La MTPA veut que les Mauriciens aussi bien que les touristes visitent le sud de l’île avec un regard nouveau. Capter l’essence écologique de chaque île telles que l’île aux aigrettes, l’île aux Phare, l’île aux cerfs… Apprécier certaines scènes de vie, comme ces pêcheurs pêchant à la ligne et ces pirogues voguant au fil de l’eau émeraude. Samedi dernier, Karl Mootoosamy, directeur de la MTPA, Joan Lamy, Tourist Information Officer à la MTPA, et deux photographes français et italien ont embarqué à bord d’un bateau de Kersley & Azur Boat Tours Ltd à la découverte de la beauté du Sud.
Sous un soleil de plomb qui burinait la peau, la petite équipe a mis le cap sur les îles. Karl Mootoosamy explique que l’idée d’une telle balade est d’emmener des photographes pour qu’ils immortalisent des scènes différentes du Sud. La mer à deux tons, tantôt d’un vert émeraude, tantôt d’un bleu d’azur, démontre à travers ses tonalités la profondeur de l’eau. « Le but à la MTPA est de pousser les gens à découvrir les richesses des lagons qui nous entourent et de découvrir à travers des clichés, une autre façon de présenter le Sud artistiquement. On veut que chaque photographe ait cet esprit de découverte, de curiosité, et qu’il nous ramène des photos différentes dont on fera un montage et qu’on présentera aux touristes et aux Mauriciens. C’est une manière d’emmener les gens à visiter avec un tout autre regard cette partie de l’île. » Il suffit d’un oeil averti et d’une main suffisamment rapide pour résumer en un clic tout le magnétisme que peuvent dégager ces îles de par leur environnement naturel, leur vue pittoresque, avouons que l’idée n’était pas pour nous déplaire ! Journaliste et photographes ont cherché samedi au cours de cette randonnée, le petit détail qui pourrait rendre une photo vivante et attrayante.
Arrêt sur image
Au large de Pointe-Jérôme, c’est l’île-aux-Aigrettes qui se déploie majestueusement. Immortaliser cet instant à travers la beauté visuelle d’une photo, c’est cela l’idée recherchée par la MTPA. Un travail qui incombe aux passionnés qui aiment faire cet arrêt dans le temps pour découvrir des îles renfermant des vestiges d’un passé oublié, des bâtiments où on peut encore entendre la résonance des pierres et la voix de l’histoire.
Du speedboat, on peut apercevoir l’entrée menant à l’île-aux-Aigrettes, îlot calcaire de 26 hectares qui abrite les derniers remparts d’une forêt côtière et qui a été l’antre des dodos. Dix minutes en bateau pour découvrir ses plantes indigènes et endémiques de Maurice, ses oiseaux et autres espèces en voie de disparition. L’île abrite la dernière forêt sèche côtière relativement intacte de Maurice. On croise sur la mer d’autres catamarans, avec à leur bord des skippers connaisseurs faisant découvrir aux touristes la beauté du Sud. Des pirogues aussi étaient de la partie sur cette mer turquoise, nous renvoyant pour certaines dans le temps où la pêche à la ligne constituait la plus grosse part des prises des pêcheurs. On en croise trois ou quatre au cours de notre randonnée, avec des pêcheurs portant de larges chapeaux en paille pour se protéger du soleil.
Ambiance
Jean-Pierre Clency Mirbelle, le skipper de Kersley & Azur Boat Tours Ltd, nous tire de notre rêverie et nous propose une balade jusqu’à GRSE. La musique ambiante redonne le tonus, et la rapidité avec laquelle un autre skipper manoeuvre le bateau a de quoi donner le frisson. Les vagues et l’air marin ont vite fait de rééquilibrer l’atmosphère. Les cascades de GRSE constituent l’attraction phare de cette région. L’endroit est un havre de paix et un sanctuaire pour animaux, dont les chauve-souris. Si au haut de la cascade une affiche en rouge indique que la baignade est dangereuse, cela ne décourage guère les plus hardis, qui se risquent à se jeter du haut, se prenant pour le roi de la jungle. D’autres, du haut de leur perchoir, se voyant photographier, lèvent la main pour un petit salut amical. Les touristes sur d’autres bateaux poussent des cris de joie à la vue de la cascade et les flashs crépitent de part et d’autre, chacun voulant immortaliser ce moment. Des photos qui seront par la suite véhiculées parmi les proches ou sur le net pour montrer ce petit coin de paradis.
Notre balade se poursuit. Direction l’île-au-Phare, aussi connue comme l’île-aux-Fouquets, faisant partie de notre patrimoine et qui a été proclamée Islet National Park sous la Wildlife and National Park Act. D’une superficie de 2,49 hectares, elle fut répertoriée par les Hollandais en 1598. Elle est réputée pour son phare qui autrefois roulait au kérosène et qui a subi hélas au cours des années une grande détérioration. Construit en 1864, le phare est aujourd’hui dans un état de délabrement avancé. La rampe ayant disparu, on ne peut plus accéder à ses escaliers en spirale façonnés en pierre taillée.
Des souterrains qui se remplissent d’eau de pluie approvisionnent l’île durant toute l’année. On est séduit par ses hauts rochers en forme de criques, on peut même avoir une vue magnifique de l’endroit à travers une fenêtre qui est aujourd’hui quasi inexistante. Tel un cadre vide figé dans le mur et qui pourrait laisser libre cours à l’imagination fertile d’un artiste peintre ou d’un photographe averti qui aurait l’oeil pour capter sa nature, l’île-au-Phare reste mystique et envoûtante, avec ces vagues qui se heurtent aux gros rochers dans un fracas assourdissant provoquant dans certains endroits fissurés de magnifiques jets d’eau.
Repérage
Presqu’un enchantement, pour un adulte devenu enfant, l’espace d’une découverte de ce lieu. Un crabe vivant a trouvé refuge sur un rocher et se laisse dorer au soleil sans s’encombrer du cliquetis de la caméra braquée sur lui. Un scinque de bojer, lézard unique au monde et de couleur dorée surpris par les visiteurs venus le déloger dans son rocher, se dépêche de regagner son abri. Joan Lamy a pu prendre en photo un des scinques. Il en existe environ 500 spécimens sur l’île. L’île-au-Phare est aussi connue pour ses arbres comme le veloutier argenté, le pourpier marin, le bois de matelot. Fait notable, on n’a trouvé aucune ordure sur l’île. L’envol d’une mouette nous tire de notre rêverie. À défaut d’un simple carnet et d’un stylo, on voudrait bien avoir des crayons de couleur en mains pour dessiner et peindre à l’aquarelle, ce paysage magnifique qui s’offre à nos yeux.
Quand on visite une île, il est essentiel d’avoir des points d’ancrage de repérage. Comme un arrêt sur le temps, chaque visiteur hume cette partie de l’île différemment. Certains en ressortent nostalgiques d’un souvenir d’un temps à recomposer avec le passé, d’autres sont sous le charme avec cette envie de revenir et d’explorer ces îles plus en profondeur. Le Sud, c’est aussi un folklore, une scène de vie quotidienne avec pour décor une mer aux couleurs pastel. Le concept Eco-Green entre aussi en ligne de compte car tout est fait par les autorités concernées pour protéger l’environnement. Le Sud, c’est bien sûr aussi l’île-aux-Cerfs, devenu un lieu de party le soir pour les clubbers. Par sa configuration et son lagon translucide aux couleurs contrastées et sa flotte de bateaux faisant sans cesse le va et vient, l’île-aux-Cerfs est un paradis des sensations fortes. On peut y faire du parasailing, très populaire et qui permet d’avoir une meilleure vue de l’île.
Le sérieux lifting qu’a connu cette partie de l’île permet d’allier plaisir et détente. En 2012, après le désensablement dans le Canal Grand Courant, l’île-aux-Cerfs a retrouvé son éclat. Seul inconvénient, le banc de sable qui reliait l’île-aux-Cerfs à l’îlot-Mangénie a été enlevé, il faut maintenant prendre le bateau pour se rendre sur la seconde, réputé pour ses barbecues.
Après ces visites sur les îles, c’est un bateau pirate qui nous accueille pour un moment de détente au son du séga. Jean-Pierre Clency Mirbelle souligne que beaucoup apprécient les randonnées dans le Sud. « Le bateau à fond de verre au parc marin de Blue Bay est aussi très populaire. Les gens aiment ce type d’attraction qui leur permet de découvrir ce que renferment les fonds marins. » Le skipper évoque aussi les nombreux développements qu’a connus le Sud. « C’est une partie qui renferme des histoires, notamment celle des premiers arrivés sur l’île, les Hollandais. Cela diffère des loisirs à terre. Ici, chacun donne libre cours à son imagination, s’enrichit. On peut même voir l’épave Dalber, échouée en 1904. Un touriste qui vient dans le Sud ne vient pas seulement pour la détente, il y découvre l’histoire de Maurice. » Et c’est avec un sentiment d’enrichissement qu’on revient sur terre avec l’objectif de protéger davantage cet héritage du Sud que nous a légué la nature.