La progression inéluctable de la dette publique au cours de ces dernières années, passant de Rs 238 milliards en décembre 2014 à Rs 267,1 milliards au 31 mars dernier et représentant 65,2% du Produit intérieur brut (PIB), sans compter les nouveaux chiffres du 30 juin prochain, suscite de graves appréhensions. Et cela, non seulement à Maurice où le leader de l’opposition, Paul Bérenger, a évoqué le problème à l’Assemblée nationale, mais également à l’étranger. Dans la dernière édition de son Annual Credit Analysis, en date du 26 mai, l’agence de notation internationale Moody’s Investors Service tire la sonnette d’alarme sur le fait que Maurice ratera le rendez-vous de la réduction de la dette publique à 50% du PIB d’ici à 2018. A ce stade, tout semble indiquer que le phénomène de l’endettement national sera un facteur incontournable dans le prochain budget que présentera dans un mois, probablement, le nouveau ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Dans sa première intervention à l’Assemblée nationale, mardi, il a fait état de la posture inconfortable de la dette publique dans la conjoncture, car l’économie aura besoin d’investissements dans l’infrastructure et d’autres projets d’envergure.
En attendant les données officielles de l’exercice financier du 30 juin, le tableau de la dette publique s’établissait comme suit au 31 mars dernier : Rs 267,1 milliards, soit une augmentation de Rs 29 milliards depuis décembre 2014. Un peu plus de 70% de cette somme, soit Rs 189,9 milliards représentent la Budgetary Central Government Domestic Debt (dette locale), en progression de Rs 24 milliards au cours de la même période avec Rs 10,4 milliards investies dans des Government Securities pour des opérations de stérilisation d’excès de liquidités dans le circuit bancaire. La dette étrangère est à hauteur de Rs 54 milliards.
D’emblée, Moody’s Investors Service souligne que « government debt is expected to stabilize, challenges ahead in achieving the statutory debt target ». Cette agence de notation émet des doutes quant à la capacité des autorités de réduire le ratio de la dette publique à 50% d’ici à 2018, au terme des engagements formels pris sous la Debt Management Act. « Under our baseline scenario, the government debt trajectory is unlikely to allow the government to achieve its statutory debt target of 50% of GDP by 2018. At 56.5% of GDP at year-end 2015, the statutory debt is primarily composed of government debt (general government debt: 57,4%, debt of State Owned Companies: 2,4%). As such we believe that the government will miss its target, though by a relatively small margin», conclut la dernière analyse de Moody’s sur Maurice.
L’agence de notation ajoute que cette prévision de l’évolution de la dette publique ne tient pas compte de tout « potential impact stemming from variations in the rupee’s value against the dollar or the euro, the two currencies in which the external is denominated, as the currency has remained relatively stable ». Elle fait également comprendre que, « nor do we expect that large contingent liabilities will crystallize onto the government’s balance sheet. While the government has a track record in intervening to support institutions deemed systemic or strategic, its interventions have historically been contained to low levels relative to GDP or government revenue ». Par ailleurs, au cours de ces cinq dernières années, les Net Acquisitions in Financial Assets du gouvernement ont représenté 0,6% du PIB ou 3% des revenus publics, y compris lors du Contingency de l’écroulement de l’empire du Chairman Emeritus de BAI, Dawood Ajum Rawat, en avril de l’année dernière.
L’Annual Credit Analysis de Moody’s soutient que la position de Maurice se compare défavorablement à d’autres économies comme le Panama, Trinidad et Tobago ou l’Uruguay, selon la notation Baa. « General government debt is high compared to peers. Moreover, its interest payment/revenue ratio is among the highest of its Baa-rated peers and remains a credit negative. Mauritius lost several years of consolidation because of the 2007-08 global financial crises, to which it responded with a more expansionary fiscal stance to cushion against the slowdown in global demand. In 2008, general government debt reached a trough of 44.2% of GDP, and then gradually increased to its current level. »
La « Mauritian definition » de la dette publique
Définissant le profil de la dette publique, Moody’s met l’accent sur le poids des placements du Fonds National de Pension. Au 31 décembre dernier, sur un portefeuille d’investissements de Rs 101,9 milliards, Rs 56,4 milliards ont été placées sous forme de Government Stocks and Bonds et de Bons du Trésor, représentant 30% de la dette du gouvernement alors qu’à la fin de 2014, cet indicateur n’était que de 16%.
Toutefois, Moody’s concède que « government debt is mostly domestic, with an estimated average maturity of 4,8 years currently versus 3,5 years two years ago. The external part of the debt is small (around one quarter of the total debt) and mostly owed to bilateral and multilateral lenders on concessional terms, and the currency composition consisted mostly of US dollars (42%) and euros (32%). The government continues to pursue its dual strategy of reducing refinancing risks and increasing average maturity ».
Moody’s ne manque pas de faire état de ce que le leader de l’opposition a présenté comme étant la « Mauritian definition » de la dette publique. « On the debt ceiling, it should be noted that the government changed its definition, which is now based on the net debt of the general government, plus the debt of a determined perimeter of state-owned enterprises (SOEs), whereas before the definition was the gross debt of the same sectoral perimeter. The former is derived from the latter by netting out government cash and is as a result less restrictive. The debt of SOE’s that are being consolidated is small in relation to GDP (2.4% of GDP at year-end 2015), as too is the cash that is netted out (3.2% of GDP at year-end 2015) », note l’agence de notation internationale.
De son côté, Paul Bérenger maintient que la situation de la dette a atteint un seuil critique et ajoute : « I do not think anybody takes very seriously the ‘Made in Mauritius’ definition of our public debt for the purposes of a law that was voted. That is a waste of time. Let us use the accepted international definition. If I am not mistaken, Minister Lutchmeenaraidoo used this ‘Made in Mauritius’ definition whereas the present Minister of Finance has used the internationally accepted IMF definition. »
S’appuyant sur les données officielles, le leader du MMM affirme que « we have completely missed the target in terms of public debt ». Au lieu de voir une réduction dub ratio de la dette publique de 60% à 58,6% du PIB, comme annoncé dans le discours du budget, cet indicateur est passé à 65%. « What is admitted by the IMF, by the World Bank, by everybody, the accepted level of public debt is 60%. When we go above 60%, alarm bells start ringing. That is the accepted barème», s’est-il appesanti.
Paul Bérenger a lancé un appel au nouveau ministre des Finances pour que celui-ci prenne au sérieux la question de l’endettement national par rapport aux injections des milliards de fonds publics dans la MauBank Ltd. « The new Minister of Finance should look very carefully at figures. We are already in trouble and, if we are not careful, we will be in very serious trouble as far as the public debt is concerned », a-t-il prévenu. Il a ajouté qu’il compte revenir sur ce point crucial lors des débats parlementaires sur le Budget 2016/17.
Se gardant de dévoiler ses batteries de manière prématurée, Pravind Jugnauth, en prélude au prochain budget, a souligné que « we should see to it that whatever we do, we do not jeopardise the future of this country ». Il révélera qu’on se trouve devant des choix cornéliens. « Again, this is a vicious circle where we are today. We should try not to increase public debt on the one hand. On the other hand, through the vision of this Government, we want to invest further in infrastructure and so many other projects. Where will we get the money? We have to borrow. Whether it is foreign borrowing or it is local borrowing, it is still going to impact on the percentage of the debt as to GDP », dira-t-il dans l’attente d’élaborer la formule magique à la presentation du budget.
Un autre os dur pour le nouveau Grand Argentier évoqué de manière séparée par le leader de l’opposition et Moody’s Investors Service porte sur le déficit budgétaire. Paul Bérenger avance que cet indicateur budgétaire est maintenu sous contrôle « at the expense of Government capital projects and  the capital expenditure by government curtailed drastically ».
Des choix cornéliens
Le déficit budgétaire passant de 3,2% en 2014 à 2,8% du PIB en 2015, Moody’s met en exergue le fait que « this improvement in the headline deficit, however, masks a deterioration in the operating balance of the government and, as a corollary, an improvement in the capital balance resulting from important cuts to capital expenditures ». En 2015, les coupures au budget de développement (CAPEX) ont été de l’ordre de 38%, alors que les revenus ont enregistré une croissance de 5,6%.
« We forecast that the government deficit will average 3% of GDP over the next two years (still based on a calendar year) which is in line with the government medium-term budgetary plan. However, in accordance with the change in the government spending mix in favour of current spending and to the detriment of CAPEX, and running contrary to the government’s budgetary plan, we believe that the operating balance risks remaining large going forward», anticipe l’agence de notation internationale qui rappelle que « social spending has been one of the fastest growing spending items over the last few years (+14%) and accounted for 27% of current spending in 2015. Last year, the government increased social security allowances, increasing this budget item by 25%. »
Même si Moody’s ne prévoit pas de changements substantiels dans les orientations économiques et même avec un taux de croissance de 3,6% en 2016 et de 2,7% en 2017, le secteur des services financiers est présenté comme une des sources potentielles de risques systémiques : « The financial sector has been the principal source of foreign exchange earnings in Mauritius but it is also a source of vulnerability. As such, the authorities face the challenge to continue fostering domestic and foreign investment, ensure the country’s financial stability – a critical element for Mauritius’s macroeconomic stability and the government’s ability to raise funding; and consolidate public finances. Changes to Mauritius’s Double Tax Avoidance Agreement (DTAA) with India is the most recent manifestation of these challenges. »
En tout cas avec la problématique de l’endettement, l’incontournable déficit budgétaire et les effets décalés des changements dans le traité fiscal indo-mauricien, the scene is set for the next budget .