La célébration de la dernière fête du travail avant la fin de la présente législature s’est déroulée dans des conditions faisant honneur aux Mauriciens en général. Nous sommes très loin des tensions qui ont marqué cette journée dans certains pays, dont la France, malgré le fait que plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont déplacées pour assister aux meetings organisés à Vacoas, pour le MSM, à Rose-Hill et Ébène pour le MMM et le PMSD, et à Port-Louis pour le Parti travailliste. La passion politique qui a marqué les participants aux différents rassemblements s’est terminée pour beaucoup dans des réjouissances à la plage.

Certes, les rassemblements politiques ont été l’occasion d’une manifestation de force, où chaque parti a pu montrer ses muscles et faire étalage de l’ampleur de la foule qui a répondu à son invitation. Mais au-delà de la guerre des foules, les principaux partis se sont livrés plutôt à une guerre psychologique et on peut dire que les quatre forces politiques en présence ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Certes, l’alliance gouvernementale, qui n’a pas lésiné sur les moyens, a rassemblé la plus importante foule. « Notre foule a été plus importante que celles des trois autres partis réunis », soutient ainsi le leader du MSM. Il faut toutefois reconnaître que les partis de l’opposition n’ont pas, comme on le dit si bien en kreol, « bat lamok » et ont rassemblé des foules qui leur ont permis de sortir la tête haute. Chacun peut maintenant se positionner sur l’échiquier politique en vue des prochaines élections générales, qui arrivent à grands pas.

A ce propos, l’alliance MSM-ML brandit déjà son bilan, en particulier celui de Pravind Jugnauth depuis son arrivée à la tête du gouvernement, en 2017. Toute l’action de cette formation s’articule à ce stade autour de la personnalité de Pravind Jugnauth, présenté comme un leader visionnaire ayant à cœur la modernisation du pays. Il dispose encore de plusieurs cartes en main, à commencer par le fait qu’il est le seul à détenir les prérogatives pour la dissolution du Parlement et pour fixer la date des prochaines élections. Il a également en main le budget qui sera présenté au Parlement le mois prochain en misant sur des mesures populaires. Il y a aussi diverses inaugurations qui l’attendent : infrastructures routières, Jeux des îles de l’océan Indien et Metro Express, entre autres. Cela suffira-t-il pour surmonter les mécontentements qui sont apparus dans différents secteurs ces derniers temps ?

Pour le moment, il se retrouve face à trois adversaires requinqués par leurs performances de mercredi, mais qui avancent en rangs séparés. C’est le Parti travailliste qui se présente à ce stade comme l’adversaire le plus redoutable. D’ailleurs, ses principaux orateurs, dont son leader, ont ciblé agressivement le Premier ministre actuel et leader de l’alliance gouvernementale. Navin Ramgoolam se présente comme le principal challenger de Pravind Jugnauth. La façon dont les journalistes de la MBC ont été renvoyés du meeting doit toutefois être déplorée, surtout à un moment où l’on célèbre à travers le monde la Journée de la liberté de la presse. Personne ne l’empêche de critiquer les pratiques de la station de radio et de télévision de Moka, mais il n’a pas le droit de mettre en péril la sécurité des journalistes qui étaient présents pour faire leur travail.

Le PTr réussira-t-il à capitaliser sur le succès de son meeting port-louisien pour rebondir au niveau national ? À Port-Louis, le leader des Rouges s’est gardé de parler d’alliance politique, bien qu’il ait rappelé que, dans le cadre de la politique de rupture, certains membres de son parti devront céder la place aux jeunes et aux femmes.

La foule réunie par le MMM à Rose-Hill a été au-delà des attentes de ce parti. Ce qui a conforté son leader, Paul Bérenger, dans la volonté de voir le MMM aller seul aux prochaines élections générales. Le PMSD, lui, n’a pas caché sa satisfaction devant l’assistance obtenue à Ébène, dans la cour de l’école hôtelière Sir Gaëtan Duval. Malgré son penchant pour le PTr, Xavier-Luc Duval a laissé la porte ouverte à toutes les possibilités d’alliance.

En gros, le 1er mai aura permis aux principaux partis politiques de jouer cartes sur table. La partie commence maintenant, mais les configurations qui s’affronteront se dessinent graduellement.

Jean Marc POCHÉ