Selon le ministère du Travail, 448 personnes ont été licenciées de janvier à février 2013. Les statistiques pour le mois de mars ne sont pas encore connues. En 2012, 2 831 personnes se sont retrouvées sans emploi du jour au lendemain. Cette année s’annonce également difficile, des entreprises du secteur de la construction envisageant un « licenciement de masse » à partir de mai. Clensy Appavoo, président de la Mauritius Employers Federation, ne cache pas non plus que certains secteurs pourraient se retrouver en difficulté cette année.
Des entreprises bien ancrées dans différents secteurs économiques comme Grewals, White Sand Tours, BH Industries, St Géran, entre autres, ont tous licencié en ce début d’année. Ils sont 448 travailleurs à se retrouver dans cette situation pour les deux premiers mois de l’année. Ils sont actuellement sous le Workfare Programme qui leur apporte une aide financière, en attendant de trouver un emploi.
Cette situation suit la tendance de l’année dernière, où d’autres grosses pointures comme Gamma Materials ou Subana, ont aussi licencié. Les statistiques révèlent que 2 831 personnes ont perdu leur emploi en 2012.
Dans le même souffle, en décembre dernier, les indicateurs de tendances économiques de la Mauritius Chambers of Commerce and Industry (MCCI) faisaient craindre des licenciements. 10 % des opérateurs économiques sondés n’écartaient pas cette éventualité, et une majorité n’envisageaient pas de recruter. Même si le dernier survey de la MCCI note un regain du climat de confiance au niveau de l’investissement, la situation n’a pas encore évolué pour autant. Pour preuve, le mois dernier, les opérateurs du secteur de la construction ont aussi tiré la sonnette d’alarme, prévoyant un « licenciement de masse à partir du mois de mai. » La principale raison évoquée par ces derniers : la crise de l’euro qui freine les investissements. Alors que tous les grands projets, comme la construction des hôtels, des villas IRS et des centres commerciaux, ont complété, les entreprises de construction peinent à trouver de nouvelles commandes.
Pierre, maçon depuis plus de vingt ans, confirme la situation très difficile que vivent les employés du secteur de la construction cette année. « Je viens tout juste de terminer la construction d’un hôtel et depuis, je cherche en vain un autre boulot. »
En dépit de sa qualification de « grade A » auprès des grandes entreprises de construction, Pierre doit aujourd’hui se contenter de petits travaux chez les particuliers. « J’ai fait le tour des compagnies qui m’ont fait comprendre qu’on ne recrutait pas en ce moment. Même chez les particuliers, il s’agit de petits travaux ponctuels. Il n’y a pas de gros projets. »
Du côté du patronat, on ne cache pas non plus que l’année s’annonce difficile. Clensy Appavoo, président de la Mauritius Employers Federation (MEF) est d’avis que tout comme la construction, l’hôtellerie pourrait aussi faire face à des licenciements (voir hors-texte).
Mais du côté des syndicalistes, tous ces renvois découlent des abus sous l’Employment Relations Act (EReA) et de l’Employment Rights Act (ERiA). Répondant à une question parlementaire en novembre dernier, le ministre du Travail, Shakeel Mohamed, a révélé que 18 882 personnes ont perdu leur emploi en quatre ans. Ainsi, a-t-il laissé comprendre, provision a été faite pour prévenir les licenciements abusifs dans les amendements proposés aux lois du travail. Dévoilés cette semaine, ceux-ci prévoient des mesures en ce qui concerne l’emploi sous contrat, les licenciements et le travail sur shift, notamment (voir hors-texte).
Mais les syndicalistes n’ont pas tardé à balayer d’un revers de la main les propositions du ministre. La Platform kont lalwa travay anti-travayer a laissé entendre que « les amendements proposés ont augmenté le rapport de force en faveur des employeurs. » Elle est d’avis que ces propositions ne viendront pas protéger un employé d’un renvoi injustifié.
Mais au-delà du rapport de force entre patronat, syndicats et ministère, ce sont des drames humains qui se jouent derrière les licenciements, comme en témoigne Désiré Pondor, président de la Ligue Ouvrière d’Action Chrétienne (LOAC), qui accompagne les travailleurs. « Le jour où on vous dit que vous êtes licencié, tout s’écroule autour de vous. Lorsque vous rentrez à la maison, vous n’osez même pas regarder vos enfants en face », témoigne-t-il.
Désiré Pondor, qui est passé par un licenciement dans le passé, encadre aujourd’hui ceux qui se retrouvent dans cette situation. « Nous les écoutons avant tout car ils ont besoin d’être écoutés dans une situation aussi difficile. Nous leur donnons aussi des éclairages sur leurs droits. De même, nous aidons ceux qui le peuvent, à mettre en place leurs petites entreprises. »
Toujours est-il, ajoute Désiré Pondor, qu’une situation aussi dramatique ne s’oublie jamais. « J’avais perdu mon emploi en 1997 et même jusqu’à ce jour, à chaque fois que j’entends parler d’un licenciement, j’ai un gros pincement au coeur. »