6,700 enfants des rues ont été recensés en 2012. Ceux qui les encadrent estime que le nombre a augmenté depuis. Ces enfants continuent à errer tandis que le développement économique est en plein essor. Le 26 novembre est une journée qui leur est dédiée. Scope a rencontré les enfants encadrés par l’ONG Safire à Verdun.

11h30. Les enfants de l’ONG Safire écoutent attentivement les directives de Marie Noëlle Pierre, éducatrice. Ils suivent des cours d’It’s tyme, un manuel dédié à l’entrepreneuriat. “Ils viennent ici pour suivre des cours d’entrepreneuriat depuis mars 2018 et un programme éducatif autour de l’agriculture avec le projet Nou Laferm. Ceux qui sont avec nous depuis l’année dernière savent comment élever des poules pondeuses”, souligne Bernard Delangre, coordinateur de Nou Laferm Safire. Les enfants ont également droit à une classe d’alphabétisation. Les bénéficiaires de Safire de Verdun viennent de La Ferme à Bambous, à l’exception d’un enfant qui habite Résidence Ste-Catherine à St-Pierre. Ils se rendent au centre de mardi à vendredi et sont âgés de 10 à 17 ans.

Bien se comporter.

Entre fous rires et bavardages, Ritchie, 13 ans, se chamaille gentiment avec ses amis. Il a arrêté l’école à 10 ans. Il a commis des délits et a passé son temps à traîner les rues. Assis avec ses camarades, l’enfant se sent bien. “J’aime être ici. Les éducatrices sont sympathiques. J’ai appris à cultiver la terre et à élever des animaux.” Il fait rire tout le monde. “Je me suis battu avec les enfants à l’école. Bann-la inn met mwa deor”, confie le garçonnet de Résidence Ste-Catherine à St-Pierre. “Avant, Ritchie faisait l’école buissonnière. En venant ici, il a changé de comportement. Il a énormément de talents. Il est toujours jovial et c’est un enfant qui est doué”, explique Shirley Moura, éducatrice. Ses parents le soutiennent mais il est influencé par les autres jeunes de son quartier.

À Verdun, les enfants apprennent comment bien se comporter. Dylan, 13 ans, a été expulsé de l’école pour la même raison. Il passait son temps à fuguer ou à rentrer tard chez lui. “Le souci vient de leurs quartiers. Ils sont très influençables”, confie Shirley Moura.

Issaie, 17 ans, se plaît à assister aux cours. “Les activités que l’ONG proposent m’intéressent. Elles sont plus intéressantes que celles proposées à l’école. J’ai appris des choses que je ne connaissais pas.” Il est à Safire depuis cette année. “J’ai rejoint l’ONG grâce à un ami. Là où j’habite, il n’y a pas grand-chose à faire. Je me plais ici”, dit cet habitant de Résidence La Ferme à Bambous.

Manque de loisirs.

“Les enfants que nous aidons viennent de familles séparées, recomposées ou à problèmes. Pour pouvoir tisser une relation de confiance, je vais vers eux à Bambous. Ensuite, ils me dirigent vers leurs parents. C’est ainsi j’arrive à mieux comprendre d’où vient le souci”, explique Shirley Moura. “Ces enfants n’ont aucun loisir. En sortant de l’école, ils n’ont rien. C’est pourquoi ils traînent les rues.” Les enfants manquent d’espaces pour s’amuser et pour canaliser leur énergie. Or, le temps de loisirs est important pour l’épanouissement des enfants. “Certains parents ont démissionné de leur rôle. Ils ne peuvent pas gérer leurs enfants.” Les familles démunies sont encore plus touchées.

“L’école n’aide pas toujours les enfants. Il y a ceux qui ont une capacité d’apprentissage plutôt lente”, dit Marie Noëlle Pierre. Les loisirs peuvent permettre aux enfants de se développer en cas d’échec scolaire. Safire leur donne l’opportunité de s’adonner à plusieurs activités qui les aideront plus tard. “Une fois la classe terminée, ils rentrent chez eux. Ils ont encore d’autres activités comme le cyclisme et le karaté”, précise Shirley Moura. Des activités qui les aident à mieux se construire.

Comment manger sainement.

Bernard Delangre ajoute que parmi les douze enfants présents aujourd’hui, deux seulement sont scolarisés. “À chaque fois que je me rends à Bambous, ils sont toujours en vadrouille. Je leur demande s’ils veulent rejoindre Safire”, dit Shirley Moura. Les enfants adorent venir à Verdun. Ils s’y plaisent et se sentent libres. “Ici, ils peuvent jouer avec leurs amis tranquillement. Ils ont le petit-déjeuner et le déjeuner à Nou Laferm”, dit Shirley Mourra, en gardant un œil sur les enfants. “Le taux de présence varie selon les jours. Comme on est en vacances, certains s’absentent.” Shirley Moura ajoute que si les enfants ne viennent pas, ils l’informent. “Ceux qui sont réguliers sont ceux dont j’ai rencontré les parents.”

Le cours d’entrepreneuriat terminé, les enfants jouent ensemble. Ils attendent leurs repas. Ce midi, ils mangeront des légumineuses. “Durant la formation, nous leur montrons comment manger sainement. Nous cultivons nos légumes avec des produits bios”, dit Marie Noelle Pierre. Elle inscrit sur une feuille les noms des enfants qui ont assisté à la classe, à côté de la table où les décorations de Noël sont disposées. Les enfants les ont confectionnées. “Nous allons célébrer Noël au début de décembre. Ils pourront ramener les décorations chez eux”, conclut Bernard Delangre.

La rue, leur territoire

“Les enfants qui viennent à l’ONG ne sont pas toujours des enfants qui n’ont pas de toit. Ils viennent souvent des familles à problèmes. Plusieurs ont vécu des situations très compliquées et n’ont pas été à l’école pour diverses raisons”, souligne Bernard Delangre.
De manière générale, les enfants des rues sont ceux qui errent dans la rue pendant la journée et rentrent dormir dans leur famille le soir. Ils sont souvent livrés à eux-mêmes et ne vont pas à l’école. “Notre but principal à Safire est de venir en aide aux enfants vulnérables afin qu’ils ne traînent pas les rues.” Ils viennent à Safire Nou Laferm à Verdun pour apprendre à cultiver la terre, s’occuper des animaux et suivent des cours d’entrepreneuriat. “Le projet Nou Laferm, créé en 2014, a été conçu dans le but de mettre un frein à leurs mauvaises habitudes. Ils sont tous très jeunes et n’ont pas le droit d’aller suivre d’autres cours académiques et ne sont pas en âge de travailler. La plupart ne vont pas à l’école. Ils n’arrivent pas à s’intégrer au système scolaire.”


Les statistiques

6,780 enfants des rues ont été recensés à Maurice en 2012. “Ce chiffre vient d’une étude menée par l’Université de Maurice sur le nombre d’enfants en situation de rue. Nous n’avons pas de chiffre actuel car aucune autre étude n’a été faite depuis 2012. Mais nos observations nous laissent penser que le nombre d’enfants des rues a augmenté.”


Collecte de fonds

Une quête aura lieu le 30 novembre et les 1er et 2 décembre à travers l’île afin d’aider l’ONG Safire. “Nous avons besoin de plus de fonds pour avancer dans notre travail”, confie Shirley Moura.