Jean Marc Poché

Nous nous préparons tous à célébrer lundi le passage de 2018 à 2019, communément connu comme le réveillon de la Saint-Sylvestre, par des soirées traditionnellement marquées par des fêtes familiales ou des réunions entre amis et proches. Contrairement aux grandes capitales internationales, les fêtes nationales n’ont jamais eu de succès à Maurice. La grande majorité des familles mauriciennes préfèrent en effet attendre chez elles que sonnent les 12 coups de minuit pour faire exploser des milliers de pétards et de feux d’artifice afin de s’assurer de commencer la nouvelle année sous les meilleurs auspices. Comme chaque année, le 31 décembre approche avec l’étrange sentiment que l’année soit passée trop rapidement. On se souvient encore du dernier réveillon comme si c’était hier.

2018 a eu, comme les années précédentes, sa part de réjouissances et de déceptions, de joies et de tristesses. Elle aura été surtout été l’année du 50e anniversaire de l’accession de Maurice à l’indépendance, après avoir été une dépendance de la Grande-Bretagne pendant 168 ans. Les célébrations ont atteint leur apothéose le 12 mars au Champ de Mars à l’occasion d’une célébration ayant pris une dimension internationale avec la présence d’invités étrangers, dont le président indien, autour du thème “lamin dan lamin” .

La commémoration de ce jubilé, échelonnée sur plusieurs mois, aura été l’occasion de mobiliser une force patriotique à travers le pays. Cela aura surtout été l’occasion de mesurer les progrès accomplis depuis le 12 mars 1968. En 50 ans, Maurice est en effet passée du sous-développement et de la monoculture à une économie diversifiée. Nous faisons désormais partie du groupe de pays à revenu intermédiaire, dans lequel Maurice est bloquée depuis plusieurs années. La célébration du jubilé d’or aura aussi été l’occasion de mesurer le chemin parcouru au niveau du “Nation Building”. Les diverses manifestations, organisées tantôt par des organisations locales, tantôt pas les missions étrangères à Maurice, ont permis de mettre en lumière les talents des Mauriciens.

Concernant le “Nation Building”, il faut reconnaître que beaucoup de progrès a été accompli en vue de développer ce sentiment d’appartenance nationale. Cependant, comme le faisait ressortir la semaine dernière Jacques Panglose, si beaucoup de Mauriciens sont fiers de leur citoyenneté, surtout lorsqu’ils sont à l’étranger, bon nombre n’ont pas réussi jusqu’ici à se dévêtir du manteau de leur appartenance ethnique ou religieuse, et le communalisme freine encore la construction du mauricianisme.

La démission forcée de la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, aura aussi été un moment qui aura beaucoup marqué les esprits, atténuant même l’enthousiasme créé dans le sillage de la célébration du jubilé de notre indépendance. Après s’être retrouvée au sommet du monde pendant son mandat et avoir projeté une belle image de Maurice à l’international, elle se retrouve aujourd’hui devant une commission d’enquête et devant l’ICAC concernant ses relations avec le Planet Earth Institute. Les travaux de ces institutions se poursuivent et leur rapport est attendu avec beaucoup d’impatience afin de faire la lumière sur ce dossier.

L’audition orale de la CIJ sur les conséquences légales de la séparation de l’archipel des Chagos de Maurice aura par ailleurs dominé tout le début du mois de septembre. Si sir Anerood Jugnauth, qui dirigeait la délégation mauricienne, a fait belle introduction, l’intervention émouvante de la Chagossienne Liseby Elisé aura, elle, touché le coeur de la population. À Maurice, on garde beaucoup d’espoir concernant cet avis légal, bien qu’il ne sera que consultatif.

L’année s’est finalement terminée avec les débats sur la réforme électorale, qui n’a pas été en mesure de recevoir l’adhésion des trois-quarts des parlementaires. Mais cet échec était connu d’avance en raison de l’intransigeance des parties en présence. Il existe maintenant peu de chances que ce projet revienne sur le tapis avant les prochaines élections générales.

L’année 2019 sera inévitablement celle de la campagne électorale et, peut-être même, des élections générales. Alors attachez vos ceintures ! D’ici là, nous souhaitons déjà une bonne et heureuse année à tous nos lecteurs.