Le Second Republic Bill est le coeur et point central de l’accord et du projet de Ramgoolam et Bérenger. Toutes les propositions électorales de société à venir dans leur manifeste électoral graviteront autour de ce fondamental politique en tant que  propositions administratives : sociale et économique. Ce Bill, ils le présenteront même s’ils n’obtiennent pas les trois-quarts. Ainsi, la question citoyenne, en vue de la prochaine nouvelle configuration du parlement, serait de savoir qui sont ceux que les citoyens souhaiteraient voir en face du gouvernement pour voter le Bill ou ne pas voter le Bill.
La situation
Pour présenter ce nouveau système, une communication rhétorique partisane a été utilisée pour rassurer les uns et les autres des deux camps. Par ricochet, il y a eu un flou sur un « partage des pouvoirs » quand le thème a été repris et livré au grand public. On aura lu et entendu des imprécisions ici et là.  Il s’en est donc suivi un capharnaüm où Jean-Claude Antoine est un des rares à avoir tout compris pour avoir écrit, en une phrase : « Maurice va passer d’un régime premierministériel à un régime présidentiel » – Week-End du 14.9.2014. Une fois pour toutes, c’est bien d’un régime présidentiel qu’il s’agit, et cela est clairement défini dans l’accord Ptr/MMM. Après l’expression du plus grand nombre, il y aura un Mauricien qui sera à la tête de l’État, le chef du pays, et un chef de gouvernement pour administrer les affaires courantes. Il n’y a pas de « partage de pouvoirs » mais de répartitions des rôles et contre-pouvoirs. Il n’y a pas non plus de « régime semi-présidentiel » : ceux qui axent leur réflexion dans cette direction en sortiront épuisés intellectuellement.
Le régime présidentiel. Faut-il en avoir peur ? La réponse est non.
Est-ce l’inconnu ? Pas du tout, car après les décolonisations, la grande majorité des pays nouvellement indépendants avaient choisi le régime présidentiel puisqu’il donne au peuple le droit de choisir directement. Même si sur ce coup-ci c’est l’affaire de deux hommes, il n’en demeure pas moins que le régime présidentiel c’est, pour faire court, dans les grandes lignes : l’égalité, le suffrage universel, les droits universels, un vote adressé à soi-même. Par le biais du suffrage universel, ce sont les votants qui choisissent les grandes orientations du pays. Une course de 100 mètres peut servir à imager ce nouveau système : dans la vie comme lors d’élections, la ligne de départ représente l’égalité puisque tous sont sur la même ligne ; l’équité c’est le temps que dure la course, et le classement à l’arrivée, la méritocratie. Tout y est, même s’il y aura des réglages à apporter à l’arbitrage et à l’organisation.
Il faudrait juste un moment oublier le rôle des partis et plus s’assurer que le régime présidentiel ne comporte pas des marqueurs qui en font la propriété d’un homme ou des partis. Voilà pourquoi ce qui nous intéresse c’est qui seront les autres élus en face à même de comprendre les contours ?
L’enjeu des élections et l’enjeu pour les votants : qui seront ceux en face du Ptr/MMM au parlement ?
Sauf surprise aux élections nationales, le Second Republic Bill sera présenté si ce n’est pas un leurre pour nigauds dans le sens d’une stratégie à court terme pour attraper les électeurs. Et, ici, le MSM, en tant que leader d’une alliance, et en tant que parti Politics Business, n’est absolument pas du tout indiqué pour faire face car il sera de facto réfractaire à ce qui a été cité plus haut : l’égalité, le suffrage universel, les droits universels. Il n’organisera pas cette course de 100 mètres à cause de ses intérêts, et il ne faudra pas aller jusqu’à croire ou espérer que le MSM fera un véritable travail d’opposant.
Pour moi, la question est qui les votants enverront-ils pour se mettre debout devant l’ébauche de loi de Second Republic Bill, à qui il reviendra de comprendre ses contours et veiller à ce que ce Bill ne soit pas un hold-up desservant des intérêts autres que ceux du peuple mauricien, du citoyen ordinaire.
Pour gagner l’adhésion populaire
Il me semble indéniable que l’espoir repose sur les nouveaux partis et certains candidats indépendants. Il me semble aussi évident qu’un projet politique doit avoir comme rampe de lancement la Justice. C’est, par extension, une mise à plat qu’il nous faudrait car personne ne peut construire un projet sur l’impunité – qui a cours dans le pays – au risque, plus tard, d’être rattrapé et noyé par celle-ci. Les liens tissés par le Politics Business (apparu dans la 2e partie des années 1980) étant si tentaculaire… Devant cette dernière machinerie, il faut souhaiter aux nouveaux partis une couverture médiatique égale.
Des dénis de droit et une gestion calamiteuse de certaines institutions à cause d’opposition(s) parlementaire(s) inexistante(s), le trafic d’influence, les abus de pouvoir, la corruption (autre mot pour vol), le dénigrement, l’insulte à l’intelligence, et, surtout et avant tout le mensonge à tout bout de champ ont parachevé le sort de bien des Mauriciens.
Devant l’impunité, il convient de programmer l’introduction de commissions d’enquête à portée judiciaire pour faire la lumière sur tous ces crimes infligés aux citoyens, ce qui est primordiale, là où les assesseurs seront drapés du droit de pourchasser les comptes bancaires à l’étranger. Mais aussi pour apprendre aux Mauriciens qui sont ceux qui ont financé les partis politiques ces 25 dernières années et, en parallèle, quelles lois ont été votées et quels contrats ont été alloués à quel moment. Situer la responsabilité des politiques, puis, le triptyque évidence-mise en accusation-prison. Peu importe la façon, mais face à l’impunité, les nouveaux partis et les autres partis extraparlementaires qui omettraient de la combattre pourraient paraître suspects et éventuellement inutiles au parlement. Ce n’est pas ce qui est souhaité.