Non, la célébration du 8 mars ne sera pas, cette année, comme les autres. Non, cette fois, il ne sera pas possible de s’installer dans l’espèce de « routine » qui menaçait presque de faire de cette date une sorte de « Saint-Valentin » bis, où l’on sert aux femmes cadeaux et compliments pour leur universelle beauté (beauté qui n’est pas que physique et qui réside aussi dans leur exceptionnel courage, patience, et capacité à se sacrifier pour le bien-être des  autres )…

Cette année, la journée du dimanche 8 mars entend manifestement s’affirmer pour ce qu’elle est réellement : une Journée Internationale des Droits des Femmes. Parce que dans le sillage du mouvement #MeToo lancé il y a un an, il y a eu une véritable libération de la parole des femmes. Parole qui a enflé, et qui a débouché notamment sur l’arrestation et la condamnation du méga-producteur Harvey Weinstein, et sur l’indignation de l’affaire Polanski aux Césars. S’il en est ainsi dans ce monde privilégié, alors qu’en est-il du reste des femmes ?

Pourquoi « encore » parler des Droits des femmes ?

Parce que les faits sont là :

Au moins une femme sur trois a subi une forme de violence sexiste, souvent infligée par un membre de sa famille.

r Sur les 875 millions d’adultes analphabètes dans le monde, deux tiers sont des femmes.

r 750 millions de femmes et de filles sont mariées avant 18 ans.

r Plus de 200 millions de femmes ont subi une mutilation génitale, pour les empêcher de ressentir du plaisir.

r Dans certaines cultures, la préférence pour les garçons aboutit à une sélection qui s’opère avant la naissance et à l’infanticide des filles. En Inde, par exemple, on ne compte que 933 femmes pour 1 000 hommes, situation résultant de la « disparition » de 40 millions de femmes.

r  71% des victimes de la traite humaine sont des femmes et des filles.

r  50% des femmes assassinées dans le monde en 2017 l’ont été par leurs conjoints, contre 5% des hommes assassinés par leurs conjointes.

Les faits sont là. Et la situation empire. 

Un récent rapport de l’ONU affirme ainsi que les inégalités entre femmes et hommes s’amplifient malgré des progrès en matière de législation. Et que « les progrès en matière d’égalité et d’autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles et le plein exercice de leurs droits fondamentaux ont pris du retard en raison du déséquilibre historique et structurel qui subsiste entre les femmes et les hommes ».

De son côté, dans une résolution du 13 février 2019, le Parlement européen pointe le « recul des droits des femmes et de l’égalité hommes-femmes dans l’Union », qu’il s’agisse de protection sociale, d’éducation, de santé, d’égalité salariale, de droits sexuels et reproductifs ou de violence à l’égard des femmes.

Majoritaires en nombre, vu qu’elles constituent 51 % de la population mondiale, les femmes demeurent minoritaires en droits.

Alors aujourd’hui, il semble urgent, d’une part, d’accueillir la parole des femmes. Sachant que le silence, s’il a longtemps prévalu, ne rend pas certaines choses acceptables. Sachant que la parole est un acte, parce que ce qui n’est pas nommé n’est pas reconnu comme existant. Ainsi, jusqu’à récemment, la « period poverty » ou « précarité menstruelle » n’existait pas. Il a fallu que des femmes la nomment, qu’elles s’engagent comme Djemillah Mourade-Peerbux à Maurice avec son Ripple Project et d’autres à travers le monde, pour qu’on reconnaisse que le coût des « protections hygiéniques » constitue un problème. Le 26 février dernier, L’Ecosse est devenu le premier pays au monde à assurer la gratuité des protections périodiques pour toutes les femmes du pays. Une mesure qui a un coût annuel d’environ £24 millions, dépense jusqu’ici encourue par les femmes, alors même qu’elles sont moins payées que les hommes. Dépense estimée nécessaire alors que, selon l’association Plan International UK, des milliers de jeunes filles britanniques manquent régulièrement l’école car elles n’ont pas les moyens de se procurer des protections périodiques.

Alors oui, il est important que les femmes parlent. 

Mais pas que. 

« L’homme contemporain vit une époque de transition : il ne faut pas imaginer que c’est une guerre des sexes – tous les hommes ne sont pas les ennemis des femmes. Il faut en revanche accompagner le cri que les femmes lancent », estime le comédien et réalisateur Gilles Lelouche.

C’est aussi ce que dit l’artiste rap Casey dans une récente interview. « Je comprends les attentes du féminisme, mais pour moi, ce n’est plus le problème des meufs, c’est le problème des gars. Il faudrait leur expliquer qu’il est dans leur intérêt de se départir de leurs privilèges pour recréer un équilibre à peu près sain, dans un monde qui est empoisonné par ces rapports de domination. Mais qu’est-ce les hommes ont à dire du féminisme ? Qu’est-ce qu’ils vont lâcher ? Quel est l’homme du futur ? Comment les femmes et les hommes vont élever l’homme du futur ? Et on commence à en croiser des hommes du futur, ceux qui ont déposé leurs privilèges sans se sentir castrés, dépossédés, impuissants psychiquement et sexuellement, qui ont su mettre leur libido ailleurs que dans la domination de la meuf. C’est ça qui va changer la donne ».

Pas que des histoires de « bonnefemmes ».

Plutôt de bons et justes humains…