S.E.M. VINCENT DEGERT,

Ambassadeur de l’Union européenne auprès de la République de Maurice

S.E.M. EMMANUEL COHET,

Ambassadeur de France à Maurice

Le dernier rapport du World Economic Forum sur la parité entre les hommes et les femmes dans le monde (1) le confirme: l’égalité de genre progresse. Mais, elle progresse lentement, trop lentement : au rythme actuel, l’écart hommes-femmes dans les domaines de la politique, de l’économie, de la santé et de l’éducation ne se réduira pas avant 99,5 ans. Cela signifie qu’un enfant qui naît aujourd’hui n’aura probablement pas de chance de voir l’égalité se réaliser!

Où en est-on en matière de discrimination en Europe et à Maurice?

Si l’on regarde de plus près quelques chiffres en Europe et à Maurice, plusieurs faits s’imposent à nous :

Les femmes sont toujours sous représentées en politique:

Au sein de l’Union européenne (UE) : les femmes représentent seulement 30,5% des ministres de haut rang dans les États membres. Seuls 6 des 28 parlements nationaux sont présidés par une femme…et surtout 7 députés nationaux sur 10 sont des hommes.

À Maurice : sur 24 ministres, seules 3 sont des femmes et elles sont focalisées sur des thématiques dites sociales : éducation, affaires sociales et droits des femmes et famille alors que les thèmes régaliens comme la défense, les finances ou la justice restent l’apanage des hommes… À l’Assemblée Nationale, seuls 19,4% des députés sont des femmes.

Les inégalités hommes-femmes dans la sphère économique perdurent :

Au sein de l’UE : le plafond de verre reste une réalité dans le monde de l’entreprise; seuls 6,3 % des postes de PDG des grandes entreprises cotées en bourse sont occupés par des femmes. De plus, l’écart de salaires persiste ; à travail égal, les femmes gagnent en moyenne 16% de moins que les hommes.

À Maurice : dans le classement des ‘Top 100 companies’ de 2017, on comptait 3 femmes PDG. En 2018, l’écart de salaire mensuel moyen entre les hommes et les femmes était de 23%.

La violence faite aux femmes continue de sévir:

Au sein de l’UE : 1 femme sur 3 de 15 à 50 ans a subi des violences physiques et / ou sexuelles. L’an dernier 770 femmes sont mortes des coups de leurs conjoints ou compagnons.

À Maurice : 1 femme sur 4 a subi une forme de violence (2) d’un partenaire ou d’une personne autre que leur partenaire. En 2019, 8 femmes sont mortes et depuis le début de l’année 2020, déjà trois féminicides ont été perpétrés.

Ce 8 mars, comme chaque année, nous célébrons la Journée internationale des femmes. Le thème «  Je suis de la Génération Égalité : Levez-vous pour les droits des femmes  », nous interpelle tous sur cette discrimination persistante envers les femmes; on ne peut rester indifférent! C’est l’occasion d’appeler à une prise de conscience renouvelée et à une action forte pour lutter contre cette injustice. Cette année 2020 est particulière, car elle marque le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing sous l’égide des Nations unies considéré comme la feuille de route au plan mondial la plus progressiste en matière d’autonomisation des femmes partout dans le monde.

Alors que faisons-nous?

En Europe, si nous avons accompli des progrès – nous avons pour la première fois des femmes à la tête de la Commission européenne et de la Banque Centrale européenne – ces progrès sont encore trop lents. La nouvelle Présidente de la Commission, Madame Ursula von der Leyen, a d’ailleurs annoncé sa ferme volonté de mettre en place des mesures fortes pour promouvoir une égalité de salaires, améliorer la représentation des femmes en politique et lutter contre la violence faite aux femmes.

En 2019, Maurice était 115e sur 153 pays et perdait ainsi 6 places (109e en 2018) dans le rapport du World Economic Forum sur la parité entre les hommes et les femmes dans le monde. Si la parité est pratiquement réalisée dans la santé et l’éducation, on note un écart important pour la participation économique et la participation politique. Pourtant, le pays a connu certaines avancées : l’établissement d’un Parliamentary Gender Caucus et l’augmentation de la représentation des femmes au Parlement à l’issue de dernières élections générales. Et puis il y a des annonces fortes : celle de la ministre de l’Égalité de Genre au sujet de l’âge légal du mariage à 18 ans dans le cadre du Children’s Bill, un projet de loi attendu depuis plusieurs années qui sera bientôt présenté à l’Assemblée Nationale ; celle du Gender Equality Bill qui vise à renforcer la place des femmes dans la société, un projet également attendu depuis plusieurs années ; l’établissement d’un High-Level Committee sous l’égide du Premier ministre et le lancement d’une plateforme citoyenne d’ONG contre la violence envers les femmes…toutes ces annonces sont autant de signes encourageants de l’engagement des autorités et de la société civile pour que l’égalité de genre devienne une réalité.

L’égalité hommes-femmes est au cœur des traités de l’Union européenne; elle est de ce fait pleinement intégrée dans son action extérieure. C’est la raison pour laquelle, tant au niveau de l’Union européenne que des États membres, nous agissons de façon très concrète avec l’ensemble des acteurs de la République de Maurice pour faire avancer l’égalité entre hommes et femmes :

– La lutte contre les inégalités nécessite un engagement politique fort ; nous avons porté, depuis 2018, la question du genre au niveau d’un dialogue structuré avec le gouvernement. Ce dialogue dédié au genre nous permet de discuter et de fixer des objectifs sur tous ces sujets centraux qu’il s’agisse de l’amélioration de la participation des femmes dans la vie politique, de la réduction des inégalités de salaires ou encore de la lutte contre la violence faite aux femmes.

– Le cadre légal est fondamental pour traduire dans la réalité les engagements pris au niveau international. Par conséquent, nous mobilisons un appui technique au gouvernement pour l’élaboration de nouveaux projets de loi afin de favoriser l’égalité hommes-femmes, mais plus généralement de promouvoir de manière intégrée les droits humains, y inclus bien sûr les droits des enfants.

– La lutte contre les inégalités passe aussi par l’éducation et la sensibilisation. Nous réalisons des campagnes de sensibilisation contre les violences sexistes et sexuelles telles que Rise and Shine et nous soutenons les projets de sensibilisation de l’Ombudsperson pour les enfants et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Celle-ci a déjà sensibilisé plus de 10 000 personnes, y compris des jeunes et des femmes sur les droits humains et les voies de recours en cas de non-respect de ces droits. Elle a également récemment invité Nicole Ameline, Vice-Présidente du Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et ancienne ministre de la Parité et de l’Égalité professionnelle de la République française, à animer une série de conférences sur les droits humains.

– La société civile a un rôle essentiel à jouer au quotidien dans cette lutte. Nous soutenons ainsi de nombreux projets et encourageons notamment l’émancipation économique des femmes et des filles à travers l’éducation, la formation et le soutien à des initiatives génératrices de revenus. En 2018, à travers l’un de ces projets, une trentaine de femmes dites vulnérables du centre de l’île ont découvert ou retrouvé une activité génératrice de revenus ; ceci leur permet non seulement de contribuer au bien-être de leur famille, mais leur redonne aussi courage, parole et fierté.

Conclusion

L’UE et ses Etats membres continueront sans relâche à œuvrer au sein de l’Union européenne comme au plan international pour promouvoir l’égalité de genre. D’abord, parce que c’est une valeur en laquelle nous croyons. Ensuite, parce que l’égalité hommes-femmes est au cœur des engagements que nous avons pris au niveau international pour promouvoir et protéger les droits humains, soutenir le développement durable à travers des sociétés inclusives et ainsi bâtir un monde plus juste. Enfin, parce que l’égalité hommes-femmes relève d’une véritable rationalité socioéconomique : l’égalité hommes-femmes est non seulement un facteur de bien-être pour la famille, de paix et de cohésion pour l’ensemble de la société, mais également un potentiel souvent inexploité au service de la croissance économique.

Nous resterons engagés auprès du gouvernement et des autres partenaires mauriciens en faveur de l’égalité de genre. Nous sommes prêts à continuer notre action à tous les niveaux : dialogue politique, assistance technique, sensibilisation et projets concrets au bénéfice des femmes et des filles. Nous poursuivrons aussi notre plaidoyer pour plus d’égalité dans le monde du travail, permettant ainsi aux femmes et aux filles de réaliser leur plein potentiel et de contribuer de manière significative au développement économique du pays.

Mais pour agir efficacement, il faut une prise de conscience forte de l’ensemble des citoyens sur l’urgence de lutter contre toute forme de discrimination envers les femmes et les filles. Cette prise de conscience est essentielle pour guider notre action collective et faire de sorte qu’un enfant qui naît en 2020 voit l’égalité hommes-femmes se réaliser avant l’année 2119 !