En ce début de 2015, deux faits économiques incontournables retiennent l’attention au ministère des Finances de même qu’au sein de la communauté des affaires. D’abord, la faiblesse de l’euro vis-à-vis de la roupie avec le taux évoluant pour l’une des rares fois sous la barre des Rs 39. Ce phénomène inquiète les opérateurs économiques, notamment dans les secteurs du tourisme, du Business Process Outsourcing (BPO) et dans une certaine mesure le textile destiné à l’exportation en Europe. Ensuite, la baisse du cours mondial du pétrole, soit 50 % inférieur à la pointe enregistrée à la mi-2014 ou encore son cours le plus bas de ces derniers 66 mois. L’évolution du prix du baril de pétrole sur le marché mondial relancera, à coup sûr, le débat sur une éventuelle réduction du prix du litre de carburant à la pompe à Maurice. Ces deux facteurs conséquents et hors de contrôle dominent le débat sur le plan économique à l’hôtel du gouvernement où le puzzle du budget 2015 est en voie d’être constitué.
À l’ouverture du marché, hier matin, le monde des affaires a été servi d’un rappel à l’ordre sous la forme d’un taux de change de l’euro sous la barre des Rs 39, presque du jamais vu ces dernières années. Jusqu’au mois d’août de l’année dernière, la monnaie européenne évoluait dans une bande entre Rs 41 et Rs 42. Avec le taux de Rs 38.48 d’hier matin, le manque à gagner sur un euro était de Rs 3.26 d’une année à l’autre car au 7 janvier 2014, l’euro était coté à Rs 41.75.
Ce matin, l’euro a connu une légère correction pour se retrouver à hauteur de Rs 38.94, quasiment le même que celui en vigueur le 30 décembre, soit toujours un taux inférieur au seuil de Rs 39. Avec les derniers événements économiques dans la zone euro et l’incertitude par rapport aux graves problèmes de la Grèce, les opérateurs économiques sont dubitatifs quant à un éventuel redressement sur ce front. Depuis le début de novembre de l’année dernière, l’euro a plongé sous les Rs 40 et n’est remonté au-dessus qu’en une seule occasion, soit le 21 novembre avec un taux de change de Rs 40.03. Depuis, la glissade se poursuit jusqu’à démarrer la nouvelle année sous Rs 39.
Dans les milieux des affaires, les appréhensions peuvent être difficilement occultées en ce début d’année tout en exprimant le souhait qu’avec l’installation du nouveau gouvernement de l’Alliance Lepep et le remplacement de Monsieur Roupie Forte à la tête de la Banque de Maurice, un nouveau coup de barre à la politique monétaire devrait être « forthcoming » dans les prochains jours. Les recettes des principaux secteurs économiques, notamment le tourisme, le BPO et également le textile à destination de l’Europe, sont libellées en euro faible.
« Aujourd’hui, nous faisons face à une double catastrophe. D’un côté, la faiblesse de l’euro et de l’autre un dollar américain qui se raffermit de plus en plus sur la base de robustesse des signes de reprises économiques aux États-Unis contrairement à la morosité en Europe. C’est clair qu’à Maurice la situation est insoutenable et que nous nous attendons à des mesures de la part du gouvernement. C’est l’heure de revoir et de revisiter tout le volet de la compétitivité de la roupie. Des piliers économiques, comme le tourisme et le BPO, en dépendent. Pour le textile, les débouchées d’exportation sur le marché américain de même que l’exploitation du potentiel en Afrique du Sud aident à atténuer les conséquences de la faiblesse de l’euro », commente Ali Parkar du Star Knitwear Group, interrogé par Le Mauricien.
Cet ancien patron du Joint Economic Council (JEC) ne rate pas l’occasion d’attribuer une partie de la responsabilité de cette situation à la politique de la roupie forte défendue contre vents et marées par l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick. « Cette politique avec pour préoccupation majeure l’inflation a généré un contexte économique stagnant avec un taux de croissance que de 3 %, un endettement des entreprises et la panne dans la création d’emplois productifs. C’est la conséquence de cette foi dans la roupie forte. Je suis sûr que les nouveaux décideurs politiques sont déjà plus que conscients de l’urgence d’une stratégie cohérente pour notre économie », poursuit-il en ajoutant que « la baisse du prix du baril de pétrole intervenant ces derniers mois sur le marché mondial crée l’espace voulu au gouvernement en vue de revoir toute la stratégie monétaire dans la conjoncture vu les risques minimes à une relance de l’inflation ».
D’autre part, l’évolution du cours mondial du pétrole, avec le baril coté dans la fourchette de 50 à 55 dollars américains lors des tradings en ce début d’année devra relancer incessamment le débat autour d’une nouvelle baisse du litre d’essence à la pompe à Maurice. Le cours du pétrole a atteint son niveau le plus bas au cours de ces derniers cinq ans et demi.
Le fait incontestable demeure qu’avec une consommation de quelque 1, 3 million de tonnes de produits pétroliers annuellement, le nouveau contexte des prix pétroliers permet à l’économie de réaliser des économies de l’ordre de Rs 8 milliards sur la facture d’importations, dont Rs 2, 4 milliards aux chauffeurs de voitures et autres véhicules et Rs 6 milliards pour les opérateurs économiques. Ces chiffres concernent les effets cumulés des trois baisses de prix successives adoptées entre le 23 août et le 6 décembre de l’année dernière.
Dès que la question d’une éventuelle nouvelle révision à la baisse des prix des produits pétroliers est évoquée, des milieux autorisés ripostent en soulignant que cette baisse de 10 % n’a pas résulté jusqu’ici en une réduction du coût du ticket de bus ou encore des tarifs de taxi sans compter le prix du pain.
« Force est de constater que la State Trading Corporation s’approvisionne en produits pétroliers au rythme d’une fois tous les 22 jours et que le prix payé à l’importation représente une moyenne, qui atténue les effets de fluctuations du cours mondial. C’est vrai qu’actuellement le cours mondial du pétrole est à son plus bas niveau. Dans la fourchette de 50 à 60 dollars américains le baril, des producteurs devront être poussés hors du marché », soulignent des spécialistes de la question.
La structure des prix des produits pétroliers comprend d’autres composantes comme le coût du raffinage, le fret, des éléments, qui ne sont pas en corrélation avec le cours mondial du pétrole et également les taxes et autres droits de douane. À Maurice, les prélèvements fiscaux sont de 47 % sur le prix du gasoil et de 34 % pour le diesel alors que la moyenne en Europe est de 61 %.
Néanmoins, un autre facteur susceptible de jouer au trouble-fête dans une baisse attendue des produits pétroliers est que les importations sont facturées en dollars américains, que la parité de la roupie avec le billet vert américain est au plus haut niveau même si en règle générale, chaque baisse d’un dollar sur le prix du baril du pétrole représente une réduction d’une roupie sur chaque litre d’essence. Affaire à suivre…