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En ces temps de pandémie et d’incertitude, l’inquiétude gagne les familles. Surtout avec toutes les nouvelles annoncées chaque soir par les autorités concernant les personnes à risques. Si actuellement il y a peu d’informations sur la vulnérabilité des femmes enceintes au COVID-19, il n’empêche qu’elles se sentent fragiles et craignent pour leur santé et celle de leur enfant à naître. Ce qui contribue à un climat d’anxiété. Témoignages à Week-End de deux futures mamans.

« J’en suis à huit mois de grossesse. Mon accouchement était prévu en mai. Mais à ma dernière visite à l’hôpital, on m’a dit que ce serait en avril, dans les prochains jours. Je stresse au maximum. Je vis la peur au ventre », raconte J.A, enceinte de son premier enfant. Chaque jour qui passe, son stress s’accroît. En traitement dans les services hospitaliers publics, elle dit craindre davantage pour sa santé et celle de son bébé à naître. « L’hôpital même inn téléphone moi pou dir mwa pas bizin vine mon rendez-vous pou évite tous risques, sauf en cas de douleurs », souligne cette future maman âgée de 20 ans. Malheureusement, dit-elle, elle a dû s’y rendre la semaine dernière et a même été admise. Un véritable calvaire.

C’était il y a deux semaines. J.A s’inquiète parce que depuis son réveil, elle ne sent plus son bébé bouger dans son ventre. Elle ressent d’ailleurs une lourdeur sur son estomac. Angoissée, elle appelle la station de police pour obtenir une permission de sortie pour se rendre, malgré elle, à l’hôpital. « Même si j’avais peur de me rendre à l’hôpital, je voulais y aller pour qu’un médecin m’ausculte et voie ce qui n’allait pas, pourquoi mon bébé ne bougeait plus », dit-elle. Mais les officiers de police lui recommandent d’appeler les services médicaux, notamment le SAMU, pour se déplacer. « SAMU dir moi ale asté sipa ki médicament après nou guété, car de toute façon pena l’ambulance. Zot dir moi li préférable prend mo propre transport pou al lopital », dit-elle.

“Pas de mesure particulière d’hygiène aux urgences”

Dans son entourage, les taxis qu’elle sollicite refusent de sortir, prétextant le confinement. Bravant l’interdiction de sortie, son père l’accompagne néanmoins à l’hôpital. Il est alors 21h. Certes, les urgences sont presque vides, note-t-elle. Mais sa crainte d’attraper le coronavirus  en milieu hospitalier subsiste. Surtout qu’elle ne voit aucune mesure d’hygiène particulière prise aux urgences. Pas de hand sanitizer par exemple, affirme-t-elle.

Après avoir été vue par un médecin généraliste, elle est auscultée par un gynécologue et finalement elle est admise en salle.  Encore une fois, les mesures d’hygiène manquent, dit-elle. Pas de masques ni de hand sanitizer à disposition, note-t-elle. Malgré ses craintes, elle doit rester à l’hôpital. Deux jours d’hospitalisation pour des tests. Heureusement son bébé se porte bien dans son ventre. Le médecin signe sa décharge le vendredi matin à 9h. Mais encore une fois, le problème de transport se pose. Il faut attendre une ambulance qui viendra on ne sait à quelle heure et qui transportera plusieurs autres patients. Si J.A prend son mal en patience, à 17h, n’ayant toujours aucune indication quant à l’heure à laquelle viendra l’ambulance qui l’a ramènera chez elle, elle sollicite un taxi pour rentrer. Fort heureusement, l’un de ceux contactés accepte.

Plus les jours de l’accouchement approchent, plus  l’anxiété grandit

Son accouchement étant proche, l’hôpital lui donne rendez-vous le mardi suivant.  Elle doit d’abord récupérer sa carte de rendez-vous en salle avant, prévient-on. Arrivé le jour du rendez-vous, c’est toujours la peur au ventre qu’elle prend l’autobus pour se rendre à l’hôpital. Cette semaine encore, elle doit se rendre à nouveau à l’hôpital. Mais le cœur n’y est pas. Plus les jours de son accouchement approchent, plus son anxiété grandit. « Mo pa pe resi mett mo confiance dans l’hôpital. Mo pensé éna plus beaucoup risque laba », dit J.A. Les nouvelles dans les médias ne sont pas réjouissantes, note-t-elle, craignant une infection pour son bébé. « Pa facile pou viv ek sa la peur là. Enn bébé li pli a risques. Ki garanti nou ena ki sa docteur, nurse ki pé guette nou la, zot aussi zot pa finn en contact ek lezot dimoun ki fini contaminé? » demande-t-elle.

C’est la même question que se pose E.S, une jeune maman de 35 ans. « Cela fait une semaine que j’ai les deux pieds enflés. De véritables pieds d’éléphants. J’ai beau coupé le sel, bu beaucoup d’eau, mis les pieds en l’air Rien à faire, mes pieds sont enflés et me font mal. Et j’ai très peur », confie-t-elle. Peur notamment de sortir de chez elle, peur aussi de se rendre à l’hôpital. Elle préfère se rendre à la pharmacie  pour obtenir des conseils. « Voyaz dans taxi meme mo per. Pa koné ki dimoun inn voyager, sipa parmi ti ena dimoun inn contaminé, si finn désinfecté taxi la avant… », explique-t-elle, soulignant qu’elle craint de se mettre elle et son bébé à risques.

Actuellement, dit-elle, elle préfère ne pas se rendre à ses rendez-vous à l’hôpital. Non seulement les taxis qui finissent d’accepter de faire une course ont augmenté leur prix par cinq, mais aussi et surtout par crainte d’attraper le virus. « Si mo ale trap sa virus la laba même ? » dit-elle, indiquant qu’elle préfère se tordre de douleurs dans son lit que de mettre sa famille en danger. « Mo pa resi dormi meme. Mo zis pensé ki pe arrivé dans pays mo tracassé », dit E.S. Une peur qui grandit chaque jour, surtout quand elle regarde ses pieds enflés. « Si ça continue, je vais être obligée d’y aller, mais je ne le souhaite pas », dit-elle. Du coup, elle privilégie les remèdes de grand-mères. Sans pour autant que son état s’améliore.  « Je ne vous cacherai pas que j’ai peur. Peur d’être malade. Peur des circonstances dans lesquelles mon enfant naîtra. Combien de temps encore cette situation durera ? » se demande-t-elle.