Après Françoise Labelle et Lysie Ribot dimanche dernier, c’était au tour du leader p.i du MMM, Alan Ganoo, de descendre sur le terrain hier après-midi pour constater de visu la situation de la dizaine d’enfants vivant à l’hôpital psychiatrique en attendant d’être pris en charge par un centre d’accueil. Les trois députés du MMM se disent « choqués, révoltés et très attristés » par ce qu’ils ont vu. « Ces enfants sont dans une salle cadenassée … Il n’est pas exagéré de dire qu’ils sont carrément emprisonnés ! » disent, indignés, ces trois députés. Le leader de l’opposition demande au comité ministériel qui doit trouver une solution pour ces enfants « de faire diligence ». Le ministre de la Santé qui fait partie de ce comité a déclaré au Mauricien à la mi-journée que cette instance se réunira à nouveau demain et soumettra son rapport au Cabinet vendredi. Par ailleurs, un centre d’accueil pour enfants très connu et dirigé par des religieuses a accepté d’accueillir une de ces filles mais attend la réponse de la Sécurité sociale.
Il y a actuellement 10 adolescents — six garçons et quatre filles —, qui habitent à l’Hôpital Brown Séquard en attendant de trouver un « shelter » pour les héberger. Certains d’entre eux y vivent depuis plusieurs années. La situation de ces enfants suscite l’indignation dans la population depuis quelques jours, forçant ainsi le gouvernement à mettre en place un comité composé des ministres Sheila Bappoo, Mireille Martin et Lormus Bundhoo avec pour attribution de trouver un lieu d’hébergement pour ces enfants “internés” à l’hôpital psychiatrique.
Pour leur part, les députées Labelle et Ribot, après une longue visite le dimanche 10 mars aux filles, sont retournées les voir dimanche dernier. Mais cette fois, les deux députées mauve n’ont pas eu la chance de les visiter par ordre de la direction. « Nous avons demandé à l’infirmière responsable de la salle si c’était pour des raisons de santé, elle nous a répondu que cette interdiction n’a rien à voir avec leur santé et elle nous a dirigées vers le Nursing Supervisor », raconte Lysie Ribot. Selon les deux visiteuses refoulées, le Nursing Supervisor leur a montré un mémo de la direction de l’hôpital demandant au personnel soignant d’interdire l’accès à ces enfants à toute personne sauf s’il s’agit d’une responsible party. Les deux députées ont aussi été informées qu’une personne ayant obtenu au préalable une permission auprès de la Child Development Unit ou de l’Ombudsperson for Children pourra approcher ces enfants. « Les filles comme les garçons sont désormais enfermés dans leur chambre. Nous avons pu néanmoins apercevoir les filles à travers la vitre dimanche dernier et elles nous ont fait signe », raconte F. Labelle. « On peut sans exagération dire qu’elles sont ni plus ni moins enfermées dans une prison » dit avec colère la députée du MMM.
En revanche, le leader du MMM a eu plus de chance hier après-midi que ses deux collègues féminins. La direction de l’hôpital l’a autorisé à rendre visite à ces enfants et il a pu les rencontrer en présence du personnel médical. « C’est une situation très triste. Même si je ne suis pas un professionnel de la santé, d’après ce que j’ai vu hier, ces enfants ne montrent aucun signe de trouble psychiatrique et ils sont bien physiquement. C’est vrai qu’ils ont d’autres problèmes, certains ayant un problème de comportement, d’autres, un handicap mental. Mais la place de ces enfants n’est pas dans un hôpital psychiatrique », soutient sur un ton catégorique Alan Ganoo au Mauricien.
Le cas de ces enfants à l’hôpital Brown Séquard a été à l’agenda de la dernière réunion du BP du MMM avant-hier et les trois députés qui leur ont rendu visite jugent la « situation inacceptable et grave » et demande au comité ministériel d’agir vite. « Il y a urgence et je demande à ce comité de faire diligence. C’est le rôle et le devoir du gouvernement en premier de trouver une solution pour l’hébergement et la prise en charge de ces enfants parce que l’État a les moyens financiers et le personnel nécessaire quitte à ce qu’il y ait par la suite un partenariat avec des organisations privées et fiables pour s’occuper de cette catégorie d’enfants. La collaboration est nécessaire dans ce domaine », soutient le leader p.i du MMM.
Lormus Bundhoo, ministre de la Santé et qui fait partie de ce comité ministériel, a déclaré à la mi-journée au Mauricien « que le travail de cette équipe est bien avancé ». « Ce comité se réunira à nouveau demain à 13 h 30 sous la présidence de Sheila Bappoo. Le rapport sera soumis au Cabinet vendredi », affirme le ministre de la Santé. Il rassure que ces enfants sont en bonne santé et qu’ils sont bien traités.
Lormus Bundhoo reconnaît lui aussi « que leur place ne se trouve nullement dans cet établissement psychiatrique ». Le ministre de la Santé est d’avis que « si au départ ils ont été référés pour un traitement, ils sont bien aujourd’hui et il n’y a aucune raison pour qu’on les garde là-bas ».
Les députées Labelle et Ribot, qui suivent ce dossier de près, préviennent qu’elles reviendront à la charge à la rentrée parlementaire. Elles sont très sévères à l’égard de Mireille Martin, la ministre de l’Égalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être familial. « Si Mme Martin n’est pas capable d’éprouver une sensibilité pour ces enfants, je crois que le Premier ministre est sensible aux besoins de ces enfants. Il doit rapidement trouver une autre ministre pour remplacer Mme Martin et nous croyons qu’il peut trouver une meilleure dans ses rangs », croit Françoise Labelle.
L’Église catholique aussi n’est pas indifférente au sort de ces adolescents admis malgré eux à l’hôpital psychiatrique. À signaler que Mgr Maurice Piat, dimanche dernier lors de la messe pour le Pape François, a eu une pensée particulière pour ces enfants dans son homélie. L’évêque de Port-Louis a demandé à l’assistance de prier pour eux.