L’heure des comptes semble s’approcher très rapidement dans certains secteurs, dont les domaines de l’énergie électrique et de la fourniture d’eau. Dans d’autres, comme au niveau des échanges commerciaux ou encore du système de pension, l’épée de Damoclès sous forme du poids des déficits est suspendue sur nos têtes. Dans certains milieux, l’on n’hésite pas à affirmer que les secteurs de l’électricité et de l’eau de même que la détérioration systématique de la balance commerciale et le problème du vieillissement de la population constituent de véritables ticking bombs, pour ne pas dire des bombes à retardement, pour la population mauricienne. Sur un des points, soit l’absence de décisions par rapport à l’énergie électrique, le leader du MMM, Paul Bérenger, n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme, que ce soit sur les risques d’interruption de la fourniture et des risques d’explosion des équipements vétustes dans des stations thermiques du Central Electricity Board (CEB).
L’une des retombées positives du ralentissement des activités économiques avec la crise qui perdure sur le plan international est que la pression sur la demande d’énergie électrique se fait moins astreignante. Dans cette conjoncture, le CEB dispose d’une marge de manoeuvre en terme de peak demand ou du load factor en général. Néanmoins, les délais accumulés dans le démarrage du projet de centrale thermique à charbon de CT Power (Mauritius) Ltd à Pointe-aux-Caves, Albion, constituent un sujet de préoccupation majeure.
Des recoupements d’informations effectués par Week-End indiquent que les consultations engagées entre les promoteurs de CT Power (Mauritius) Ltd et le CEB, même si des progrès auraient été réalisés, ne pourront pas être conclues de sitôt. D’ailleurs, ces mêmes sources avancent qu’il est quasiment impossible que le calendrier de travail arrêté, c’est-à-dire le démarrage incessant des travaux, soit respecté. Les plus optimistes avancent que cette étape initiale ne pourra être franchie qu’au cours de l’année prochaine.
Le Plan B du CEB est d’actualité car l’une des conditions imposées sur CT Power (Mauritius) Ltd dans le cadre de l’Environmental Impact Assessment Licence – soit les garanties financières variant entre Rs 6 et Rs 8 milliards, représentant le coût estimé du projet de la centrale thermique de 100 MW – attend encore d’être satisfaite.
L’arrivée annoncée dans les prochains jours des consultants financiers des promoteurs de la Malaisie devrait ouvrir ce chapitre des négociations avec le gouvernement. La condition est que les promoteurs devront être en mesure de fournir à la satisfaction du secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, des preuves financières de leur capacité de mener à terme ce projet au cours des trois prochaines années. Ces consultations risquent d’être extrêmement délicates car ceux qui y sont engagés pour le compte du gouvernement prendront le minimum de risque d’être pris à défaut lors de l’exécution des travaux.
Indépendamment des recommandations de la National Energy Commission, présidée par Dev Manraj, Senior Adviser au Prime Minister’s Office, qui se réunira, mardi, pour prendre connaissance des rapports des deux sous-comités, le consensus qui se dégage dans les milieux officiels est que la connexion de la centrale thermique d’Albion au National Grid du CEB ne devra intervenir qu’en 2018 ou au plus tôt en 2017.
Dans une telle perspective, le CEB est acculé à privilégier de manière urgente un Plan B pour éviter tout scénario catastrophe à partir de 2015 vu le report de la mise en opération des 100 MW de CT Power (Mauritius) Ltd. Deux raisons sont mises en avant pour éviter toute éventualité de Load Shedding ou de Black-Out en 2015 qui sera une année électorale, avec la fin du mandat du présent gouvernement, et également celle où Maurice accueillera le sommet des chefs d’État et de gouvernement du Commonwealth (CHOGM 2015). Les premières indications sont que le CEB sera appelé à “fill in the blank” avec des investissements de l’ordre de Rs 2 à 3 milliards et un poids grandissant de l’huile lourde dans l’équation énergétique nationale.
Emissions de dioxyde de souffre
Ainsi, la centrale thermique de St-Louis devrait être équipée de 4 nouvelles turbines de 15 MW chacune pour un total de 60 MW d’ici 2015 pour assurer le bridging de la capacité du CEB. “Nous sommes arrivés à la conclusion qu’avec ces 60 MW supplémentaires installées, nous devrons être en mesure de disposer de la marge minimale jusqu’à la réalisation du projet de CT Power”, affirment des sources autorisées en fin de semaine dernière. L’exercice d’appel d’offres pourrait être lancé une fois les spécifications et les modalités élaborées par les ingénieurs du CEB.
Ces investissements dans les 4 turbines résulteront dans le remplacement des pielstick et autres équipements installés à la station St-Louis depuis la fin des années 70 avec des risques pour la sécurité des membres du personnel du CEB et des habitants des environs. En contre-partie, avec la tendance à la hausse du cours mondial du baril de pétrole, il faudra s’attendre à voir un coût de production d’énergie encore plus élevé avec l’importance accrue de l’huile lourde dans les comptes du CEB.
L’éventualité de l’installation de ces nouveaux équipements à Saint-Louis suscite aussi des contraintes majeures sur le plan de l’environnement en raison de la proximité des zones habitées. Outre la pollution sonore, des experts en environnement redoutent les émissions de dioxyde de souffre de cette centrale thermique. Ils n’hésitent pas à mettre en apposition ce projet du CEB à la politique déclarée du ministère de l’Environnement pour combattre les voitures fumigènes sur les routes.
Pour étayer leurs dires contre les effets nocifs de ces émissions de dioxyde de souffre, ces spécialistes, qui souhaitent obtenir l’appui de partisans de la No Coal Campaign, s’appuient sur une recommandation de l’US Environment Protection Agency à l’effet que “current scientific evidence links short-term exposures to SO2, ranging from five minutes to 24 hours, with an array of adverse respiratory effects including bronchoconstriction and increased asthma symptoms. These effects are particularly important for asthmatics at elevated ventilation rates.”
Un autre élément majeur du Plan B du CEB est la possibilité que la mise à exécution de la seconde centrale de 100 MW, toujours dans la région d’Albion, retenue dans l’Integrated Energy Plan 2013/2022, pourrait connaître une accélération. Cette option dépendra de l’évolution des consultations en cours avec CT Power (Mauritius) Ltd avec tout nouveau retard dans ces investissements comblé par une intervention du CEB.
D’autre part, le plan d’urgence du CEB porte également sur une valorisation des Renewable Energy Projects. Une des conditions préalables exigées auprès du CEB est que les promoteurs de ces projets d’énergie à partir des sources renouvelables devront être en mesure de Match Up le coût de génération du kiloWattheure du CEB, qui est en moyenne de Rs 4.50, et qu’ensuite, le choix de projets d’énergie à partir des sources renouvelables ne devra plus se faire sur la base des Unsollicited Bids comme il a été le cas pour Sarako, dont les promoteurs sont des proches du ministre Jim Seetaram, avec la ferme photovoltaïque de Bambous, ou encore d’AeroWatt dans les parages de Plaine-des-Roches.
Remous
Cette décision équivaut à une politique déclarée visant à éliminer les subsides consentis aux premiers projets de Sarako et d’AeroWatt où le coût de production est en moyenne de Rs 6.09 par unité, soit nettement au-delà des Rs 4.50 du CEB. L’élimination de ces subventions devra susciter des remous vu que les promoteurs à venir ne bénéficieront pas du Level Playing Field accordé jusqu’ici.
Le feu vert accordé à un Waste-to-Energy Project présenté par un promoteur très proche d’un important groupe du secteur privé pourrait également être un prélude à une nouvelle campagne de contesation style Gamma-Cowenta. Ces protestations devront voir le jour aussitôt que les détails techniques de ce nouveau projet énergétique seront dévoilés officiellement.
Toujours en ce qui concerne les utilités publiques, avec la fin de l’hiver et les premières pluies d’été attendues au plus tôt au début de décembre, selon les plus optimistes, le secteur de l’eau se place sous une double menace, en l’occurrence un régime de coupures relativement drastiques et l’éventualité d’une majoration des tarifs d’eau dans le cadre de la réforme pilotée par la Singapore Cooperation Enterprise (SCE). Les pluies du précédent samedi, avec l’île quasiment bien arrosée, n’a fait que repousser l’échéance du programme de coupures élaboré par la Central Water Authority (CWA).
Les derniers relevés du niveau de réservoirs, effectués au cours de la semaine écoulée, indiquent que le volume d’eau disponible dans les 6 réservoirs est inférieur de 14% à la moyenne saisonnière, soit de 65,2% contre 79,4%. Les 6 réservoirs disposaient, à lundi dernier, de 50,5 millions de mètres cube d’eau alors que le débit est en moyenne d’un million de mètres cube par semaine jusqu’ici (voir plus loin le tableau du niveau des réservoirs, selon les chiffres de la CWA).
Outre le risque d’avoir à subir un programme de coupures d’eau systématique jusqu’aux pluies d’été, les abonnés de la CWA sont sous le coup d’une prochaine révision des tarifs d’eau. À ce jour, aucune date ou encore aucun chiffre sur le quantum d’augmentation n’ont été cités officiellement. Cette annonce a été faite par le Premier ministre adjoint et ministre des Utilités publiques, Rashid Beebeejaun, lors d’un atelier de travail sur la mise à exécution du projet de Non-Revenue Water visant à réduire le taux de perdition sur le réseau national de la CWA aussi bien que les cas de fraude.
Ce projet au coût de Rs 1 milliard et échelonné sur une période de deux ans sur le réseau de Upper Mare-aux-Vacoas ambitionne de réduire de moitié ce taux, qui est de l’ordre de 50%. Ce projet est placé sous la supervison de la Singapore Cooperation Enterprise, du Public Utilities Board et CHM2 Hill. En parallèle, la CWA s’est engagée dans un programme de remplacement des tuyaux d’adduction d’eau sur le réseau avec des provisions budgétaires de Rs 800 millions annuellement.
Avec ce projet de Non-Revenue Water, dont le but est d’améliorer l’efficience des services de fourniture d’eau, la CWA compte reléguer au second plan la Touch and Go Approach, qui est la sienne jusqu’ici