Ruz, court-métrage réalisé par Gopalen Chellapermal en 2009, a été sélectionné pour servir comme matériel pédagogique dans toutes les écoles publiques d’Argentine, dans le cadre d’un programme de formation aux droits de l’homme destiné aux enfants des migrants. Dans une déclaration au Mauricien, le réalisateur affirme que « c’est très intéressant de constater que dans une autre partie du monde, on a les mêmes réflexions. Cela rejoint ma démarche de traiter un thème qui soit à la fois propre à Maurice et universel ».
Produit dans le cadre du festival de courts métrages Île Courts en 2009, Ruz évoque la question des identités dans une société plurielle. Le film présente une famille constituée de personnes issues de diverses communautés de Maurice. Pour le réalisateur, « c’est intéressant de constater que le thème dépasse la zone océan Indien, qu’un pays aussi loin que l’Argentine ait les mêmes réflexions, que finalement l’universalité du thème prime ».
Gopalen Chellapermal souligne que cette sélection de Ruz donnera aussi un prolongement à la vie du film. « En général, fait-il ressortir, un court métrage a une durée de vie de deux ans. Il continuera à vivre ailleurs, dans une autre partie du monde, dans une autre configuration ».
Après sa production et sa participation au festival Île Courts à Maurice, Ruz a connu un itinéraire international avec une présence dans de nombreux festival en France, en Tunisie, au Togo… En 2010, il a été projeté au Festival du cinéma Migranté en Argentine.
Enfants de migrants
« Je ne sais pas où les Argentins ont vu le film. En 2010, ils m’ont approché pour avoir l’autorisation de présenter le film au festival Migranté. J’ai envoyé une copie sous-titrée en anglais et il y a deux semaines (ndlr : début avril), ils m’ont appelé pour me dire que le film a été sélectionné dans le cadre d’un programme de formation aux droits de l’homme destiné aux enfants des migrants », nous dit M. Chellapermal. « Le Human Rights Centre de Lanus University a étudié le film et a proposé qu’il fasse partie du matériel éducationnel pour guider et former les enfants des migrants. Ainsi, le film sera inclus dans le syllabus de toutes les écoles d’État en Argentine ».
Âgé de 52 ans, Gopalen Chellapermal est passionné par l’image depuis un jeune âge. Après le secondaire, il souhaitait faire des études de photographie. « Il fallait partir pour cela, mais faute de moyens, je suis resté à Maurice tout en continuant à m’intéresser à l’image ». Notre interlocuteur a ainsi fait des photos en freelance pour la presse. Quelque temps après, un avis d’appel à candidatures pour travailler sur la réalisation de films éducatifs au Mauritius College of the Air (MCA) se présentait comme une aubaine pour le jeune homme. « J’ai trouvé un emploi stable et en même temps, je réalisais mon rêve de faire des vidéos et des films documentaires. J’ai commencé par la télévision éducative pour l’enseignement du français aux enfants. À côté, je travaillais sur des sujets informels comme des documentaires, des sujets de société et j’ai collaboré sur deux projets avec le Centre régional de documentation pédagogique de la Réunion. J’ai aussi coréalisé deux films, un sur Serge Constantin et l’autre sur les animaux endémiques des Mascareignes ».
Rigueur du métier
Notre interlocuteur indique qu’il a appris son métier sur le tas. « Cela m’a permis d’apprendre la technique de réalisation et de production. J’ai travaillé pour la télévision éducative pendant huit ans ». Un genre qui l’intéresse toujours, concède-t-il. Le travail à la télévision éducative demande beaucoup de rigueur, poursuit-il.
« Il faut être très précis, que ce soit au niveau du contenu ou de la forme pour mieux cerner le sujet. On est plus pointu. La formation que j’ai reçue reste et quand je fais un projet, il y a toujours un travail de recherche, de réflexion et d’écriture qui précède. C’est un passage obligé pour un bon documentaire ou une bonne fiction ».
D’ailleurs, il est d’avis que s’il y a une formation à mettre en place à Maurice aujourd’hui, c’est à ce niveau : « Cette capacité à faire des recherches pour mieux cerner son sujet, l’écrire et le concevoir. »
Après son passage à la MCA, Gopalen Chellapermal a travaillé dans une entreprise de multimédia. « Nous avons travaillé sur le développement de CD-Roms éducatifs. J’ai aussi travaillé sur un CD Découverte de la musique classique indienne… J’ai tourné un film avec Ustad Amjad Ali Khan dans un studio à New York lorsqu’il était en tournée aux États-Unis ».
Gopalen Chellapermal a aussi réalisé un film documentaire sur le ségatier Michel Legris, « Un griot ordinaire ». Pendant 11 ans, il a collaboré à des projets avec Caméléon Production et l’année dernière, il a lancé sa propre société, Wild Square Production.
« J’ai deux projets : un documentaire et un moyen métrage, soit d’une durée de 30 à 40 minutes. Je travaille sur une adaptation libre d’une nouvelle de Vinod Rughoonundun, Daïne ». Il cherche en ce moment le financement nécessaire pour la réalisation de ce projet.