La pire des semaines pour la Santé. La coïncidence a voulu que le jour de la publication, mardi dernier, du rapport de l’Audit pour les 18 mois se terminant au 30 juin dernier a vu le ministère de la Santé être éclaboussé par le scandale des salaires de Rs 323 200 de Vijaya Sumputh, ancienne Executive Director du Cardiac Centre et protégée du ministre Gayan. Une raison de plus pour que la gestion des fonds publics au niveau de ce ministère soit étalée au grand jour. Le traditionnel rapport de l’Audit, signé de la directrice Kwee Chow Tse Yuet Cheong, énumère une série de situations scandaleuses et des manquements par rapport à la gestion des stocks de médicaments, nécessitant un budget annuel de Rs 2,1 milliards et une masse salariale de Rs 7,5 milliards avec 24% du personnel de la Santé s’appropriant 61% des allocations d’heures supplémentaires. Pour le présent exercice de vérifications des comptes, l’Audit a consacré un Performance Report à ce même ministère pour le projet d’informatisation des patient health records dans les hôpitaux. Ce projet, en préambule à l’ambitieux programme d’e-Health initié il y a 23 ans, s’est soldé par un véritable échec. C’est le constat de l’Audit et cette note de mauvaise santé n’est pas seulement l’apanage de la Santé publique. La situation est aussi accablante au chapitre de la production vivrière, avec une chute substantielle dans le tonnage de produits récoltés dans les champs au cours de ces cinq dernières années.
Dans un rapport détaillé sur l’informatisation du ministère de la Santé « as a priority area to improve the quality of health services provided to the public », le Performance Audit Report est catégorique sur l’échec accumulé au cours de ces 23 dernières années. « Most of the initiatives taken by the ministry to move towards computerisation of patient health records were not successfully implemented and the different systems developed to generate these records were not used as intended. The ministry was not ready and prepared to implement the different initiatives », note l’Audit avant de s’embarquer dans une analyse de l’Integrated Hospital Management and Patient Care System adopté sur une base de projet pilote au Jawaharlal Nehru Hospital, dans deux Medi-Clinics, cinq Area Health Centres et au Trust Fund for Specialised Medical Care (Cardiac Centre), avec pour Executive Director Vijaya Sumputh jusqu’à jeudi dernier.
 Dans le sillage des problèmes et des difficultés qui ont surgi dans l’exécution de ce programme d’informatisation des services de santé publique, le gouvernement devait prendre la décision d’élaborer un e-Health Strategic Plan en 2008 avec un budget de Rs 123 millions. Toutefois, en 2012, le montant de ce projet devait passer à Rs 500 millions avec le recrutement d’un Programme Manager indépendant pour 18 mois en vue d’assurer l’encadrement de cet important projet en marge de la Biometric Identity Card. L’Audit laisse percevoir un arrière-goût de scepticisme en soulignant que « on 1 July 2015, a Steering Committee decided on the implementation of the e-Health Project on an incremental basis. On 23 September 2015, an Information Paper on the current status of the project and the proposed course of action to be undertaken was prepared. »
 La mise en garde ne s’est pas fait attendre à l’encontre du ministère à l’effet que « the ministry should ensure that it is ready and adequately prepared before undertaking a large scale computerisation project. It is more so important as it intends to go for e-Health. This can be done through an IT readiness assessment ». Mettant l’accent sur les fonds engagés dans l’informatisation des institutions de santé publique, l’Audit propose que l’exercice d’évaluation envisagé doit être axé sur cinq points fondamentaux, soit
— les changements nécessaires pour améliorer le système en place ;
— un assessment des bénéfices anticipés et des coûts prévus lors de la phase de planification :
— “an evaluation of the achievement of the objectives set” ;
— un assessment des moyens de contrôle en vue d’améliorer the reliability of the systems et ;
— le niveau de user satisfaction.
 L’Audit souligne l’importance de cette étape car « the evaluation will help the ministry to identify issues which prevented the computerized systems implemented to be used as intended. As the Ministry intends to embark on e-Health Project, it should learn from constraints and challenges faced in its past computerization initiatives and take appropriate actions. » Ainsi, les manquements et lacunes majeurs notés dans le programme initial d’informatisation au niveau des différents centres de santé publique susmentionnés ont été répertoriés, dont l’hôpital de Rose-Belle et le Cardiac Centre de Pamplemousses, comme suit :
 Jawaharlal Nehru Hospital :  le projet d’informatisation avait été confié à une firme privée en 1994 avec neuf modules, en l’occurrence le patient medical record, la gestion des wards, les services de catering, le laboratoire et la banque de sang, la gestion des stocks de médicaments, les départements de radiographie et physiothérapie, la gestion du personnel, le general stores inventory et la comptabilité. L’état de situation, tel que décrit dans le rapport de l’Audit, est que « as of December 2015, only three out of the nine modules were used at varying degrees. The Patient Medical Record Module was used. Only the component relating to X-Rays in the X-Ray Occupational and Physiotherapy Module was put into use, while the Drug Store Inventory Module was used for controlled drugs only. »
 La principale raison derrière cet échec se résume à « insufficient planning and inadequate implementation approach ». Le témoignage des médecins affectés à cet hôpital va dans le même sens vu que « there was no requirement for doctors to electronically input details of their consultations », d’autant qu’il y avait une absence d’IT facilities dans les wards de consultations. « No terminal or computer has ever been installed in the cubicles. Paper based records have always been kept for doctors to deliver health services ».
 Cardiac Centre (PampleMousses) : le projet d’informatisation remonte à 2002 avec le contrat pour la mise sur pied d’un integrated hospital management system de 18 modules alloué en février 2007. Tous les services disponibles à ce centre sous le Trust Fund for Specialised Medical Care devaient être informatisés avec pour objectif « to improve productivity and effectiveness of staff and provide better service to the public ».
 Néanmoins, à mai de l’année dernière, « patient health records were still predominantly paper based at the Cardiac Centre » avec le Performance Audit Report faisant ressortir que « out of the 18 modules developed, only the Patient Manager and Appointment Scheduling Module was actually being used. The use of the Module was however limited to inputing basic patients’ details, such as name, address, age and National Identity Card number. The System has integrated modules. A fully functional electronic health records depends on the operations of the other modules. This could not be achieved as the other modules were not used. »
 La situation dans les autres centres de santé, soit la médiclinique de Belvédère, le Dr Nakajaila Medi Clinic de L’Escalier ou dans les Health Centres de Bel Air et de Triolet, n’était guère différente.
Pluie de critiques
 Au chapitre du day to day management, les critiques continuent à pleuvoir au ministère de la Santé. Pour la période allant de janvier 2015 à juin 2016, le ministère a encouru des dépenses de Rs 2,1 milliards pour l’achat de médicaments. Déjà, dès 2014, un comité comprenant des officiels du Policy Procurement Office de l’Office of Public Sector Governance et du ministère avait eu pour attribution « to make an assessment and identify weaknesses in the procurement system of drugs and pharmaceutical products ». Ce comité, qui avait bénéficié de l’expertise de consultants de l’Union européenne, avait soumis des rapports en février 2015 et février 2016 en soulignant que « these shortcomings were affecting the overall system quality, efficiency and effectiveness at all stages. The EU Consultants recommended a constant Monitoring and Evaluation Framework covering the whole procurement and distribution cycle ».
 En dépit de ces recommandations pour un meilleur système de contrôle dans la distribution de médicaments dans les hôpitaux, très peu de changements sont intervenus, l’Audit notant que « verifications carried out during the period January 2015 to June 2016 at the CSD, Regional and District Hospitals and at two Area Health Centres and one Mediclinic, showed that controls were still deficient ». Au 30 juin, la valeur des expired medical items à être détruits à la Central Supply Division est de Rs 121,3 millions contre Rs 108,9 millions au 31 décembre 2014.
 D’autre part, l’approvisionnement des hôpitaux en liquid oxygen, avec des dépenses de Rs 118,7 millions en une année au 30 juin dernier, n’est nullement à la satisfaction de l’Audit. Les livraisons ne sont pas vérifiées par le personnel autorisé, alors qu’à l’hôpital Victoria, « the ward managers/charge nurses at the Intensive Care Unit and Cardiac Unit, were only recording the number of empty and refilled cylinders but exchange and delivery were not being verified ».
 À ces écarts dans le contrôle des dépenses est venue se greffer une pratique abusive apparente en matière d’heures supplémentaires. Pour le dernier exercice financier, Rs 6,3 milliards au titre des salaires et Rs 1,2 milliards pour les allocations et heures supplémentaires ont été versées aux 12 417 fonctionnaires en poste à ce ministère. Une analyse en profondeur révèle que 2 961 fonctionnaires (24%) se sont partagé Rs 714 millions (61%) des allocations pour des heures supplémentaires en 2015-16.
 Dénonçant ces pratiques abusives et inéquitables au chapitre des heures supplémentaires, l’Audit met en exergue le fait que « 726 employees, that is, six per cent of total staff among the different grades have drawn overtime/allowances amounting to Rs 250.8 million. This represented up to 463 per cent of their basic salaries earned during the year 2015-16. In nine cases, overtime/allowances paid exceeded Rs 1 million and included two cases where the amount paid exceeded Rs 2 million. »
Poursuivant son diagnostic et confirmant la mauvaise note de santé, le rapport révèle que 418 Nursing Officers sur 2 147, soit un sur cinq, ont obtenu Rs 119,8 millions en overtime/allowance, représentant entre 75% et 260% de leurs salaires de base.