En route pour le restaurant Les Robinsons, à Albion, je me faisais à moi-même une réflexion sur la cuisine française, la thématique de notre rubrique. J’avais tout le loisir pour penser à cette cuisine qui fait la fierté de la patrie d’Astérix. En fait, nous autres, c’est-à-dire, le reste du monde… (tous ceux qui ne sont pas Français), nous avons dans notre tête un quarté d’images qui défilent lorsque nous avons à associer la France et ses produits. Les cuisses de grenouille et l’escargot (à vous de déterminer l’ordre !), le vin et le camembert, qui emboîte le pas au p’tit rouge.
Il y a d’autres spécialités régionales qui contribuent à la renommée nationale et internationale de la gastronomie française. Mais quitte à courroucer Pierre, Jean, Martin, Charlotte, Marie, Chantal et les autres, si les Chefs français sont les meilleurs du monde, la grenouille et l’escargot demeurent les clichés inoxydables de leur cuisine. Et nous autres, c’est-à-dire le reste du monde, nous avons du mal à imaginer l’horrible batracien et le gluant gastéropode en gratin ou persillé !
Mais bon, qu’à cela ne tienne, les Sud-Coréens sont friands d’oeufs fécondés de canard ou de poulet dans certains cas. Je préfère passer sur les détails. Et dois-je vous dire sur quoi vous risquez de tomber en faisant un tour dans un food court à ciel ouvert en Chine ? On pourrait comme ça faire le tour du monde des spécialités les plus étranges. Mais restons en France…
Demandez à un Chef italien, australien ou espagnol, pourquoi la haute gastronomie française est mondialement connue et détient un prestige indétrônable. Il vous répondra, à coup sûr, que… “c’est une impression”. Il développera, en arguant que les pays francophones sont envahis d’émissions culinaires françaises, que les plus grands toqués de l’Hexagone ont ouvert des restaurants à travers le monde, surtout au Japon et aux États-Unis, et que les hôtels de luxe croient toujours et encore au prestige du Chef Exécutif français. Ce qui n’est pas faux.
Mais il est aussi vrai que la France est le pays des grands Chefs. Et dont la tradition gastronomique ne date pas d’hier. Celle-ci a évolué dès le Moyen-Âge. Des banquets de Guillaume Tirel aux techniques raffinées de François-Pierre de La Varenne, de la cuisine considérée moderne d’Auguste Escoffier à la pâtisserie révolutionnaire de Marie-Antoine Carême, connu comme “le roi des chefs et le chef des rois”, la France a enfanté des génies de la cuisine et des inspirateurs qui ont façonné des noms comme Paul Bocuse, Raymond Olivier… On doit à la France une marmite d’inventions élaborées soigneusement ou réalisées à partir de ratés, qui sont aujourd’hui les plus grands classiques de la cuisine et de la pâtisserie. Et pour les becs sucrés, que serait la pâtisserie sans le mille-feuille, le chou, l’éclair, l’opéra, la tarte, le macaron, la dacquoise, la chantilly, le gâteau au chocolat ou encore la crème brûlée ? N’oublions pas le croissant ! Depuis bientôt deux ans, la gastronomie française est entrée, à juste titre, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
En pensant à cette riche culture gastronomique française, j’ai eu le sentiment que je devrais sans doute me lancer dans des recherches approfondies pour savoir, une fois pour toutes, s’il existe une cuisine mauricienne authentique… On en reparlera !