La guéguerre entre le Mauritius Turf Club (MTC) et la Gambling Regulatory Authority (GRA) a pris en fin de semaine dernière une tournure qui n’est définitivement pas à la hauteur des enjeux hippiques. La relation tendue qui existe entre ces deux instances se limite aujourd’hui au ridicule, si ce n’est à de l’enfantillage, car au lieu de résoudre les nœuds hippiques majeurs par la concertation et la négociation saine, chaque partie met en avant son orgueil et ses prérogatives. Comme deux enfants qui tapent du pied pour impressionner l’autre et qui montent les enchères jusqu’à ce qu’il y ait gain de cause. Et à ce jeu là, il n’y a jamais photo : c’est l’autorité qui gagne !

Figurez-vous que, samedi dernier, dans ce contexte d’affrontement digne d’enfants de classe préparatoire, à moins de deux heures de la réunion hippique, deux épreuves étaient menacées d’être purement et simplement annulées par la GRA. Cet organisme est allé jusqu’à brandir la menace absolue de révocation de licence d’un jockey pour que la situation se décante. Une solution extrême et mostly unfair pour une bourde originelle sur laquelle le jockey n’avait aucune emprise. La cause du grief est donc le remplacement précipité du jockey Holland, qui était pourtant déjà inscrit au programme officiel de jeudi. Ce remplacement accepté naïvement par le board des Racing Stewards du MTC n’aurait jamais dû avoir lieu, d’autant que les règlements ne le permettent qu’en cas de force majeure.

À l’origine de cet imbroglio, une décision finale jeudi dans l’après-midi du comité d’appel présidé par Mehdi Manrakhan— assistant du DPP —, qui confirme la suspension de deux semaines infligées par les RS initialement, mais contestée par le jockey Holland. Le ruling est clair et limpide : sa suspension prendra effet à partir de la journée du 17 août. Les décisions du comité d’appel étant finales, celle-là est donc entérinée. Excepté qu’à la surprise générale, le vendredi matin, le MTC annonce que le jockey Holland prendra sa suspension avec effet immédiat et qu’il ne montera pas en course le lendemain, donc le samedi 10 août. C’est là que les explications divergent et qu’il apparaît que certaines règles établies n’ont visiblement pas été respectées.

Le comité d’appel aurait donc de son propre chef modifié sa décision concernant la date du début de la suspension du jockey en l’avançant d’une semaine, c’est-à-dire le 10 au lieu du 17 août. Ce » e modification n’aurait normalement jamais dû avoir cours, car les décisions du comité d’appel sont finales et ne peuvent être modifiées par personne, même pas par le comité d’appel lui-même. En effet, dès qu’il a rendu son verdict, le comité d’appel devient inopérant, en termes légaux functus inofficio. Il y a donc là matière pour une enquête approfondie, d’autant que les RS ont avalisé sans broncher ce changement de décision en évoquant l‘article 227 des Rules Of Racing. En tout cas, le MTC a lourdement fauté dans cette affaire et mérite les réprobations unanimes.

Comment est-ce donc arrivé ? C’est là que les versions divergent. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu une demande de l’avocat du jockey Holland et de son entourage professionnel à cet effet. À qui ? Comment ? Pourquoi ? Le MTC a déjà mené une enquête interne et a pris les dispositions nécessaires. Du côté de la GRA, on évoque une possible entente délictueuse et elle s’apprête à faire une full inquiry sur cette affaire, avec aux commandes le nouvel homme de loi de cette instance, Ravi Yerrigadoo.

En tout cas, dès que le changement de jockey a été officialisé et que les paris ont été annulés vendredi, la GRA — sollicitée par ses protégés habituels à la rue Eugène Laurent — a exigé au MTC de rétablir le programme officiel initial avec le jockey Holland en selle. Ce qui fut ignoré jusqu’à samedi matin, lorsque la GRA a menacé le MTC d’annuler les deux courses où figurait le jockey de Ricky Maingard sur le programme. Les deux camps sont demeurés sur leurs positions jusqu’à ce que la GRA eut brandi la menace de révocation du permis de monter à Maurice du jockey Holland. Cette menace qui a eu son effet dissuasif est à notre sens un abus de pouvoir de la part de la GRA, car le jockey Holland n’a jamais été partie prenante d’aucune décision le concernant dans cette affaire. Son entourage a fait une requête qui a été consentie, illégitimement certes, par le comité d’appel, qui à son tour a été acceptée par le board des RS. En toute circonstance, « ti poule pas kapav paye pou ti kanard. »

Si le jockey Holland a finalement monté, l’a-t-il fait dans les meilleures conditions ? Là aussi nous pensons que la GRA a fait preuve d’un manque de jugeote grave, enclavée dans sa détermination de démontrer qui était « le mari ». Le jockey était-il dans un état psychologique et physique de monter dans de telles conditions ? Assurément non, car réintégré à 2 heures du programme officiel, il ne s’était pas préparé en conséquence, comme le font tous les jockeys la veille et le matin des courses. La performance médiocre de ses deux chevaux ne doit définitivement pas être prise en compte.

La GRA n’en finit pas de montrer sa partialité et son état d’esprit revanchard. Sa politique de protection des petits copains et la punition pour ceux qui ne sont pas de leur bord ou tout simplement neutres sont visibles comme le nez sur un visage. Ainsi, à quelques heures de la date limite pour le renouvellement des licences des bookmakers, trois des huit bookmakers off -course — en cessation d’opération depuis samedi dernier avec la promulgation récente des nouvelles Finance & GRA Acts — qui ont opté pour le on-course be$ ing n’avaient toujours pas reçu l’aval de cet organisme.

Pourtant, ces bookmakers ont enregistré leur demande avec tous les documents nécessaires en temps et lieu. De ce fait, les décideurs de la GRA avaient le temps nécessaire pour délivrer leur nouvelle licence. Mais visiblement, ils font du delaying tactics pour retarder au maximum leur entrée en opération. Une punition pour avoir osé contester… Combien de temps encore l’État peut-il permettre à ces petits chefs, des colonels autoproclamés — qui brossent les chaussures des dirigeants du jour, et là nous sommes polis —, à abuser de leur pouvoir pour punir ceux qui pensent autrement et les contestent en parfaite légalité ? Faudra-t-il un énième coup de pied au cul..te de la protection des montagnes par la justice pour que ces sangsues comprennent qu’on est dans un État de droit et que chaque citoyen doit être traité également en toute impartialité, quelle que soit sa sensibilité politique, sociale ou religieuse ?

En tout cas, ceux qui visent au renouvellement de leur mandat de parlementaires doivent entendre et écouter cette sourde et profonde colère que génèrent ces actes impartiaux chez les turfistes et la population en général. Surtout lorsqu’ils proviennent de ces officines paraétatiques où règnent les lèche-bottes et où l’abus de pouvoir est un art majeur. Il ne faut pas oublier que la glorieuse incertitude ne touche pas seulement les courses hippiques. Les urnes aussi peuvent être autant versatiles. Le citoyen, lui, n’est pas dupe et ne saurait se laisser berner par ce qui est au bout du compte des démarches d’enfants gâtés. Apparemment, les leçons de 2015 n’ont pas été retenues…