Dans le cadre de la Journée mondiale pour le travail décent, la CTSP se propose de dénoncer, au niveau national à Maurice et international au Bureau international du travail, ce qu’elle appelle « l’institutionnalisation de la précarité » à Maurice, depuis l’entrée en vigueur de l’Employment Rights Act et de l’Employment Relations Act. Décrétée par la Confédération syndicale internationale, cette journée mondiale est célébrée chaque 7 octobre depuis 2008.
« Lor plan internasional, dan enn symposium organize par le Bureau international du travail (BIT) à Genève, kot mo pou partisipe, mo pou demontre ki Maurice enn de rar pei au monde kot ena enn institutionnalisation de la précarité au travay, a traver bann institutions, ou a traver bann nouvo lalwa travay ou a traver bann desizion politik », a annoncé au Mauricien Reeaz Chuttoo, le secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP).
Cette année, la Journée mondiale du travail décent (JMTD) a comme thème principal « Le travail précaire », indique Reeaz Chuttoo. « Du point de vue du travailleur, le travail précaire est, selon la Confédération syndicale internationale (CSI), synonyme d’emploi incertain, imprévisible et risqué. Les travailleurs concernés ne jouissent pas pleinement, voire pas du tout, de la protection qu’offrent la législation du travail et la sécurité sociale. Ils rencontrent des difficultés, légales et pratiques, à créer des organisations syndicales ou à y adhérer. Les travailleuses précaires sont souvent privées des dispositions relatives à la protection durant la grossesse et au congé de maternité, ainsi que d’autres formes majeures de protection sociale ».
Reeaz Chuttoo avance quatre exemples, parmi d’autres, pour démontrer « l’institutionnalisation de la précarité au travail » à Maurice.
D’abord, cette décision gouvernementale de libéraliser en 2007 l’entrée des travailleurs étrangers à Maurice. « Depuis, un travailleur étranger peut entrer à Maurice avec un visa de touriste. Par la suite, il peut chercher un emploi. S’il en trouve, son employeur peut lui faire avoir un permis de travail en bonne et due forme, ou il peut tout simplement travailler au noir, souvent pour son propre compte, sans être moindrement inquiété ».
Travail au noir
C’est ainsi, poursuit le secrétaire de la CTSP, qu’il y a actuellement environ 2 000 travailleurs étrangers qui travaillent au noir dans le pays, dans le secteur de la construction notamment. « Les Mauriciens sont ainsi en compétition directe avec ces travailleurs étrangers, ce qui a rendu leur emploi précaire », s’indigne-t-il.
Ensuite, selon Reeaz Chuttoo, les nouvelles lois, l’Employment Rights Act (ERiA) et l’Employment Relations Act (EReA), ont « institutionnalisé » la discrimination au travail. « Ena dimounn ki gayn drwa protection 8 h temps travay pour jour normal. Par contre, selon bann nouvo lalwa travay ena enn lot groupe ki zot zot bizin travay 90 h par quinzaine, sans aucune limite par jour. Se kan zot fini konplet zot 90 h travay obligatoire, ki zot gayn zot bann droit legal. Seki vedir ki si zot pran enn sick leave, zot bizin travay 8 h kado pou zot patron pou zot complet zot 90 h ».
D’autre part, souligne le syndicaliste, le gouvernement a introduit en 2007, à travers la Development Bank of Mauritius (DBM), des prêts à faible taux d’intérêt à des grosses entreprises pour les inciter à externaliser (outsource) certaines de leurs activités à des entreprises du secteur informel. « Finn ena donk enn aksion politik ek delibere pou al ver enn ogmantasion du sekter informel. Ainsi, le secteur informel est passé de 160 000 individus en 2007 à 220 000 en 2010. Un travail précaire dans le secteur informel ne peut être un travail décent ».
La création de “green jobs” dans le cadre du projet Maurice Île Durable (MID) est un autre exemple de la précarité au travail, soutient Reeaz Chuttoo. « Ou pa kapav pretann kree enn “green job” enn kote, et lot kote, kan enn travayer sorti travay li rentre kot li, li bizin al koup dibwa pou li kapav kwui so manze parski li so saler tro bas li pena moyen aster gaz ou elektrisite. Kree enn lil Moris durab, kot bon viv pou tou dimounn, li indisosiab ek konsept enn travay decent ».
C’est pour cette raison que la CTSP a choisi le thème « no green jobs without decent work and decent wages », indique le secrétaire de la CTSP.
Reeaz Chuttoo affirme qu’il va profiter de son passage à Genève pour remettre au Comité des experts sur la liberté d’association du BIT un document sur la dégradation de la protection légale et institutionnelle des travailleurs à Maurice, plus précisément des 450 000 qui sont employés dans le secteur privé.
La présidente de la CTSP, Jane Ragoo, a annoncé pour le vendredi 7 octobre prochain, à 10 h 30, une marche pacifique pour commémorer la JMTD sur le plan local. Elle partira du siège de son organisation derrière le marché de Rose-Hill et ira jusqu’au monument dédié aux travailleurs situé à côté du bureau de poste. Un dépôt de gerbes suivra. « Trois demandes spécifiques des travailleurs au gouvernement seront alors révélées », a-t-elle promis. « Pa kapav fer travayer perdi so drwa ek an mem tan koz MID », s’est-elle indignée.