Devant ce qu’il considère comme « l’inaction » du ministère du Travail concernant la présence de l’amiante sur les fouilles de Sotravic dans le cadre de l’installation du réseau du tout-à-l’égout, le Construction, Metal, Wooden and Related Industries Employees Union a décidé d’alerter l’opinion publique locale et internationale.
« Enn kote, Sotravic pe kontinie fer represyon kont bann travayer ki reziste kan li oblize zot manipile tio CWA ki ena lamiant, de lot kote, minister Travay kontinie fer la sourd orey kan nou atir so latansyon lor enn sitiasyon ki pe mett lavi travayer en danze. Alor nou pena lot swa ki alert lopinion piblik lor sa sitiasyon ki inakseptab », a soutenu Bertie Beeharry, président du Construction, Metal, Wooden and Related Industries Employees Union (CMWRIEU) à une rencontre hier avec la presse au Centre social Marie Reine de la Paix. Il était entouré des autres membres de son syndicat.
Dans une lettre en date du vendredi 2 mars, Bertie Beeharry a expliqué que le CMWRIEU a officiellement attiré l’attention de Sotravic sur l’exposition à la poussière d’amiante de certains de ses employés affectés à la fouille des tranchées et au remplacement des tuyaux de la CWA dans le cadre de l’installation du réseau du tout-à-l’égout.
« Ces tuyaux sont très vieux et contiennent de l’amiante. Et l’amiante est interdit à Maurice, parce qu’il a été prouvé que c’est une substance cancérigène », explique le président du CMWRIEU. « Le comble, c’est que ces employés sont en train de manipuler en public ces tuyaux d’amiante sans aucun équipement de protection et sans que le public soit informé du danger de cette manipulation de l’amiante à ciel ouvert », s’alarme Bertie Beeharry. « En outre, sur ces sites où ils effectuent ces fouilles, ces employés ne disposent ni d’un endroit où prendre leur repas ou se laver ou garder leurs affaires personnelles, ni d’un point d’eau potable pour étancher leur soif », s’indigne-t-il encore.
Selon René Laffond, secrétaire du syndicat, le CMWRIEU a vainement essayé d’alerter le ministère du Travail sur le danger que courent ces employés exposés à l’amiante. « Pas plus tard que le mercredi 7 mars, la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), fédération syndicale à laquelle le CMWRIEU est affilié, a officiellement écrit au ministère du Travail pour l’alerter sur cette situation inacceptable qui dure depuis des années. Malheureusement à ce jour aucun travailleur n’a jamais vu un inspecteur du Travail sur leur site », explique-t-il.
« Au contraire, dès qu’un travailleur attire l’attention de Sotravic sur le danger qu’il court à être ainsi exposé à l’amiante, il est transféré ou bien il subit des pressions et des menaces de licenciement pour qu’il se taise », allègue pour sa part Christian L’Espar, un autre membre du syndicat. « Nous avons demandé en vain au ministère du Travail d’émettre à l’encontre de Sotravic un Prohibition Order afin que cessent les travaux sur les sites où les travailleurs doivent manipuler de l’amiante. Mais jusqu’ici le ministère a fait la sourde oreille; ces travailleurs sont en danger d’une mort certaine », estime Bertie Beeharry.
Le CMWRIEU, par la voix de son président, annonce qu’elle lance une campagne nationale et internationale contre le ministère du Travail et Sotravic. « À Mare-Chicose sur le centre technique d’enfouissement, Sotravic se vante d’être une compagnie respectueuse de l’environnement. Mais sur les sites des fouilles où ses employés sont exposés au danger mortel de l’amiante, elle se montre indifférente à leur sort », déplore Bertie Beeharry.
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Sotravic admet la présence d’amiante
Dans une déclaration au Mauricien ce matin, le Health and Safety Manager de Sotravic Naraindranath Ramsaha concède que l’amiante est présent dans « certains » tuyaux qui sont manipulés. « En principe, on installe des tuyaux en PVC. Mais à certains endroits, il y a ces vieux tuyaux de la CWA qui contiennent de l’amiante et qui sont très fragiles. On donne alors des masques et des gants à nos employés pour se protéger. Et pour que la poussière d’amiante ne se propage pas, nous ramassons les terres contaminées que nous envoyons dans nos stockyards, avant de les transférer à Mare-Chicose pour l’enfouissement », a-t-il expliqué.
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Matériau miracle mais toxique
L’amiante (nom masculin), ou « asbeste » en vieux français, est un terme désignant certains minéraux à texture fibreuse utilisés dans l’industrie. Ce sont des silicates magnésiens ou calciques ayant des propriétés réfractaires. Les diverses catégories d’amiante correspondent à plusieurs espèces minérales :
* l’amiante blanc ou chrysotile (groupe des serpentines) ;
* l’amiante bleu ou crocidolite (groupe des amphiboles).
L’amiante a attiré l’attention de certains industriels à la fin du XIXe siècle pour sa résistance à la chaleur, au feu, aux agressions électriques et chimiques, son pouvoir absorbant et sa résistance à la tension.
Sous sa forme friable, il a été utilisé dans de nombreux calorifugeages et flocages, ainsi qu’en feuilles, feutres, colles, mastics, tressés, tissés ou en plaques cartonnées. On le trouve aussi (forme non friable) incorporé dans des produits en ciment (amiante-ciment) ou dans des liants divers (colles, peintures, joints, mortiers à base de plâtre, béton bitumineux, matériaux de friction et même asphaltes routiers ou d’étanchéité)… Il a aussi été utilisé dans la fabrication de patins de freins ou en garniture de chaudière ou four électrique, ou encore dans diverses installations électriques (exemple : plaques chauffantes) pour ses capacités d’isolation électrique à forte température. Il a été massivement utilisé dans les bâtiments pour ses propriétés ignifuges, isolantes, sa flexibilité, sa résistance à la tension et parfois pour sa résistance aux produits chimiques.
Mais ce matériau « miracle » est toxique. L’inhalation de fibres d’amiante est à l’origine de l’asbestose (fibrose pulmonaire), de cancers broncho-pulmonaires, ainsi que de cancers de la plèvre (mésothéliome) et de cancers des voies digestives. Les victimes de ces pathologies sont principalement les « travailleurs de l’amiante », mais aussi des personnes exposées de manière environnementale et souvent à leur insu.
Bien que les dangers de l’amiante aient été identifiés clairement dès le début du XXe siècle, il faudra attendre le milieu des années 80 et 90 pour que don utilisation soit interdite dans de nombreux pays, dont Maurice.