Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la femme le 8 mars, la Confédération des travailleurs du secteur privé réclame un « salaire minimum social » pour les secteurs qui ne sont pas couverts par un Remuneration Order du National Remuneration Board. La CTSP veut que les femmes au foyer soient reconnues comme des « self employed » afin de pouvoir bénéficier des prestations sociales du ministère de la Sécurité sociale. La confédération syndicale appelle par ailleurs à l’intensification de la mobilisation contre les deux lois du travail, l’Employment Rights Act et l’Employment Relations Act.
« Jusqu’ici des Remuneration Orders (RO) du National Remuneration Board (NRB) établissent les salaires et conditions de travail minimums des employés d’une trentaine de secteurs d’activités économiques du pays. Il existe encore des dizaines de secteurs – dont le secteur des services – qui ne sont couverts par aucune législation, laissant ainsi leurs employés à la merci des caprices et de la convoitise de certains employeurs peu scrupuleux. Et le drame est que le secteur des services emploie une grande majorité de femmes. Et comme ces mères de famille et jeunes filles ont tendance à être plutôt dociles, elles se font ainsi carrément exploitées par des patrons ripoux », s’indigne le secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), Reeaz Chuttoo, qui animait ce midi une conférence de presse au Centre social Marie Reine de la Paix, Port-Louis, en présence d’autres membres de la confédération.
« L’introduction d’un salaire minimum social ne nécessitera qu’un règlement de la part du ministre du Travail, mais aura pour effet un niveau de salaire en deçà duquel un employeur ne pourra pas payer son employé. Et ce sont les femmes qui en grande partie bénéficieront de cette mesure ! », explique Reeaz Chuttoo.
Autre proposition qui bénéficiera aux femmes selon le secrétaire de la CTSP : un amendement au Domestic Workers RO, afin qu’un employeur, embauchant un seul « domestic worker » soit obligé de le déclarer. Actuellement, il faut que l’employeur ait au moins cinq gens de maison pour que ces derniers soient couverts par un RO. « L’État mauricien a été l’un des tous premiers états à avoir ratifié la Domestic Workers Convention pour la protection des gens de maison. Mais comme la majorité des employeurs n’emploient qu’un domestique, celui-ci n’est pas couvert par la loi. Il s’agit donc pour Maurice d’aller au bout de sa logique et de faire en sorte que tous les gens de maison soient indistinctement protégés par la loi », a expliqué Reeaz Chuttoo.
La CTSP réclame aussi un changement de statut de la femme au foyer afin qu’elle puisse elle aussi bénéficier des couvertures sociales du ministère de la Sécurité sociale en tant que « self-employed ». « Actuellement, seules les femmes qui ont une relation quelconque avec un homme, en tant que veuves ou mères-célibataires, bénéficient d’une couverture sociale, comme une pension. La femme au foyer doit être invalide pour toucher une pension, par exemple. Or, nous voulons que le gouvernement reconnaisse que “Every women is a working women”, car la femme au foyer contribue, elle aussi, à l’enrichissement des entreprises, par exemple, en lavant les vêtements de son époux, car au cas contraire celui-ci aurait été obligé de payer quelqu’un d’autre pour le faire », élabore-t-il. « Indirectement, les femmes au foyer, de par leur travail à la maison, viennent soutenir l’effort national pour une meilleure productivité, d’où notre demande pour que cet effort soit officiellement reconnu et qu’elles aient, comme les autres travailleurs, une couverture sociale », ajoute-t-il.
Reeaz Chuttoo a lancé un appel aux autres syndicats, aux associations féminines et les Mauriciennes en général pour soutenir cette revendication. « La célébration de la Journée internationale de la femme est une occasion en or pour faire avancer cette idée de reconnaître les femmes au foyer comme des self-employed », insiste-t-il.
Dans un autre ordre d’idée, le secrétaire de la CTSP a lancé un appel à une intensification de la mobilisation contre l’Employment Rights Act (ERA) et l’Employment Relations Act (EReA), les deux lois du travail qu’il estime avoir grignoté les acquis des travailleurs. « Malgré les rencontres que nous avons eues avec le ministre du Travail Shakeel Mohamed, il n’y a eu jusqu’ici rien de concret. L’épée de Damoclès plane toujours au-dessus de la tête des travailleurs. D’où cet appel de la CTSP aux travailleurs de rester vigilants », explique-t-il.
Reeaz Chuttoo a annoncé la participation de la CTSP et a invité les autres syndicats et les travailleurs en général à la manifestation de la CSG-Solidarité le 16 mars contre l’ERiA et l’EReA et les a invité à la manifestation que la CTSP organise le 23 mars à 13 heures à Rose-Hill. « Les travailleurs doivent comprendre cette nécessité de s’unir pour garder leurs droits acquis ! », a-t-il conclut.