À l’occasion de la fête du travail, célébrée ce lundi 1er mai, la parole est donnée à ces femmes qui doivent souvent affronter des conditions difficiles. Pour certaines, c’est la nature même de leur travail qui implique un défi quotidien. Pour d’autres, chaque fin de mois s’avère être un casse-tête vu leur mince salaire au bout de leurs efforts. D’autres encore ont fait le choix d’un travail nocturne pour mieux concilier leurs différentes responsabilités.
Ce 1er mai, qui aurait dû avoir les couleurs reflétant le respect du travailleur, se révélera pour Reshma Bheecah un jour sombre. Elle qui travaille comme « cleaner » à l’école Palma perçoit un salaire compris entre Rs 2 700 et Rs 2 900. « Mo la pay zamai stab, deza se enn premie fau pa », lance, d’une voix nouée, Reshma. Cette dernière en a marre des agissements de son employeur, déplorant qu’elle ne perçoit aucune aide financière pour s’acheter son uniforme de travail, que ce soit ses bottes ou son imperméable, et doive « même en retirer de ma poche » pour acheter son principal outil de travail, le balai. « Minis ti kose mercredi lor television zour ti ena gro lorag. Mo senti enn zeclair dan mo lestoma. Mo larm finn bien koule. Nu travay pa fasil. Depi 8h mo lekol, du lundi au vendredi. Jeudi, j’ai dû évacuer l’eau accumulée par les pluies, nettoyer le corridor après l’assemblée, rebalayer puis nettoyer la cour en entier, ramasser les feuilles et soulever jusqu’à cinq poubelles de déchets », reprend-elle.
Ayant trois enfants à charge, dont deux en bas âge, Reshma Bheecah se dit révoltée. « Pena payslip… Ena minis kan kose dan tele, pa kone ki soufrans nou, madam cleaner, ena. Mo dimann zott vinn filme nou la journe travay avan kose. Bizin netoy koridor, tir delo kan la pli tombe, plis lakour lekol grand. Mo netoy sa mo tousel. Zot fer boukou dominer kote cleaner. » Reshma dit cependant tenir grâce au soutien du syndicat de la CTSP : « Zott donn nou kourag pense ki nou pou gagn enn lapai desan. » En tant que mère de famille, elle se dit en souffrance de ne pouvoir subvenir comme elle le voudrait à l’éducation de ses enfants. « Pay nou direk, pa pass par kompani. »
Aurore (prénom fictif), elle, est employée dans une SSS et perçoit un salaire de Rs 1 500 comme « cleaner ». Elle se dit consternée par le traitement infligé à ceux qui exercent le même métier qu’elle. « Pena auken konsiderasyon. Gete ar ou lizie ki kantite travay nou fer, kombien gro poubel salete nou Sarie. » Son travail consiste à « nettoyer cinq panneaux, l’escalier, le corridor », mais aussi passer la serpillière… « Bizin lev par 5-6 gro poubel feuy, salete. Parfwa, si ena lisien ou satt mor, nou bizin leve. »
À la question de savoir pourquoi elle garde son travail, Aurore dira sans détour : « Nou finn reste pou gagn logmentasyon. Finn pense ek bann lane servis nou lapai ti pu monte, mai narien pa finn sanze. Si pa ti ena syndika pou dibout pou nou kouma Jane Ragoo, nou ti pou dan mare nwar. » Pour Aurore, ceux affectés au nettoyage des toilettes touchent déjà un salaire de « Rs 8 500 ». Raison invoquée par notre interlocutrice : « Zott anploye par PTA, nou par enn kompani prive. Nou fer enn demand ki lekol kott nou travay employe nou zott mem. Nou pe fer travay trwa dimoun e kompani pa donn nou enn lapai desan. Li revoltan. Dan Moris, ena 300 madam cleaners qui touchent dans la fourchette de Rs 1 500 à Rs 2 000. »
Pour Aurore, il est temps de mettre en place une structure. « On n’a ni frais médical, ni congé, ni de paie décente. Nou pa mem kapav pran kredi. Fer shopping, fer nou plaisir, pa dan nou vocabulair sa. » Pour autant, pas question pour Aurore de baisser les bras. « Salair desan li koumans apartir Rs 9 000 e nou souhaite ke sa 1er mai-la nou mesaz pou traverse. Nou konba pe kontinue ar Jane. »
Pour quelques roupies de plus
Elles débutent leur emploi quand les autres travailleurs rentrent chez eux et retournent à la maison lorsque les autres se préparent à partir au travail. Ces femmes assurant le « night shift » dans une conserverie de thon ont fait le choix de travailler la nuit pour des raisons précises : avoir quelques roupies de plus ou profiter de la journée pour s’occuper de leurs enfants.
Chaque après-midi, elles quittent la maison vers 17h pour attraper le transport de la compagnie. Leur rotation commence à 18h30. Elles termineront vers 4h30 le lendemain matin. Travailler la nuit n’est pas chose facile mais il faut bien gagner sa vie. « Auparavant, je travaillais dans le domaine textile. Quand l’usine a fermé ses portes, je me suis alors tournée vers le « seafood ». Ce secteur était approprié pour moi, étant donné qu’à l’époque, mes enfants étaient encore jeunes. Je pouvais m’occuper d’eux le matin et aller travailler le soir. Je rentre tout juste à l’heure le matin pour les préparer pour l’école », dit Shenaz, qui compte une vingtaine d’années dans ce secteur.
Brigitte avoue pour sa part que c’est la possibilité de toucher un salaire plus élevé qui l’a poussée vers le service de nuit. « Pour le « night shift », on paye en plus. Pour moi, c’était l’opportunité d’arrondir mes fins de mois. Quand je travaillais dans le textile, je faisais déjà des heures supplémentaires jusqu’à fort tard. Donc, ce n’était pas un problème pour moi de travailler la nuit. Toujours est-il que ce n’est pas évident. »
Ces femmes touchent autour de Rs 3 000 par quinzaine. Leur travail consiste à écailler ou émietter le poisson, qui est par la suite mis en boîte. Elles regrettent cependant que le gouvernement n’ait pas choisi de revoir le Remuneration Order pour le secteur EPZ. « Le salaire a été revu dans plusieurs secteurs, mais pas pour la zone franche, c’est dommage. Nous espérons maintenant que le gouvernement appliquera le salaire minimum rapidement. » Si ces employées du « seafood » reconnaissent que leur compagnie « fait beaucoup pour nous », elles estiment malgré tout que c’est « au gouvernement maintenant de faire sa part ».