« Un autre futur est possible. » Tel est le thème de l’atelier de travail organisé à l’intention des Ong oeuvrant auprès des enfants en difficultés. La formation est assurée par le Service Social International (SSI), en collaboration avec l’African Network for the Prevention and Protection against Child Abuse and Neglect (ANPPCAN) et le ministère de l’Égalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille.
Cet atelier animé par cinq professionnels de SSI – venant de France, de Suisse, d’Angleterre et du Canada – a pour but de renforcer l’encadrement des enfants vulnérables dans les centres de réhabilitation. Les enfants souffrant d’un handicap et ceux dits hors de contrôle sont particulièrement concernés. Procédant à l’ouverture de cet atelier de travail ce matin, la ministre de l’Égalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille Aurore Perraud a rappelé l’importance de telles initiatives. « Nous faisons face à de nombreux problèmes concernant les enfants placés. Nous ne détenons pas les clés du savoir pour gérer ce genre de situation. C’est pour cela que nous devons exploiter les connaissances de ceux qui ont pu trouver des solutions. Dans cette perspective, nous accueillons favorablement la venue des experts du SSI. »
Aurore Perraud s’est dite également heureuse de bénéficier de la collaboration de sa collègue de la Sécurité sociale, Fazila Jeewa-Daureeawoo, à ce sujet. « Je crois en un changement de mentalité, au lieu de faire un jugement hâtif sur ces enfants. Nos deux ministères ont les mêmes préoccupations pour le bien-être de ces enfants », a-t-elle souligné, tout en faisant référence au Children’s Bill qui sera présenté à l’Assemblée bientôt.
De son côté, Fazila Jeewa-Daureeawoo a rappelé que travailler avec des enfants en difficultés représente un défi dur à relever. D’où l’importance de la formation, a-t-elle ajouté. « Notre mission est d’aider ces jeunes à prendre leur vie en main et non d’adopter des mesures répressives. Il faut développer des programmes où les enfants pourront s’épanouir et se reconstruire. »
La ministre de la Sécurité sociale a rappelé que cela fait une dizaine d’années que le ministère a mis sur pied le premier half way home pour les filles, suite à un projet soumis par l’ANPPCAN, dirigée par Marie-Josée Baudot. « L’objectif est d’aider ces jeunes à réintégrer la société après leur passage dans un centre de réhabilitation. Nous avons actuellement 26 garçons et 32 filles au Rehabilitation Youth Centre. Il nous faut développer des programmes adaptés pour ces jeunes. » Par ailleurs, a souligné la ministre, le gouvernement est en train de revoir le système d’éducation. Ce qui devrait permettre de « repérer les enfants à problème et les aider en fonction de leurs problèmes individuels ».
Pour sa part, Marie Jenny, coordinatrice du SSI, a fait ressortir que le projet « Un autre futur est possible » existe déjà au Vietnam, au Burkina Faso et au Mexique. Dans les deux premiers cas, l’organisation oeuvre auprès des enfants souffrant d’un handicap et placés en institution, tandis qu’au Mexique, il s’agit surtout d’enfants placés pour des raisons liées à la violence. À Maurice, les deux situations sont concernées. « Ces enfants sont triplement vulnérables. Ils grandissent en institution, sont privés de leurs familles et ont un handicap. “Un autre futur est possible” vise à leur donner une nouvelle chance. »
Marie Jenny est aussi d’avis que Maurice a aussi des enjeux différents, notamment avec la question des enfants dits hors de contrôle. « Il nous a paru nécessaire d’intégrer ces enfants afin de leur donner une chance de réinsertion dans la société. »
Marie Josée Baudot, directrice de l’ANPPCAN, a rappelé que le premier half way home, mis en place en 2004, est venu répondre à un grand besoin, puisqu’après leur passage en institution « la réinsertion est presque impossible pour ces jeunes ». Elle a souligné le soutient du Lions Club, tout au long de ce parcours, et a insisté sur la nécessité de mettre en place un programme adapté pour ces jeunes.
La question des enfants hors de contrôle, justement, occupera une place importante dans cet atelier de travail. Il est jugé important de revoir la définition de ce terme. Marie-Josée Baudot a témoigné de sa rencontre avec une jeune fille de 17 ans dans un centre de réhabilitation qui l’a interpellée. « Cette fille, qui était pourtant brillante au collège, avait été placée parce que ses parents avaient dit qu’elle était hors de contrôle. Elle était au bord du suicide. Mais en réalité, elle était là tout simplement parce que ses parents voulaient la punir, car elle aimait un garçon d’une autre religion. »
Les autres thèmes qui seront abordés au cours de cet atelier sont : la définition du handicap, les troubles du comportement et la nécessité d’une enquête sociale avant un placement, entre autres. Une rencontre avec les magistrats des Cours de District, pour discuter justement de la question des enfants hors de contrôle, est aussi prévue.