La salle d’exposition du centre Indira Gandhi pour la culture indienne (IGCIC), à Phoenix, accueille depuis le week-end dernier une cinquantaine de tableaux réalisés par des artistes indiennes, tous âges confondus, et qui évoquent la femme dans sa vie quotidienne, son intimité et sa place dans la société, ou encore sa présence centrale dans l’art mondial.
Le catalogue d’exposition donne un premier aperçu de ce quotidien avec, en première de couverture, deux femmes portant, l’une, un panier rempli de provisions sur sa tête et, l’autre, un “motri”, ou baluchon. Elles avancent de manière nonchalante sur un sentier boueux. Les couleurs vives et très colorées des vêtements qu’elles portent plongent d’emblée le visiteur dans cette atmosphère de l’Inde rurale. Mais au-delà de ce cliché, il pénètre dans un monde dense où, chacune à sa manière, évoque la réalité, souvent dure, que vivent les autres femmes ou qu’elles ont vécue elles-mêmes.
Avec le regard vide de son personnage, Anita Tanwar exprime, dans son tableau intitulé Detachment, la souffrance de la femme. Mais cette souffrance possède différentes sources. Sadia dépeint une jeune fille, au pas de la porte, qui souhaite sortir de ce confinement pour découvrir le monde. La souffrance va en s’intensifiant. Meena Kumari Silpak, née en 1968, semble exprimer une certaine oppression car elle vit encore chez ses parents à cet âge. Son rêve est d’avoir sa propre maison pour qu’elle puisse s’épanouir. Son tableau intitulé Towards horizon montre un monde onirique où les maisons sont en miniature et, elle, une géante. Bien qu’elles soient nombreuses et semblent accueillantes, avec la lumière allumée, elles demeurent inaccessibles. Son personnage tend la main à la lune, bien réveillée qui brille dans un ciel étoilé, comme pour quémander une faveur.
D’autres, à l’instar de Gopi Kala, semble avoir exorcisé ce mal. Transformée, il l’a mené à mieux comprendre la sensibilité féminine et à développer une sympathie pour ses consoeurs. Waves of women montre deux femmes complices confinées dans un espace exigu.
Hema Jyoti, quant à elle, utilise la figure de la femme où le contraste entre le noir qu’elle utilise pour masquer les yeux de ses personnages et les couleurs de leurs vêtements ou du fond de décor, permet au visiteur de ressentir leur état d’âme. Le visiteur découvrira aussi la beauté des costumes et des bijoux de la femme indienne issue de différentes régions du pays, mais aussi la belle relation qui lie l’homme et la femme, avec ce couple que Renu Yadav présente au bord du Ganges lors des festivals dans Nagas in Nude.
L’amour maternel est exprimé par Deepali Mangli dans Affection. Cette huile, réalisée sur canevas, joue sur le contraste entre l’ombre et la lumière. La présence centrale de l’art mondial est dépeinte par Bina Mishra, qui a travaillé des images mythologiques.
Outre la beauté ou la souffrance de la femme dépeintes, certaines sont aussi très critiques envers elles, les rendant même responsables de leur situation. Dans No identity, elle présente un groupe de femmes de dos, portant quasiment toutes le même sari, à quelques nuances près, et regardant dans la même direction. L’artiste estime que « they do not assert their rights and identity ».
Inaugurée à la veille du 180e anniversaire de la commémoration de l’arrivée des premiers engagés à Maurice par le ministre des Arts et de la Culture, en présence du Haut-Commissaire indien à Maurice, Anup Kumar Mugdal, l’exposition intitulée Women by women est soutenue par l’Indian Council for Cultural Relations (ICCR). Les travaux ont été sélectionnés par la curatrice d’art indienne Radhika Shrinagesh. L’exposition reste ouverte jusqu’au 14 novembre. Entrée gratuite.