d’un délai de six semaines pour soumettre des propositions en vue de récupérer ces avoirs, dont entre autres un montant de plus de Rs 1 milliard transféré de Maurice sur des comptés opérés à l’étranger au nom de Dawood Ajum Rawat. Cet exercice, qui a pour objectif ultime de recouvrer un maximum de fonds pour assurer le remboursement des victimes de BAI, pourrait également servir de base pour des « penal actions » contre les « parrains » de cette fraude massive même si le terme Ponzi Scheme est contesté.
« Extremely          Sensitive »
En ce qui concerne le remboursement de la nouvelle tranche de 20% sous le Super Cash Back Gold Scheme et de Bramer Assets Management, l’absence de toute mention officielle dans le discours du budget intrigue plus d’un. Néanmoins, l’annexe au discours du budget avec des explications sur le Finance Bill fait état de l’intention du gouvernement de venir de l’avant avec « a number of specific legal amendments relating to sale of assets and disposal of liabilities of a company and its subsidiairies under special administration with a view to maxilise funds available for policyholders and depositors ».
A ce chapitre, le Finance Bill devrait faire provision pour des exemptions au Registration Duty et autres taxes lors du transfert des avoirs de même que l’exonération de toute surcharge par rapport à des contributions non versées au National Pension Fund, National Savings Fund et au Training Levy avec effet rétroactif à 2015, année de l’écroulement de l’empire Rawat. « Outstanding amounts of corporate tax, PAYE, VAT due to the Mauritius Revenue Authority will be waived if deemed to be in the public interest », peut-on lire au chapitre intitulé « Company Under Special Administration ».
Mais ces exemptions à venir seront-elles suffisantes pour boucler les Rs 1,8 milliard nécessaires pour le repaiement du 30 juin ? Aucune des sources officielles approchées par Week-End n’a voulu s’aventurer pour faire des commentaires sur ce dossier considéré comme étant « Extremely Sensitive » et traité par le Premier ministre en personne. Des premiers détails pourront filtrer los du Question Time de mardi prochain à l’heure de la Parliamentary Question du député du MMM, Adil Ameer Meea, à ce sujet.
Difficile également à dire si le Central CID a pris la décision de relancer son enquête criminelle sur l’affaire BAI après avoir essuyé une série de revers devant les tribunaux avec les charges provisoires logées depuis avril 2015 rayées. Toujours est-il que le patron du groupe Défi Media a été entendu Under Warning sur le Half-baked Deal pour des transferts d’au moins Rs 175 millions avec Dawood Ajum Rawat en juin et juillet 2012.
Eshan Muhmmad Kodarbux, qui s’est fait fort de faire comprendre aux limiers du Central CID qu’il a déjà signé un accord avec le Special Administrator de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, Yacood Ramtoola, pour le repaiement des Rs 175 millions par tranches, a fourni des explications sur les dessous des tractations financières avec Dawood Ajum Rawat. Toutefois, il devra revenir à une date ultérieure aux Casernes centrales pour des compléments d’interrogatoire, de même que fournir des documents de confirmation, le temps également pour le Central CID de procéder à des contre-vérifications au sujet des transferts d’actions allégués.
Toutefois, le dossier de Yukondale et de Logandale, avec des ambitions de mainmise de Dawood Rawat sur la presse à Maurice et des transferts de l’ordre de Rs 500 millions, reste encore un gros mystère.