DIPLAL MAROAM

« Ce ne sont pas les pauvres qui ont inventé la pauvreté » Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix, 2006

Si l’éducation tertiaire, dont la gratuité a été annoncée par le Premier ministre (PM), constitue toujours un domaine de haute importance pour un pays en développement comme le nôtre, en revanche, les attentes de base de la population par rapport aux problèmes les plus pressants, tels la santé – qui, dans le contexte actuel, requiert un véritable électrochoc –, la fourniture d’eau 24/7, l’insécurité, la corruption, l’inégalité, etc, n’ont point obtenu de considération voulue dans son discours à l’occasion du Nouvel An. Beaucoup s’accordent même à reconnaître que Pravind Jugnauth a, tout bonnement, raté une belle occasion de creuser l’écart dans l’opinion. Certes, les fléaux de la corruption et de l’insécurité ont été effleurés mais rien de concret n’a été proposé permettant de changer le cap de manière décisive.

Pourtant, ils nous avaient promis de « libérer la société de l’emprise de la corruption, du favoritisme, du népotisme, du copinage ». Le manifeste électoral de l’alliance Lepep faisant également mention de « zéro tolérance pour la criminalité ». Or, pour 2019, il paraît que nous sommes partis pour du pareil au même, du business as usual, d’aucuns avançant même que pour un PM en sursis – l’affaire MedPoint oblige –, c’est un réflexe, somme toute, naturel. Mais, pour la population dans son ensemble, l’attente est immense. Vu que la corruption constitue un facteur endémique à la pauvreté et à l’inégalité, le peuple attend, en cette nouvelle année, une détermination intransigeante de la part de ses dirigeants en faveur de la bonne gouvernance et la transparence. Et ce n’est certainement pas en reproduisant les mêmes pratiques occultes et obscures que l’on reproche aux autres que l’on y parviendra.

Certes, le pouvoir d’achat d’une frange non négligeable de la population la plus vulnérable a connu une amélioration satisfaisante ces dernières années. Mais, l’important n’est pas tant de donner davantage que de corriger les disparités existantes. En effet, ce n’est pas la pauvreté qu’il convient de combattre mais la richesse car c’est du haut que se creuse l’inégalité. Dans une société caractérisée par des différences profondes, il n’y a rien de plus abominable que la démonstration insolente de la richesse par une poignée de privilégiés. Par ailleurs, que ce soit sur le plan individuel ou gouvernemental, un climat perpétuel de tension, de méfiance et de violence n’est jamais propice au progrès et au développement. Personne n’est à l’abri d’un vol, vol avec violence, d’un crime à caractère sexuel dans une société comme la nôtre et où la provocation, l’incitation à la débauche et les abus de toutes sortes sont omniprésents.

En cette nouvelle année, chaque citoyen de ce pays, femme et enfant, a le droit le plus légitime à aspirer à une existence sereine, saine et paisible.  Et il est évident que si nous sommes arrivés ces jours-ci à un point de grande inquiétude sur le plan de la sécurité publique, c’est que l’institution responsable de l’ordre et la paix dans le pays n’a jamais pu se hisser à la hauteur de nos espérances. Pourtant, une restructuration en profondeur de la force de l’ordre est annoncée depuis belle lurette. D’ailleurs, une mesure phare du manifeste électoral de l’alliance Lepep, notamment « l’affectation dans chaque poste de police d’un Law Officer » est jusqu’ici restée lettre morte. En effet, que ce soit un Law Officer ou un juge d’instruction, l’on ne peut lésiner sur les moyens lorsqu’il s’agit du problème de la sécurité. Car pour mener à bien sa mission, la police devrait être soutenue et encadrée par des professionnels. Et si c’était le cas, des affaires hautement médiatisées telles Nadine Dantier, Ackmez Aumeer, Vanessa Lagesse ou encore Michaela Harte, auraient déjà connu le dénouement tant attendu.

Pour nos dirigeants actuels donc, le compte à rebours a déjà commencé. La déroute de l’ancien régime en décembre 2014 tonne comme un avertissement annonçant les conséquences qu’ils pourraient à leur tour subir si la barque n’est pas redressée à temps. L’on se souvient, d’ailleurs, que même le bribe électoral de l’éducation gratuite n’avait pu permettre à SSR de remporter les législatives de décembre 1976.