Initiation à l’artisanat, mais aussi moment de partage, de confidences et de solidarité. C’est en ces quelques mots que se resument les ateliers d’empowerment offerts par l’association Prévention, Information et Lutte contre le SIDA (PILS) a ses bénéficiaires. Chaque deux ans, depuis 2009, PILS offre à ses bénéficiaires qui sont sans emploi un espace pour s’exercer à des travaux artisanaux. Il s’agit d’ateliers de formation artisanale pour les redynamiser, et cette année est consacrée à l’initiation à la peinture sur verre et sur toile. Ainsi, tous les mardis et les jeudis, de 10 h à 13 h, un groupe de dix personnes se réunit à l’unité de soutien de PILS, à Port-Louis, ou une instructrice professionnelles les rejoint pour leur faire profiter de son savoir-faire.
Pour Yolette Vyapoory, responsable de l’Unité de soutien et Lovena Dhooky, travailleuse sociale Senior et responsable du projet Empowerment de PILS, les ateliers sont ouverts aux infectés et aux affectés, et ont pour objectif de redonner l’espoir aux personnes qui ne peuvent aller travailler à cause de la maladie et des traitements à suivre, et aussi de leur montrer qu’elles ont la capacité de réaliser de belles choses, et en contrepartie rehausser l’estime de soi chez ces personnes. Ce projet de groupe vise également à autonomiser les bénéficiaires de PILS économiquement tout en leur montrant qu’ils peuvent se débrouiller par eux-mêmes. « Ces ateliers ont permis, entre autres, d’éveiller le sens de solidarité chez chacun. Les bénéficiaires font leur propre éducation thérapeutique à travers des discussions autour de la maladie et de ses implications, et par les conseils partagés selon l’expérience de chacun », explique Lovena Dhooky. Quant à Yolette Vyapoory, elle souligne : « Nous avons voulu changer la manière de voir de certains qui pensaient qu’ils ne pouvaient se débrouiller seuls et qu’ils avaient toujours besoin d’assistance. Nous sommes satisfaits du résultat parce qu’on reçoit de moins en moins de demandes d’assistance financières de la part des bénéficiaires depuis que ces ateliers ont commencé. » Les ateliers s’accompagnent aussi de visites dans des PME artisanales.
Un cocon familial
Patricia, Robert et Lilavatee sont trois des bénéficiaires de PILS qui participent à l’atelier. La première, une jeune femme dynamique et toujours souriante, témoigne du plaisir qu’elle ressent à se rendre à l’Unité de soutien pour ses sessions de travaux pratiques. « Je suis toujours impatiente de venir ici », dit Patricia. Pour elle, ces ateliers sont plus qu’un espace d’initiation, ils lui permettent de s’évader, de se sentir libre et en confiance. « Quand je viens ici, je me sens bien. Je sais qu’il y a là des gens qui me comprennent et avec qui je peux parler de certaines choses que je ne peux pas avec mon entourage. » Robert, seul homme de l’atelier 2013, se dit très gâté d’être entouré de toutes ces femmes. « Il règne une très bonne ambiance dans les ateliers. Et on n’est pas stressé », indique Robert. Pour lui, ces sessions de travaux pratiques ont permis le développement personnel de chacun. Et Patricia de renchérir: « Nous avons réussi à vaincre notre timidité parce qu’ici on est tous pareils. On peut rester ici toute la journée, cela ne nous poserait aucun problème. Au contraire! » Quant à Lilavatee, elle a vécu quelque chose de nouveau: elle se dit heureuse d’avoir fait de nouvelles rencontres et d’avoir noué de nouvelles amitiés tout en vivant de nouvelles expériences. Ces trois bénéficiaires sont unanimes : se retrouver à l’unité de soutien pendant les ateliers, « se kouma lakaz mama ».
En toute liberté
Une personne séropositive peut rencontrer de nombreux obstacles. Avec le programme d’empowerment mis en place par PILS, les bénéficiaires de l’association arrivent à surmonter leurs craintes et leurs épreuves. S’ils s’y rendent ce n’est pas uniquement pour se former à l’artisanat, mais aussi et surtout pour pouvoir échanger des confidences sur leurs vies. Ils témoignent à l’unanimité: « Ce qui est agréable en venant ici, c’est qu’on n’a pas peur de parler, parce que là où on vit on ne peut pas parler de notre séropositivité. C’est une de nos plus grande crainte, car nous sommes passé par de nombreuses mauvaises expériences où les gens nous jugeaient et nous montraient du doigt. Mais ici on se sent tout à fait libre de parler de notre séropositivité. » Le sida reste encore un tabou dans notre société et si les personnes atteintes de la maladie ne sont pas forcément isolées — elles ont souvent un bon réseau social —, elles ressentent de l’isolement face à leur séropositivité et souvent recherchent des lieux où elles peuvent partager et en parler en toute liberté aux autres. C’est ce que les bénéficiaires de PILS retrouvent dans ces ateliers d’empowerment: se retrouver avec des personnes vivant avec la même maladie et pouvant les comprendre. L’unité de soutien de PILS devient pour eux « le seul endroit où on peut s’épanouir ».
Lieu de partage
Chaque semaine, les quelque dix bénéficiaires se retrouvent ainsi dans un cadre serein et chaleureux pour leurs ateliers, où le mot partage est devenu le leitmotiv. Parler de leur expérience de la maladie est un des aspects qui rendent ces formations intéressantes et enrichissantes. Robert est reconnaissant envers Patricia, qui lui à partager ses connaissances : « Patricia nous a appris à faire des colliers pour la gay-pride. Elle avait suivi la formation précédente en 2012 sur la confection d’objets et de bijoux en coco et de rotin et c’est à travers elle que nous avons appris certaines techniques. » Mais le savoir-faire de chacun n’est pas seulement ce qu’ils partagent. « On se raconte nos hauts et nos bas par rapport à la maladie, et on se soutient mutuellement. Quand l’un d’entre nous a son rendez-vous à l’hôpital, on l’appelle pour prendre de ses nouvelles. On est là l’un pour l’autre. »
Mettre à profit leurs acquisitions
Meme si au debut, réaliser de tels objets semblait impossible à Patricia, elle a persévéré et elle tient maintenant sa propre petite entreprise à son domicile. Elle confectionne des objets de sa propre création, tels que des bijoux, des barettes en coco, des sacoches, des ceintures, et des sacoches pour téléphones portables, entre autres. « Je réalise certains produits que j’expose chez moi, ou sinon je reçois aussi plusieurs commandes. Mes produits s’écoulent bien. »
Pour sa part, Robert aime également inventer ses modèles de produits. « Je suis dans le Nord du pays et comme il y a une grande activité touristique, je reçois des commandes. Je réalise des alphabets en coco, par exemple, et mes clients sont principalement des touristes réunionnais. » Ce que Lilavatee apprécie, c’est, dit-elle, le fait que les ateliers ne s’arrêtent pas avec ces six heures de cours par semaine. « Il y a un suivi de PILS, qui nous pousse à aller de l’avant et d’ouvrir notre propre entreprise. PILS nous aide dans les démarches administratives, ou encore à obtenir notre business card. On ne se sent pas seuls et c’est encourageant. »