Une semaine après la publication de la End of the Year Letter de la Banque de Maurice avec des connotations contrastantes, le Bank of Mauritius Financial Stability Report No 8, disponible sur le Website de la Banque Centrale, est venu remettre les pendules à l’heure sur le plan économique. Les perspectives en matière de crédits bancaires sont, somme toute, moroses, avec des cartons rouges contre des secteurs comme le tourisme, ou encore la construction, alors que le secteur des exportations est littéralement placé sous haute surveillance. Des craintes sont également exprimées dans ce document de la Banque de Maurice par rapport à la tendance enregistrée en ce qui concerne les Non-Performing Loans dans la catégorie des prêts personnels. Ce rapport, tout en évitant d’être alarmiste, tire la sonnette d’alarme sur des signes préliminaires de risques à la stabilité financière du secteur bancaire.
« Although the domestic economy and financial markets have fared well in 2011, risks to financial stability have increased, particularly from the macro-financial perspective, in the wake of the deepening euro debt area crisis. However, the major financial soundness indicators show that the banking sector has been resilient and remains well-equipped to face downside challenges », note la Banque de Maurice dans son analyse générale avant de s’engager dans une évaluation de l’évolution des crédits bancaires dans différents secteurs économiques.
Mais les retombées de la crise ébranlant les économies de la zone Euro et la baisse dans l’indice de confiance reviennent comme un véritable leitmotiv presque à chaque chapitre. « This has resulted in lacklustre credit conditions », note la Banque Centrale. La répercusion majeure demeure que, « growth in total credit by banks in Mauritius has stabilised somewhat over the past twelve months ». Toutefois, le nouveau Scheme en faveur des PME, annoncé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, dans le budget novembre dernier, devra permettre de relancer en partie l’accès aux crédits bancaires.
Néanmoins, les perspectives économiques ouvrent la porte à une dose de scepticisme pour ne pas dire de pessimisme. Le Corporate Sector Credit constitue une part majeure des transactions bancaires, soit de l’ordre de 73% des crédits alloués annuellement. Or, depuis le début de l’année dernière, la croissance des crédits au Corporate Sector s’est inversée comparativement à l’année précédente.
« As at December 2011, corporate credit growth stood at 9,6% year on year compared to 15,1% as at December 2010. The decrease in corporate credit growth may be partly explained by the global uncertainty, which may have reduced the demand for credit and also made banks more cautious in supplying credit », souligne la Banque Centrale sur la base des dernières données officielles.
Par contre, la situation devient plus inquiétante avec la répartition de ces crédits bancaires aux secteurs économiques. Ainsi, le secteur du tourisme, qui subit de plein fouet depuis plus d’une année les effets de la crise en Europe, se retrouve en position nettement défavorable au cours de l’année écoulée. Jusqu’à tout récemment, ce secteur économique était un véritable fleuron pour les banques avec les chantiers de construction et de rénovation s’appropriant même la plus grosse part, soit 26% des crédits bancaires.
« Growth in tourism and financial and business services sectors decelerated sharply from 23,6 per cent and 17,9 per cent as at December 2010 to 6,6 per cent and 2,8 per cent, respectuvely as at December 2011 », confirme la Banque Centrale. De leur côté, les crédits bancaires au secteur manufacturier, à la construction et au commerce avaient progressé.
Toujours en ce qui concerne le facteur risque, force est de constater que les emprunts contractés par l’industrie du tourisme et le secteur manufacturier sont libellés en devises étrangères. « Although, this may point to foreign exchange risks, it should be highlighted that those sectors also receive payments in foreign currencies », lit-on à la page 19 du rapport.
La Banque de Maurice n’hésite pas d’émettre un avertissement par rapport aux risques que représente le secteur des exportations: « Overall the major financial stability risk from corporate sector lies in the uncertainty regarding the performance of individual sectors, particularly the export-led sectors within that segment, in the context of the global economic downturn in 2012. »
Au chapitre du Domestic Macroprudential Assessment, la Banque de Maurice souligne que, « export-led sectors notably the textile and tourism sectors appear likely to be affected by the decrease in consumer confidence and demand in the main export markets. According to latest data, textile has been showing burgeoning signs of difficulties, although growth in this sector remains positive and may be buoyed by diversification of exports into the region ».
En cette période de ralentissement des activités économiques, la Banque Centrale soutient qu’il est impérieux de mettre sous surveillance le Household Sector Credit, représentant un peu moins de 25% des crédits bancaires alloués. « High debt leaves households vulnerable to slowing income growth and increases their risk of default. This particularly holds in periods of lower economic growth and uncertain labour market conditions », s’appesantit le régulateur du secteur bancaire.
2011 a vu une reprise des crédits bancaires domestiques de 14,2% à 16,4%, principalement en raison d’une augmentation du financement de la construction de logements par les banques. Les crédits bancaires pour la consommation ont régressé d’au moins cinq points d’une année à l’autre, soit de 12,1% en 2010 à 7,6% à décembre dernier. L’utilisation des crédits par le truchement de cartes de crédits bancairtes s’est maintenu à 8,8%.
La seule satisfaction de la Banque de Maurice en ce qui concerne le Household Sector Credit est que, « the rising trend towards housing loans to households mitigates to some extent the risk of default since housing loans are generally supported by robust collaterals, notably a fixed charge on the property ».
N’empêche que la prudence est de mise compte tenu de la détérioration sur le plan économique et un éventuel rajustement à la hausse des taux d’intérêts. « The possibility that the current low interest rate environment may not be sustained in the future and lead to a reduction in the household’s capacity to repay their debt is not assessed to be a major risk for the moment although it warrants monitoring », avertit la Banque de Maurice.
L’envers du décor, soient les Non-Performing Loans dans le secteur bancaire, est également au centre des intérêts des autorités même si la situation demeure sous contrôle. Quatre secteurs, notamment les prêts personnels, la construction, le secteur manufacturier et le commerce, représentant 78,9% des prêts non-performants à septembre dernier, méritent attention dans la conjoncture.
« Recent developments suggest that there is need to exercise caution over the Personal sector since its share of Non-Performing Loans (NPLs) in total NPLs and its ratio of NPLs to total loans have increased from 16,1% and 7,9%, respectively at end-September 2010 to 26,5% and 13,3% as at end-September 2011 », recommande la Banque de Maurice en ce début d’année. Le secteur manufacturier a également enregistré une détérioration de son taux de non-remboursement (default) bancaire, passant de 4,9% en septembre 2010 à 9% une année après.
Ce recours de plus en plus timide par les principaux secteurs économiques aux crédits bancaires se révèle être un obstacle à une resurgence des investissements privés en vue de soutenir la croissance économique et garantir les emplois productifs : « The stagnation in private investment remain a concern that could also weigh on the economy although it could be compensated to some extent by planned increased in public sector investment, provided projects are timely implemented. » Plus facile à dire qu’à faire, dira l’autre face à des signes qui ne trompent pas…