Dans le cadre d’une campagne pour éradiquer les discriminations, salariales notamment, entre les 83 000 fonctionnaires et les 466 200 travailleurs du secteur privé, la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) envoie un document sur cette question aux 69 députés (incluant le Premier ministre). Cette centrale syndicale ne veut pas que « 69 personnes élues pour représenter le peuple à l’Assemblée puissent plaider l’ignorance » quand ils seront appelés, à la reprise des travaux parlementaires, en octobre prochain, à prendre position en faveur de ces 466 200 Mauriciens « qui sont discriminés quotidiennement » sur leur lieu de travail.
« Nu nepli kapav kontinie kumsa kot ena deux kalite travayer dans pei. Enn kote ena 83 000 fonksyoner ki zot saler ek kondisyon travay revize par le Pay Research Bureau (PRB) tou le 5 an, ek de lot kote ena 466 200 travayer employe dan sekter prive, parmi lekel ena environ 300 000 ki zot saler ek kondisyon travay minimum revize par le National Remuneration Board (NRB) a traver 30 Remuneration Orders (RO). Me seki ou bizin kone, seki sa bann RO-la, zot revize selma kan le minis du Travay reve ! » s’est indigné ce matin la secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), Jane Ragoo, lors d’une rencontre avec la presse au Centre social Marie Reine de la Paix, à Port-Louis. Elle était entourée du président de la CTSP, Reeaz Chuttoo, et des délégués de la Private Enterprises Employees Union (PEEU), syndicat des employés du secteur privé affiliés à la centrale syndicale précitée.
« Seki ou bizin ossi kone, se ki de sa 466 200 travayer sekter prive-la, si environ 300 000 kouver par enn RO, le 150 000 restan-la, pena okenn saler minimun ou kondisyon travay minimun preskri pou zot, malgre la fet ki Moris finn sign ILO Convention 26 lor Minimum Wage Fixing Mechanism. Sa bann travayer-la zot vinn principalma de bann sekter ICT (call-centres), de sekter financie (banks) ek service (zanfan handikape), kot 85% travayer bann madam », ne décolère pas la syndicaliste.
Pour corser la situation, poursuit l’intervenante, Statistics Mauritius a confirmé que plus de 100 000 travailleurs de Maurice touchent moins de Rs 6 000 par mois, avec un salaire de base ne dépassant pas Rs 5 000, et que 85% d’entre eux sont des femmes. « Quand on réalise que le Price Survey que la CTSP fait régulièrement tous les trois mois a démontré qu’en juin 2014, le panier de la ménagère (nourriture seulement, sans eau, ni électricité ou transport) pour deux adultes et deux enfants coûtait Rs 9 200, nous pouvons aisément comprendre dans quelle situation précaire travaillent et vivent ces familles », déplore-t-elle.
« Comment nos députés, qui ont été élus pour représenter leurs mandants, peut-il ne pas se laisser interpeller alors que la réalité des chiffres a démontré qu’environ 100 000 de leurs mandants vivent dans une misère inacceptable. Les députés et leur famille peuvent-ils vivre avec un salaire mensuel de Rs 6 000 ? » s’est encore demandée Jane Ragoo. C’est pour conscientiser les députés sur cette « dure réalité », a ajouté la syndicaliste, que la CTSP a préparé un document qui décline, en détail, les discriminations, salariales et autres, que subissent les travailleurs du secteur privé, tandis que leurs collègues du secteur public sont manifestement mieux lotis. « Nou kontan ki travayer fonsyon piblik gagne bon traitman. Mai li inakseptab ki dan mem pays ena sa kalite diskriminasyon-la ! », tempête-t-elle. « Alor ki pe explwat travayer sekter prive a outrans, bann Parlementer inn gagne konze, pe repoze ! » a ironisé Jane Ragoo.
La syndicaliste explique que, lorsque tous nos députés auront reçu et lu le document envoyé, aucun d’entre eux ne pourra, à la reprise des travaux de l’Assemblée, en octobre prochain, « venir dire qu’il n’était pas au courant de la discrimination dont souffrent les travailleurs » du secteur privé. « D’ailleurs, en octobre prochain, nous rendrons publics les noms de tous les députés, de quelque bord politique qu’ils soient, qui auront fait l’effort de prendre contact avec nous pour s’intéresser au sort de ces 100 000 malheureux ! » a-t-elle prévenu. « Dan Parlman, zot koz problem Mauritius Turf Club (MTC), zot pa koz problem travayer sekter prive ! Zot bizin aret badinn dan Parlman ek koz bann veritab problem ki travayer pe gagne ! » s’est-elle indignée. « Inn ler pou ki nou fer pressyon pou ki bann depite fer le travay pou lekel nou finn vot zot ! »
Le président de la CTSP, Reeaz Chuttoo, a pour sa part annoncée que cette action se situe dans la continuation de la compagne “Asse diskriminasyon ! STOP TRAVAY PREKER !” Il a annoncé une série de manifestations symboliques et une campagne d’affiches à travers l’île, qui culminera en une grande manifestation nationale le 6 octobre prochain, dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale pour le travail décent. « Sa zur-la nou pou fer kone ki depite ena a ker lintere travayer et ki depite pa interese ar sor travayer ! » a-t-il prévenu.
Reeaz Chuttoo a également annoncé qu’il compte dénoncer, au niveau international, le « double langage » du gouvernement mauricien, qui ambitionne de faire de Maurice une “High Income Economy”, mais où plus de 100 000 travailleurs touchent moins de Rs 6 000 par mois. « Li inakseptab ki dan Moris ena dimounn ki pe travay kuma bef, me ki malgre-sa na pa pe kapav viv desamma », a-t-il déploré.
Dans le document envoyé à chaque député, la CTSP donne le détail de la situation précaire des travailleurs, de la discrimination qu’ils subissent dans leur travail, sur leur réclamation d’un “Direct Income Suport” de Rs 8 000 pour ceux au bas de l’échelle, de l’institution d’un Regulatory Body pour éliminer la discrimination à l’égard des enfants handicapés scolarisés et de l’urgence de l’institution d’un Portable Severance Allowance Fund.