Les dirigeants de la Confédération des travailleurs du secteur privé sont montés au créneau pour dénoncer un cas de trafic humain. Ils demandent au nouveau ministre du Travail, Soodesh Callichurn, d’initier une enquête pour connaître l’ampleur de ce scandale à Maurice tout en fustigeant un inspecteur du Travail, qui aurait, selon eux, « toléré cet abus ».
« Si le nouveau ministre du Travail, Soodesh Callichurn, ne fait rien pour, d’abord, connaître l’ampleur de ce trafic d’êtres humains et, ensuite, de le tuer dans l’oeuf, j’ai peur que Maurice se retrouve sur la carte mondiale peu enviable de la traite des êtres humains », a prévenu le président de la Confédération des travailleurs du secteur privé  (CTSP), Reeaz Chuttoo, hier lors d’une rencontre avec la presse au siège de la Fédération des travailleurs unis (FTU), à Port-Louis. Il était entouré de la secrétaire de la confédération syndicale, Jane Ragoo, d’une présumée victime, la Bangladeshie Begum Nazma, et d’autres membres de la CTSP.
Selon Jane Ragoo, le cas de Begum Nazma a d’abord été rapporté à l’Ong SOS Femmes par des résidents du Morcellement Sodnac, Quatre-Bornes, scandalisés par le mauvais traitement qu’elle endurait dans leur quartier. Ils croyaient qu’il s’agissait d’un cas de violences domestiques. « Mais quand cette association, qui défend les femmes battues, s’est rendu compte qu’il s’agissait plutôt d’un cas de maltraitance au travail, elle nous a alertés », explique la syndicaliste.
« Après enquête, nous sommes allés au poste de police de Sodnac le 14 décembre pour rechercher une assistance policière. Nous avons alors appris que Begum Nazma avait un permis de travail valide pour 3 ans comme “carer”, qu’elle pouvait travailler n’importe où à Maurice avec son patron et sa patronne », s’indigne Jane Ragoo. « Ce qui nous préoccupe davantage, c’est que sur son permis, on dit que Begum Nazma est une “carer”, alors qu’elle était employée comme bonne à tout faire dans cette famille du Morcellement Sodnac. Or, un permis de travail pour employer un étranger n’est émis que sous deux conditions spécifiques : d’abord, il faut que ce soit un travailleur spécialisé (« skilled ») et, ensuite, il faut que ce soit dans un secteur où il y a une pénurie de main-d’oeuvre. Or, d’après ce que je sais, bonne à tout faire est ni un travail “skilled”, ni un domaine d’activité économique où il y a une pénurie à Maurice ! » s’indigne pour sa part Reeaz Chuttoo.
« Le pire, c’est que nous avons appris ce jour-là que Begum Nazma était souvent battue, qu’elle était séquestrée et qu’on l’empêchait de contacter un proche qu’elle a à Maurice ! En sus de cela, elle avait été emmenée à l’hôpital Candos par sa patronne ! » poursuit Jane Ragoo.
La syndicaliste a ajouté avoir alors été informée que la patronne en question – dont elle a cité le nom – a déclaré à la police et à l’hôpital que sa « bonne était incontrôlable, qu’elle se cognait par terre et que personne n’arrivait à communiquer avec elle », ajoutant qu’elle « ne voulait plus voir » la Bangladeshie chez elle. « Une policière qui avait accompagné la victime à l’hôpital a témoigné que cette dernière portait des traces de coups sur le corps. Et nous avons fait une déclaration à la police à cet effet », a-t-elle dit.
Quand les deux dirigeants de la CTSP ont rapporté ce cas au ministère du Travail, un inspecteur du travail (dont elle a également cité le nom) leur aurait causé « toutes sortes de tracasseries » pour ne pas consigner leur plainte. « Jusqu’ici, cet inspecteur fait tout son possible pour ne pas enregistrer notre plainte. Je ne sais pas ce que cet inspecteur peut gagner en refusant obstinément d’enquêter sur ce cas qui, pourtant, m’a tout l’air de relever de la traite d’êtres humains (voir encadré) », s’indigne Reeaz Chuttoo.
C’est dans ce contexte que les deux syndicalises exhortent le nouveau ministre du Travail à ouvrir une  enquête sur le nombre de cas similaires où des permis de travail « de complaisance » ont été émis alors que les travailleurs étrangers concernés n’étaient pas des “skilled workers” et qu’ils n’intervenaient pas dans des secteurs où il existe de pénurie de main-d’oeuvre. « Quand on arrive à surexploiter des travailleurs étrangers vulnérables de la sorte, ça m’a tout l’air d’être un trafic d’êtres humains, crime condamné par la communauté internationale. Le ministre Callichurn doit tout faire pour que Maurice ne se trouve pas sur la carte mondiale du trafic d’être humain ! », prévient-il.