La Mauritius Export Association (MEXA) a fait un vibrant plaidoyer en faveur du renouvellement, pour encore 15 ans, de l’Africa Growth and Opportunities Act (AGOA), qui expire en septembre de l’année prochaine. « Sans l’AGOA, les produits textiles mauriciens auraient disparu du marché américain », a souligné Maurice Vigier de Latour, qui a suivi ce dossier durant de nombreuses années. De son côté, Lilowtee Rajmun, directrice de la MEXA, a insisté sur le fait que le non-renouvellement de l’AGOA affecterait non seulement le secteur textile, mais aussi  d’autres produits exportés vers les États-Unis, dont ceux issus du secteur de la bijouterie et du “seafood”. « Il faut renouveler non seulement l’AGOA, mais aussi la provision concernant le 3rd Country Fabric », a-t-il insisté. De son côté, le président de la MEXA, Philip Ryle, a réclamé un allégement des règles d’origines concernant les exportations des “seafoods” vers les États-Unis.
Le sommet États-Unis/Afrique aura lieu à Washington les 5 et 6 août prochains et coïncidera avec le Forum régional des affaires de l’AGOA. Le Premier ministre, qui participera au sommet USA/Afrique en compagnie du ministre des Affaires étrangères Arvin Boolell et de l’ambassadeur Milan Meetarbhan, quitte d’ailleurs le pays cet après-midi. Parmi les autres membres de la délégation mauricienne figurent la secrétaire aux affaires étrangères par intérim, Usha Dwarka-Canabady et Soraya Ramjanally, Senior Trade Policy Analyst, Regional Integration and International Trade. La MEXA sera, elle, représentée par Hemraj Ramnial.
Outre la dimension politique de cette manifestation au niveau des chefs d’État, qui est organisée pour la première fois par les États-Unis, il sera également beaucoup question des relations commerciales des États-Unis avec l’Afrique à travers l’AGOA. Les dirigeants de la MEXA se sont longuement appesantis sur l’importance de l’AGOA pour un pays comme Maurice. Ils ont soutenu que Maurice est un “role model” en termes d’intégration verticale avec la production de fil et de tissus dans l’île, mais aussi d’intégration régionale : la totalité du coton utilisé à Maurice est en effet importée d’Afrique. De plus, plusieurs entreprises mauriciennes ont créé des unités de production de textile dans plusieurs pays africains, à commencer par Madagascar et la Tanzanie. Une délégation éthiopienne était d’ailleurs à Maurice la semaine dernière en vue d’attirer les investisseurs mauriciens dans le domaine textile.
Maurice Vigier de Latour a expliqué que les exportations vers les États-Unis ont enregistré une croissance de l’ordre de 95% entre 2008 et 2013, passant de Rs 3,4 milliards à Rs 6,7 milliards. Les produits non textiles, eux, ont représenté 10% des exportations durant les cinq dernières années. Grâce à cette croissance, quelque 5 000 emplois ont été créés. En plus de cela, des investissements de l’ordre de Rs 500 millions additionnelles ont été enregistrés dans le secteur de textile et de l’habillement. En outre, ce secteur a connu une intégration verticale de manière à répondre plus rapidement aux demandes des consommateurs étrangers et à rendre les produits textiles mauriciens plus compétitifs par rapport aux acheteurs internationaux.
Les exportations de textiles vers les États-Unis avaient connu une augmentation sensible après l’entrée en vigueur de l’AGOA en 2000. Entre 2000 et 2002, les exportations avaient enregistré une hausse de 22%. Avec le démantèlement de l’accord multifibre en 2005, les exportations avaient alors enregistré une baisse sensible en raison du départ de plusieurs opérateurs vers la Chine. Il a fallu attendre 2008 pour voir l’industrie connaître un nouvel essor avec l’introduction de la provision concernant le “Third Country Fabric”. Par ailleurs, les produits non-textiles – dont la bijouterie, les produits de pêche et l’ingénierie légère – ont représenté quelque 43% des exportations vers les États-Unis durant l’année 2013.
Selon Maurice Vigier de Latour, Maurice est « un exemple parfait » démontrant l’importance des pays tiers dans le cadre de l’AGOA, essentiel donc pour disposer d’un secteur textile et de l’habillement compétitif capable de générer des emplois et des revenus.
De plus, si le statut de pays moyennement développé (non-LDC) de Maurice a permis à l’industrie textile locale de s’intégrer verticalement et sur le plan régional, ce statut ne pouvait aider le pays à rester compétitif vis-à-vis de pays comme la Chine, qui pratique une production “low cost”, surtout entre 2002 et 2008. La provision de “Third Country Fabric” est, pour lui, une « nécessité pour l’industrie textile et de l’habillement » mauricienne parce que ce secteur est « de plus en plus orienté vers la mode ». Ce qui nécessite de la créativité et de l’innovation, en termes de technologies et de matières premières. Or, le continent dispose d’une variété limitée de matières premières. De plus, le prix reste l’élément le plus important pour les acheteurs.
Comme devait le souligner Lilowtee Rajmun, le risque de non-renouvellement de la provision de  “Third Country Fabric” pourrait entraîner une perte de Rs 4 milliards pour Maurice avec, pour résultat, une perte de quelque 8 000 emplois en raison de la hausse des coûts de production et la baisse conséquente des revenus. Ce qui forcerait les  entreprises textiles à réduire leur personnel.
De son côté, le président de la MEXA, Philip Ryle, a expliqué que les exportations du “seafoods” vers les États-Unis sont passées de Rs 144 millions en 2008 à Rs 240 millions en 2013. Il a plaidé en faveur d’un allégement des règles d’origines aux États-Unis.
Finalement, la directrice de la MEXA a tiré la sonnette d’alarme contre le risque d’un “graduation”  , soit un accord en dehors de l’AGOA avec Maurice, comme c’est le cas pour l’Afrique du Sud. Elle a insisté sur l’importance de l’extension de l’AGOA pour Maurice sans toutefois exclure à terme un accord de libre-échange avec les États-Unis, dont les produits bénéficient déjà de facilités hors taxes à Maurice.