Tunis, Allep, Paris, Puerta del sol, Place Tahrir ou Rangoon. Loin d’être l’itinéraire multi-arrêt d’une compagnie aérienne low cost, ces lieux respirent la jeunesse, le ras-le-bol ainsi que l’indignation. S’engager pour une cause devient désormais légion. Ce qui en résulte n’est pas forcément prometteur. Quoiqu’il en soit, cela a le mérite de rehausser les principes démocratiques. Chaque État s’accommode des préceptes démocratiques selon les attentes de son peuple. Mais qu’en est-il quand l’attente se fait attendre ?
La réticence des Mauriciens à s’engager en grand nombre reste un problème entier. A première vue, on dirait, sans hésiter, que cela reflète une certaine harmonie dans l’île. C’est simple, comment pourrait-on s’engager s’il n’y a pas vraiment de cheval de bataille ? Cette utopie ne semble pas vraiment tenir la route car Maurice n’est pas vraiment immunisé contre la mondialisation, et donc, contre l’effet papillon. En grattant la surface, des indices semblent corroborer certaines appréhensions. Ce n’est pas l’action à proprement parler de l’engagement qui fait peur, mais le mot en lui-même.
C’est peut-être peu après 1835 que ce mot commence à susciter la hantise. Le terme « travailleur engagé » ou plus communément appelé, coolie, tend à faire accroire qu’il y a une corrélation entre sa dénomination et ses conditions de vie. Sachant que plus de deux tiers de ces descendants de coolies peuplent l’île aujourd’hui, il est fort à parier que les atavismes prennent le dessus. Pour faire court, vivons cachés, vivons heureux. Le même raisonnement suit pour le terme « artiste engagé ». Souvent apparenté à une formation politique qu’à une cause, ce terme contribue au mépris des gens face à l’engagement. La faute est aussi imputée à certains de ces charognards qui n’hésitent pas à vendre leurs âmes pour quelques miettes. Soit, l’engagement ne se résume pas à ces termes figés dans le temps.
A contrario de la pensée unique locale, l’engagement peut être apolitique, pour ceux soucieux de leur neutralité. En revanche, pour ceux qui croient dans l’agencement d’un parti politique, le fait de s’engager devient plus collectif. La jeunesse doit être l’effigie de cet engagement. La gérontocratie au sein des autres axes, dits militants, ne doit en aucun cas résorber la détermination des jeunes. Transmettre sa pensée profonde ne se cloître pas uniquement dans le dogme de l’immolation ou de la grève de la faim. En amont, il faudrait s’engager dans le but primaire de dédiaboliser ce terme galvaudé et tout ce qui gravite autour. Un simple coup d’oeil dans les divers journaux suffit pour se demander où commencer. Se battre pour une cause moins politiquement correcte est aussi une forme d’engagement. L’essentiel est d’aller jusqu’au bout et de boire le calice jusqu’à la lie. Quant à ceux qui restent de marbre, Blaise Pascal vous lance ça : « Il n’y a que deux sortes d’hommes : les uns justes, qui se croient pécheurs, les autres pécheurs, qui se croient justes. » Rassurez-vous, cela n’engage que lui.