À la veille de la réunion du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice de demain ou encore à six semaines de la présentation du budget 2014 par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, à l’Assemblée nationale, le pouls anémique de l’économie se confirme. Les dernières prévisions des National Accounts Estimates, publiées en fin de semaine par Statistics Mauritius, s’alignent sur les précédentes de la Mauritius Commercial Bank (MCB) avec un taux de croissance à la baisse de 3,2% en 2013. D’autres sources avancent qu’il n’est pas à écarter que d’ici à la fin de cette année d’autres ajustements à la baisse pourraient intervenir.
L’aspect le plus inquiétant des dernières prévisions économiques demeure cette préoccupante performance under par des investissements en général et privés en particulier cette année. Quasi unanimement, tous les observateurs de la scène économique ne peuvent rester insensibles devant la baisse du taux des investissements privés à 16,1% du PIB, l’un des plus bas de ces dernières années, alors que le target officiel était de 25% pour cette année. Que ce soit du côté de la Mauritius Commercial Bank ou encore de la Chambre de Commerce et d’Industrie (MCCI), la baisse du niveau des investissements productifs inquiète outre-mesure.
La conséquence se fait automatiquement sentir sur le plan de la création d’emplois avec le spectre du chômage se précisant de plus en plus. Les derniers résultats du Survey of Employment and Earnings in Large Establishments sont révélateurs à plus d’un titre. De mars de l’année dernière à mars de cette année, le nombre d’emplois dans les gros secteurs n’a progressé que de 737 pour se retrouver à 305 694 à la fin de mars.
À ce même mois, le chômage avait atteint une pointe de 52 500 contre 48 900 au cours du deuxième trimestre de l’année dernière. Sans les 2 800 placements sous le Youth Employment Programme (YEP) du ministère des Finances, le taux de chômage aurait été maintenu à 8,7% à la fin de juin, soit celui de mars dernier. Statistics Mauritius prévoit que le taux de chômage pour cette année devrait avoisiner 8,3% contre 8,1% l’année dernière.
La reprise ne fera pas partie de l’agenda économique de 2013. Le taux de croissance a été révisé à la baisse, soit à 3,2%, contre 3,4% l’année dernière. Cette performance est la plus faible de ces quatre dernières années également alors qu’initialement le ministère des Finances avait espéré un rebond à hauteur de 3,7%. Force est de constater que dans ce contexte économique marqué par la morosité, la consommation des ménages sera également affectée par un essoufflement avec un taux de 2,6% cette année contre 2,8% l’année dernière. Les principaux facteurs ayant influencé le taux de croissance économique jusqu’ici sont les suivants :
industrie sucrière : production de 420 000 tonnes, soit une progression de 2% contre une décélération de 7,3% l’année dernière ;
manufacture : un objectif de croissance de 2,7% en 2013 contre 2,2% l’année dernière avec le secteur du Food Processing subissant un net ralentissement à 1,2% contre 7,6% l’année dernière, le secteur du textile quittant la zone rouge de la baisse dans la croissance l’année dernière pour afficher un taux positif de 2% cette année, même si les Export Oriented Enterprises tourneront en baisse de régime avec un taux inférieur à un point ;
construction : avec un poids d’endettement auprès des banques de Rs 75 milliards, l’industrie du bâtiment devra enregistrer le plus fort taux de contraction sectorielle avec 9,4 % suite à la baisse de 2% de l’année dernière avec la fin de gros chantiers comme le nouveau Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport Teminal et des délais accumulés pour le démarrage du Road Decongestion Programme, dont le projet à péage ;
l’hôtellerie s’appuiera sur des arrivées projetées de 990 000 touristes et des recettes brutes de Rs 45,1 milliards (+ Rs 700 millions) pour réaliser une croissance de 2,5% ;
TIC : essoufflement de la croissance à 7,7% contre 8,6% l’année dernière et ;
secteur financier : ralentissement à 5,3% contre les 5,7% de 2012.
Échec
Plus inquiétante encore est l’évolution d’un autre paramètre économique déterminant, le niveau des investissements privés aussi bien que publics. Statistics Mauritius confirme que le Private Investment Rate maintient sa tendance baissière avec 16,1% du PIB, alors que l’année dernière il était à 17,5%. Force est de constater que l’objectif déclaré des décideurs politiques était d’améliorer ce paramètre à hauteur de 25% en 2013. Un échec difficile à occulter !
La contraction dans les investissements privés est encore plus marquante dans le secteur de la construction avec une baisse de 10,2% en 2013, alors que l’année dernière elle était de 1,1%. « Within this category, non residenial building and other construction work are expected to contract by -16,9% and -22,9% », notent les National Accounts Estimates, alors que le salut pourrait venir de la construction résidentielle, avec une reprise annoncée à 3,4% après la contre-performance de 4,5% de l’année dernière.
Du côté des injections venant du secteur public, le milliard annoncé par le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo, dans les travaux de drains après les inondations meurtrières du 30 mars dernier n’aura pas suffi pour soutenir les efforts d’investissements avec d’importants retards accumulés dans le démarrage de projets d’infrastructure annoncés. Le manque à gagner se traduit au niveau de la croissance entre 1 et 1,5 point, estiment des spécialistes au ministère des Finances.
Le Public Sector Investment accusera une baisse de 4,1% cette année après un rebond de 2,9% l’année dernière. Ces investissements publics sont de Rs 18,6 milliards contre Rs 19 milliards en 2012. La part des investissements privés est estimée en baisse à 23,7%.
Pour résumer l’évolution de la situation sur ce plan, Statistics Mauritius ajoute que « total investment would continue to decline and is expected to contract by -3,1% in 2013 after the fall of 0,8% in 2012. However, exclusive of aircraft and marine vessels, a drop of 5,7% is expected compared to -0,8% in 2012. »
La conséquence directe du déclin des investissements se fait sentir sur le plan de l’emploi. Le recensement des emplois dans les grosses unités économiques, tous secteurs confondus, fait réfléchir plus d’un. En une année, soit de mars de l’année dernière à mars dernier, le nombre d’emplois nouveaux n’est que 737 pour atteindre 305 694. Seul le secteur teriaire, soit celui des services et de l’administration publique, enregistre un solde positif avec 2 138 nouveaux emplois d’une année à l’autre pour se retrouver avec 198 408 emplois. Les secteurs primaire (agriculture) et secondaire (manufacturier) ont régressé de 766 et de 615 respectivement.
Les nouveaux emplois ont été créés dans l’administration publique (+ 848), les services financiers (+418), des activités professionnelles et techniques (+ 369) et le commerce en gros et au détail (+234). Des pertes d’emplois ont été essuyées dans l’agriculture (-804), la construction (-602) et les activités sociales et de santé.
Les emplois dans les Export Oriented Enterprises (EOE), la star en terme de création d’emplois vers la fin des années 1990, stagnent avec 54 234 à mars dernier. De ce nombre, il faudra compter 18 246 travailleurs étrangers des 25 476 recensés officiellement à la même époque. Les données officielles révèlent une baisse dans le nombre d’emplois féminins dans les entreprises tournées vers l’exportation. « The number of male employees increased by 1 567 from 22 571 in March 2012 to 24 078 in March 2013. Female employment, however, decreased by 1 699 from 31 813 to 30 114 », notent les National Accounts Estimates.
Chômage
La traduction de ces mouvements lents en termes de création d’emplois se fait avec une montée du chômage. À mars dernier, le nombre de demandeurs d’emploi avait déjà franchi le seuil fatidique des 50 000 pour atteindre les 52 500, soit un taux de chômage de 8,7%, un point de plus qu’à la mi-2012. Toutefois, les placemenrts intervenus au titre du Youth Employment Programme, soit 2 800 au total jusqu’ici, font que le nombre officiel de chômeurs en juin dernier est redescendu sous la barre des 50 000, soit 49 700.
De ces 49 700 demandeurs d’emplois, les femmes représentent 64%. Les chômeurs de moins de 25 ans sont de 20 800 (42%), alors qu’un demandeur d’emploi sur deux est célibataire. Un peu moins de 10 000 (20%) de chômeurs, âgés entre 16 et 24 ans, sont encore à la recherche de leur premier emploi avec trois demandeurs d’emploi sur quatre cherchant du travail depuis plus d’une année.
Autant de faits incontournables confirmant la dure réalité du quotidien sur le terrain, même si dans les salons feutrés privés ou publics, des Economic Pundits continueront à psalmodier leurs mantras au sujet de la résilience comparative de l’économie mauricienne car une croissance dans la fourchette de 3% ne pourra nullement renverser la vapeur de la locomotive pour se remettre sur les rails du développement et de la prospérité…