La production énergétique locale arrive progressivement à saturation, brandissant de plus en plus le spectre d’un black-out “à la mode indienne”. La solution pourrait résider dans les énergies renouvelables, à l’instar de l’énergie éolienne. Problème dans ce dernier cas : le coût de son installation et le manque d’espaces.
Eole, le dieu du vent, n’est pas content. Mais alors, vraiment pas content du tout. Lui qui souffle allégrement sur notre pays, toutes saisons confondues, voit son énergie stupidement gaspillée. Une ressource qui, si elle était judicieusement exploitée, nous apporterait pourtant de précieux mégawatts (MW), nous éloignant de l’enracinement aux énergies fossiles et, de facto, nous rapprocherait un peu plus du concept Maurice Île durable (MID).
Dans la région, les initiatives sont légion. À l’instar de l’Afrique du Sud, qui mise de plus en plus sur l’éolienne, ou encore de La Réunion, véritable modèle dans cette zone de l’océan Indien. Même Madagascar s’y met. Mais pas encore notre pays, qui reste malheureusement à la traîne dans ce domaine. De là à dire que l’énergie éolienne, à Maurice, n’est finalement que du vent, il n’y a qu’un pas… que l’on aurait pourtant aimé ne pas franchir.
Est-ce à dire que le secteur éolien n’a pas d’avenir chez nous ? Pas forcément. Preuve en est que les projets éoliens reviennent régulièrement sur le tapis. Notamment début 2012, lorsque le gouvernement indien avait promis son aide aux autorités en termes de formation de professionnels dans le domaine éolien. Dans la pratique, le flou reste de mise, comme celui entourant la société française Aérowatt et son projet de parc éolien de 18 MW à Plaine-Roche.
Manque d’enthousiasme.
Le problème, c’est que les autorités elles-mêmes qualifient de difficile la réalisation de nouvelles formules énergétiques, pointant notamment du doigt le coût faramineux de leur mise en chantier. Une vérité qui dérange, certes, mais une vérité tout de même. Car l’énergie éolienne nécessite de véritables engagements budgétaires, un gouffre financier sur lequel l’on comprend les réticences à s’engager. Et ce qui est vrai à l’échelle d’un État l’est tout autant sur le plan individuel. Il faut ainsi savoir que le prix d’une installation éolienne privée varie entre Rs 400,000 et Rs 1,5 million, dépendant de sa taille et de sa capacité de production. De sorte que le coût de cette indépendance énergétique ne peut être amorti qu’après un minimum de… 20 ans. On est évidemment encore loin de la solution photovoltaïque.
Outre le problème du dégagement d’une enveloppe budgétaire conséquente pour la mise en chantier d’un tel projet à l’échelle nationale, d’autres problèmes subsistent. Notamment celui du manque d’espaces pour l’installation de stations de production énergétique. Un parc éolien réclame en effet de grands espaces de terres vierges, même si ce constat vaut également pour l’énergie photovoltaïque.
Au niveau du CEB, Balraj Narroo disait récemment son scepticisme quant à l’octroi d’une part plus importante d’énergie verte dans la production nationale. S’il concède que celle-ci augmentera, il estime qu’il est invraisemblable de croire que “les énergies renouvelables remplaceront les énergies fossiles du jour au lendemain”.
Une solution pour l’Afrique.
Un triste constat révélé d’ailleurs par les chiffres de Statistics of Mauritius, qui rappelle qu’en 2011, Maurice a vu sa part des énergies renouvelables chuter de 3,8% à 2,4% de la production totale d’électricité du pays (de 100,3 GWh en 2010 à 62,4 GWh en 2011). Son capital énergétique, le pays le tire donc des énergies fossiles (hydrocarbures, charbon…), qui occupent plus de 97% des parts du marché.
Malgré son coût et ses demandes d’espaces, le secteur de l’énergie éolienne reste néanmoins une solution alternative largement plébiscitée. Une énergie non seulement propre, mais aussi perçue comme une réelle solution à la dépendance énergétique. Début novembre, une étude sur la question était d’ailleurs rendue publique lors de la dernière conférence économique africaine de Kigali. Le rapport qualifiait la mise en place de centrales éoliennes “d’approche originale pour les pays africains en quête d’assurer une croissance économique durable”. Huit pays étaient en voie de bénéficier de projets pilotes, en l’occurrence la Somalie, le Soudan, la Libye, la Mauritanie, l’Égypte, le Kenya, le Tchad et… Madagascar.
Maurice, de son côté, peine encore à s’engager dans cette voie. Plusieurs alternatives apparaissent en effet plus séduisantes, à l’instar de l’installation de sites photovoltaïques ou du rehaussement du niveau de digues de stations hydrauliques. Mais l’éolienne ne doit pas être oubliée pour autant. Car la formule a… le vent en poupe !