« Face à la boulimie des hommes de notre temps, le choix de vie de radicale pauvreté de François d’Assise est un exemple », estime Suzanne Giuseppi Testut, membre de l’Ordre des Franciscains Séculiers (ofs), en visite au pays actuellement pour une série de conférences dans les paroisses. Cette laïque française engagée rappelle que le Saint d’Assise stigmatisé (1182/1226), canonisé en 1228 s’était fait « frère de tous les hommes et des plus pauvres ». Dans le cas particulier de notre pays, Suzanne Testut ne manque pas de rappeler un autre trait de caractère de François d’Assise : l’acceptation des différences.
Même si Suzanne Giuseppi Testut dit « respirer » la famille franciscaine depuis sa petite enfance, à la suite de la décision de sa soeur aînée, Marie-Claire, de se faire soeur de François d’Assise à l’âge de 18 ans, ce n’est, dit-elle, pas, pour autant, cela qui l’a décidé à marcher dans les pas du Poverello. En fait, ce n’est qu’après une première visite dans cette ville d’Italie à l’âge de 30 ans que Suzanne Testut avoue s’être laissée « touchée » par la « spiritualité et l’humanité » de François d’Assise.
« Plus je me suis laissée confrontée à ses écrits, plus je me suis rendue compte qu’il n’était pas né saint ; que François d’Assise était un homme avec ses qualités et ses défauts. Ce qui m’aura appris que je ne devais pas avoir peur ou avoir honte de mon humanité », dit-elle. Faisant usage de tous ses sens, poursuit-elle, François d’Assise « nous apprend à nous spiritualiser tout en étant homme ». C’est cet aspect du saint d’Assise qui, explique la laïque engagée au sein de l’ofs, l’aura appris à mieux connaître le Christ, « vrai Dieu et vrai homme ».
Son choix d’être franciscaine séculière plutôt que religieuse, Suzanne Testut l’explique par le fait qu’elle n’était « peut-être pas faite pour la vie religieuse ». Il s’était aussi, entre-temps, mise à poursuivre et à achever une formation en gestion et en sciences humaines. Après avoir, notamment, été le bras droit de son père au sein de l’entreprise de celui-ci, elle allait achever son parcours professionnel en qualité de directrice générale de la Médecine du Travail de la ville de Monpellier.
Depuis une quinzaine d’années, Suzanne Testut s’est engagée entièrement en tant que franciscaine séculière en mettant un terme à ses activités professionnelles avec, précise-t-elle, « les risques que cela comportaient ». A partir de là, elle commence à faire de l’accompagnement spirituel mais aussi à écrire. Chose à laquelle elle ne s’était jamais consacrée précédemment. Grandement soutenue par ceux qui l’entourent au sein de la famille franciscaine, elle s’y met.
Ainsi, en 2009 sort aux éditions Nouvelle Cité « La Déposition — Tu Sais Bien Que Je T’Aime », un parcours spirituel à l’école de Saint François d’Assise. Elle explique s’être inspirée, pour ce premier ouvrage, du thème de la déposition de François d’Assise entre les mains du Christ à l’image du Christ, lui-même, qui, au moment de sa passion, devait s’abandonner entre les mains du Père.
Elle rappelle, à ce propos, qu’au commencement même de son engagement, le Saint d’Assise s’était abandonné au Christ de Saint Damien dans l’église paroissiale. De même, elle explique qu’elle aussi, à sa manière, elle s’est« abandonnée entre les mains du Seigneur » quand elle a dû, d’abord, entamer une « traversée difficile » dans sa vie personnelle, mais encore quand il s’est agi, pour elle, de s’embarquer dans l’aventure de l’écriture.
De fil en aiguille, après le premier ouvrage de 2009, vient de paraître, cette année, toujours aux éditions Nouvelle Cité, « Les Mouvements Intérieurs de l’âme — Passions et Vertus Selon Saint François d’Assise et les Pères de l’Eglise ». Il est, ici, explique l’auteur, surtout question des Admonitions (avertissements, remontrances) du Saint d’Assise, surtout, à la fin de sa vie, à l’adresse de ceux et celles qui ne résistent pas beaucoup aux passions et des moyens pour s’en sortir.
Tout écrivain qu’elle est devenue par un concours de circonstances, Suzanne Testut récuse fortement vouloir « jouer à la savante ». Elle s’en tient à l’exemple de François d’Assise qui, rappelle-t-elle, n’avait pour théologie que celle de l’amour. « Ce fut, dit-elle, un simple ». Sans pour autant, bien sûr, qu’il ne fut un simpliste.
« Tout fils de marchand qu’il fut, il n’avait pas fait des études et écrivait très mal le latin
Bref, pour la franciscaine séculière, François d’Assise, ce n’était pas l’homme des grands discours mais un témoin de son temps qui, « animé par l’Esprit-Saint, parlait avec son expérience de vie ». Dans le même ton, la série de conférences que Suzanne Testut donne à travers les paroisses depuis le lundi 24 octobre et qui se poursuivra jusqu’au samedi 12 novembre s’adresse, dit-elle, à un large public. Et d’ajouter :« Riches ou pauvres, constate la franciscaine séculière, nous sommes tous pauvres de la Parole. »
A ceux — sceptiques — qui pourraient, par ailleurs, douter de la pertinence de la pensée d’un personnage — fût-il saint — du 13e siècle pour notre monde contemporain, Suzanne Testut trouve, au contraire, que la spiritualité franciscaine est, on ne peut plus actuelle. « Il s’était fait frère de tous les hommes et aussi frères des plus pauvres », rappelle-t-elle. « Quand on lui disait « tu es un saint », François d’Assise répondait : « Taisez-vous ! Je suis encore capable d’avoir des enfants ! « 
Pour elle, le Saint d’Assise n’a eu de cesse de prêcher pour que les souffrances des hommes n’arrivent pas à les engloutir. Dans le cas particulier de notre île, la conférencière souligne un autre trait de caractère de François d’Assise : l’acceptation des différences. Mais, pour elle, ce mystique italien stigmatisé rappelle, surtout aux hommes de notre temps, si peu enclins, en tout et pour tout, à pratiquer la tempérance, un choix de vie d’une pauvreté radicale.
Un exemple, note-t-elle, face à la boulimie des hommes d’aujourd’hui toujours insatisfaits de leur sort ; jamais assez envieux de ceux mieux lotis qu’eux mais tout autant très peu soucieux de tous ceux qui traînent bien plus loin derrière eux…
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La fin du programme des conférences 
—  Chapelle de la Pêche Miraculeuse, La Gaulette
(Jeudi 3 novembre : L’Importance du Regard
Vendredi 4 novembre : Le Pardon)
—  Eglise Notre Dame de Lourdes, Rose-Hill
(Mardi 8 novembre : La Déposition)
(Mercredi 9 novembre : L’Appel au Secours)
(Jeudi 10 novembre : L’Importance du Regard)
—  Eglise Notre Dame des Anges, Mahébourg
(Vendredi 11 novembre : Le Repentir
(Samedi 12 novembre : Le Pardon)