Dans le cadre de la commémoration de l’Employment Relations Act et de l’Employment Rights Act, qu’elle considère comme deux lois anti-travailleurs en vigueur depuis 2009, la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) intensifie sa campagne contre le travail précaire. Campagne d’affiches, forum-débat et manifestation sont au programme.
« C’est au pied du mur que l’on reconnaît l’artisan et c’est par ce qu’il aura fait de concret en faveur des travailleurs que les 550 000 travailleurs de Maurice pourront juger si le nouveau gouvernement de l’Alliance Lepep et le nouveau ministre du Travail, M. Soodesh Callichurn, a vraiment à coeur leur intérêt », a lancé d’emblée le président de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), Reeaz Chuttoo, lors d’une rencontre avec la presse mercredi après-midi au siège de la confédération syndicale, à Rose-Hill, pour annoncer l’intensification de sa campagne contre le travail précaire. Il était entouré de Jane Ragoo, secrétaire de la CTSP, et des délégués de la confédération syndicale.
« C’est une tradition maintenant pour la CTSP de marquer la commémoration de l’entrée en vigueur de l’Employment Relations Act et de l’Employment Rights Act en février 2009 par une intensification de notre campagne contre le travail précaire (voir encadré), car ces deux lois anti-travailleurs en marginalisant les travailleurs tout en favorisant les employeurs ont beaucoup fait pour rendre le travail de plus en plus précaire à Maurice », a expliqué Reeaz Chuttoo.
« À cause de ces deux lois, Maurice est le seul pays au monde où l’on peut impunément licencier un employé sans lui verser un seul sou de compensation et si jamais il en reçoit c’est toujours de haute lutte. Et il y a des centaines de travailleurs qui ont ainsi perdu leur emploi pour des raisons banales. Les amendements que l’ancien ministre du Travail, M. Shakeel Mohamed, a récemment apportés à ces deux lois, ont davantage favorisé les employeurs au détriment des travailleurs », a déploré le syndicaliste.
Selon le président de la CTSP, plus de 100 000 travailleurs du secteur privé touchent moins de Rs 6 000 comme salaire de base par mois et la trentaine de Remuneration Orders (RO) du National Remuneration Board (NRB) ne sont presque jamais révisés, contrairement à la situation dans la fonction publique où les salaires et autres conditions d’emploi sont obligatoirement révisés tous les 5 ans par le Pay Research Bureau (PRB).
« Pour nous prouver leur bonne foi et leur sincérité, nous demandons au ministre Callichurn et au nouveau gouvernement cinq choses : introduire le Salaire social minimum qu’ils ont promis durant la récente campagne électorale ; rendre publiques les 14 RO que l’ancien gouvernement a dit avoir demandé au NRB de réviser et que nous attendons depuis décembre dernier ; réviser et harmoniser les 30 RO du NRB tous les trois ans ; introduire de nouveaux RO pour le secteur financier et celui des services ; et introduire le Portable Severance Allowance Fund (PSAF) », a affirmé pour sa part Jane Ragoo.
C’est dans ce contexte, a annoncé la syndicaliste, que la CTSP organise le lundi 2 février prochain à la municipalité de Port-Louis un forum-débats sur l’opportunité d’amender l’ERiA et l’EReA. Le samedi 7 février, le Trade Union Consultative Congress (TUCC – regroupant la CTSP, la FTU et le FPU) organise une marche pacifique à Rose-Hill contre ces deux lois anti-travailleurs.
Selon cette formule d’un PSAF, le paiement d’une indemnité de licenciement (… quand indemnité il y a) ne serait pas automatiquement lié à la fin du contrat de travail d’un employé, mais cette compensation pourrait non seulement être « portée » sur un nouveau contrat avec un nouveau employeur et serait également payable quand l’employé le veut ou à sa retraite, puisée de ce Portable Severance Allowance Fund. L’employeur aurait, lui, l’obligation de verser dans ce Fund un jour de salaire pour chaque mois que son employé aurait travaillé. Ce fonds serait géré par le gouvernement.
Reeaz Chuttoo déplore par ailleurs la démarche de certains employeurs de contester les Remuneration Orders en Cour suprême, dans celui de l’hôtellerie. « Bientôt, et les RO et le NRB seront caducs ! », s’est-il indigné.
Pour sensibiliser les travailleurs à cette nouvelle stratégie des employeurs, le TUCC organise une journée de réflexion au Jardin de la Compagnie, à Port-Louis. « Le secteur de l’hôtellerie est celui où l’écart entre les salariés au bas de l’échelle et la direction est le plus grand, soit 1 à 50, et pourtant ils refusent d’améliorer le sort de leurs employés ! », s’indigne-t-il.