Le pays compte un certain nombre de chômeurs, dont des personnes diplômées, alors que certains secteurs peinent à trouver du personnel qualifié. D’où la nécessité de connaître les besoins du marché du travail avant d’entreprendre des études ou de chercher un emploi. 
“Il y a un manque aigu de personnes formées et qualifiées dans certains secteurs”, constate Pradeep Dursan, conseiller au département des relations industrielles de la Mauritius Employers Federation (MEF). “Il faut des ressources et du sang neuf pour soutenir la croissance, et cela passe par la formation”, note Thierry Goder, directeur de DCDM Recruiting Services. “Petit à petit, les Mauriciens réalisent que la formation professionnelle est aussi importante que la formation académique”, déclare Joe Lesjongard, assistant manager à la Training Delivery Division du Mauritius Institute of Training and Development (MITD).
Mais il y a aussi ce constat : nombreux sont ceux qui, diplôme en main après de longues études, se retrouvent sans emploi. La faute à un marché déjà saturé et à la formation dans des secteurs où il n’y a pas de débouchés. D’où le souhait du conseiller de la MEF d’une synergie entre l’offre et la demande et d’une restructuration des services d’orientation de carrière.
Main-d’oeuvre qualifiée
Une liste indicative des domaines et des secteurs prioritaires a été dressée par la Tertiary Education Commission (TEC) et est consultable sur son site, www.tec.mu. Elle peut servir de référence pour ceux qui ne savent pas vers quelle filière se tourner. Parmi la longue liste d’emplois potentiels figurent des métiers dans les secteurs de la protection de l’environnement et de l’énergie renouvelable; la santé, qui a besoin de spécialistes en cardiologie, en psychologie, en virologie, en chirurgie plastique et reconstructrice, en gériatrie… Le pays a aussi besoin de paysagistes, de linguistes (mandarin, espagnol, portugais et allemand), ainsi que de professionnels en informatique, en agriculture et en ingénierie, entre autres.
Au MITD, les formations dispensées ne sont pas basées sur la demande au niveau de l’emploi, mais sont adaptées selon la demande des employeurs. Joe Lesjongard précise que “les cours du MITD ont été développés de façon à satisfaire la demande de l’industrie. À travers ces cours, nous faisons le maximum pour mettre sur le marché du travail une main-d’oeuvre hautement qualifiée et compétente”.
Compétences multiples
Thierry Goder note une augmentation dans la demande pour la mécanique automobile, le secteur touristique et la maintenance en bâtiment. Il estime que le secteur commercial est en ébullition avec la construction des divers malls. Mais il ne s’agit plus, en l’occurrence, de recruter une main-d’oeuvre peu qualifiée. “Il n’y a plus de place pour l’amateurisme dans ce secteur.”
Le secteur financier est aussi un pourvoyeur d’emplois. Sont également en grande demande des responsables en ressources humaines, des métreurs, des health and safety officers, des psychologues du travail. Ceux qui ont fait des études dans le domaine du développement durable sont également recherchés.
Pradeep Dursan voit les choses différemment. Il soutient que le pays n’a pas besoin que de diplômés mais aussi de personnes ayant les aptitudes pour faire des travaux manuels. Il cite le secteur du transport, qui a besoin de chauffeurs de véhicules au-delà de dix tonnes, le secteur manufacturier et celui de la construction. Mais qu’importe le domaine, il prône les compétences multiples. Cela rejoint les propos de Thierry Goder et de Hubert Gaspard (voir entretien plus loin). 
Influence parentale
Tel est aussi l’avis du conseiller de la MEF. “Si on n’évolue pas, on stagne, et on ne s’épanouit pas. C’est aussi une façon de travailler plus intelligente, mais cela demande une bonne maîtrise de son temps et de la gestion de son travail”. Il précise que lorsqu’on parle de compétences multiples ou de polyvalence, cela ne doit pas signifier que l’on est censé faire un travail qui ne fait pas partie de son cahier des charges. Joe Lesjongard soutient que la polyvalence dans le secteur de la maintenance des bâtiments est souhaitable. “Quelqu’un qui a fait de la plomberie, de la peinture et qui a aussi une connaissance en installations électriques a plus de chances de se faire embaucher.”
Mais le choix du métier ne devrait pas se faire uniquement par rapport à la demande du marché, mais aussi et surtout par rapport à ses propres compétences et ses acquis académiques. “Il faut voir ce qui nous convient le mieux”, précise Thierry Goder. Il note qu’ils sont plusieurs jeunes, mal conseillés, à s’être retrouvés à faire des études pour lesquelles ils n’étaient pas destinés. Nos interlocuteurs soulignent que les familles ont tendance à encourager les jeunes à s’engager dans certaines filières et dans quelques secteurs traditionnels. “Certains font des études par défaut, sous l’influence parentale”, note le directeur de DCDM.
Politique d’emploi
Pour nos interlocuteurs, il y a un équilibre à trouver entre l’offre et la demande. Ce qui implique une meilleure organisation des services d’orientation de carrière. Faire un métier par vocation n’existerait pas non plus, selon Thierry Goder. “On oublie trop souvent que les jeunes doivent montrer ce dont ils sont capables au lieu de ce qu’ils valent. Cela peut conduire à une absence de passion.”
Pradeep Dursan estime qu’il faut revaloriser le travail et revoir l’aspect éducatif. Surtout la filière vocational, qui ne devrait pas être présentée ou comprise comme l’orientation des plus faibles académiquement vers un métier. Il souligne que les jeunes devraient faire des études dans les secteurs qui ne sont pas saturés et dans des domaines où le pays a le plus besoin de compétences.
Pradeep Dursan se dit en faveur d’une politique pour l’emploi des jeunes. Cela les retiendrait ou ferait revenir ceux qui sont partis étudier à l’étranger, mais qui, faute d’opportunités à Maurice, choisissent d’élire domicile ailleurs.