UMAR TIMOL

Peut-être qu’il faut en finir avec les mots, cesser cette oeuvre, qui est de les dompter, de les torturer, ne plus désirer les mots, les effacer de ton corps, de ta mémoire, qu’ils ne soient plus, même pas un souvenir, un trou dans ton être, il est plus simple de vivre sans les mots, tourne-toi vers la lumière, contemple les béatitudes de la beauté ou réfléchis à l’horreur du monde, il est de nombreuses façons d’être, toutes légitimes, sans les mots, sans leur emprise, leur pouvoir et leur silence surtout, peut-être qu’il faut en finir avec les mots et renaître à autre chose, une autre syntaxe, une autre façon d’être, loin de soi-même, loin de tout, loin de leur désir, ton corps conjugué avec son deuil, la plénitude du présent qui s’achève dans celle de ton devenir, cela se fera sans les mots, cela ne peut être autrement, il faut en finir avec les mots, les exécuter sur l’autel de la lumière, d’une lumière, d’un visage peut-être, de la nostalgie peut-être, qu’importe, les oublier ici bas pour mieux les célébrer après, là-bas, au-delà de l’horizon, de tous les horizons, il n’y aura qu’un seul mot qui n’en sera pas un, un mot sans lettres, hors de toute langue, de toute grammaire, hors du silence alors que sa matière est faite de silence, un mot qui est poème mais qui ne peut l’être, un mot qui est hors de tout mais mot quand même, celui de son Être.